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Charles Bertrand: "en tant que Français, tu ne pars pas avec une longueur d'avance" 

Charles Bertrand se plaît bien à Fribourg. [Estelle Vagne - Freshfocus]
Charles Bertrand se plaît bien à Fribourg. [Estelle Vagne - Freshfocus]
Charles Bertrand est le globe-trotter de Fribourg-Gottéron. Dans la bruyante aréna de St-Léonard, en travaux, l'attaquant français nous a raconté son intéressant parcours, qui a notamment eu la Slovaquie et la Finlande pour étapes.

En 2018, Charles Bertrand a fait un tour sur les montagnes russes. Au propre et au figuré. Champion de Finlande, meilleur buteur du championnat avec 32 réussites, le Parisien s'est dans la foulée ouvert les portes de la KHL. Il a donc signé à Novosibirsk.

Las pour lui, l'expérience a tourné court. Trois petits points et 23 matches plus tard, l'attaquant a été prié de quitter la Sibérie fin novembre. Et s'est retrouvé sans club. Jusqu'au coup de fil de Fribourg-Gottéron.

Désormais, l'international français de 28 ans fait donc les beaux jours des Dragons. Mais il sait qu'avec son expérience, il peut encore apporter plus dans l'équipe de Mark French, pour laquelle il a inscrit 7 buts en 17 parties jusqu'ici.

Mon but a toujours été d'évoluer au plus haut niveau

Charles Bertrand

RTSsport.ch: Qu'est-ce qui vous a amené au hockey?

CHARLES BERTRAND: C'est mon père, qui jouait aussi. Il m'a mis très tôt sur les patins.

RTSsport.ch: Vous avez joué en Slovaquie et en Autriche au niveau junior, puis en Finlande, en Suède et en Russie. N'en avez-vous pas marre de voyager?

CHARLES BERTRAND: Non, pour le moment ça va. Depuis que j'ai quitté la France, mon but a toujours été d'évoluer au plus haut niveau. J'ai beaucoup bougé, mais cela ne m'a amené que du positif.

RTSsport.ch: A 16 ans, vous êtes donc parti pour 2 saisons au Dukla Trencin, en Slovaquie. On imagine que l'acclimatation ne s'est pas faite en un jour?

CHARLES BERTRAND: C'était un projet familial. Ma mère est venue avec moi, alors que mon père est resté en France pour travailler. Il nous rejoignait dès que possible. Leur soutien m'a énormément aidé.

RTSsport.ch: Vos parents ont donc fait d'énormes sacrifices pour vous.

CHARLES BERTRAND: Oui. Auparavant, nous avons d'ailleurs plusieurs fois déménagé en France, en fonction de mes changements de club.

RTSsport.ch: A Trencin, vous avez notamment côtoyé Tomas Tatar, l'actuel attaquant du Canadien de Montréal.

CHARLES BERTRAND: Oui, on a un peu joué ensemble. On se salue quand on se croise lors d'un Mondial. Mais nous ne sommes pas très proches. Trencin est un club formateur, qui a notamment sorti des vedettes comme Pavol Demitra, Marian Hossa et Marian Gaborik. Ce séjour là-bas m'a permis de bien progresser.

Au début en Slovaquie, personne ne voulait faire équipe avec moi

Charles Bertrand

RTSsport.ch: Vous étiez tout de même "exotique" dans cette équipe... On vous a accepté tout de suite?

CHARLES BERTRAND: Au début, ce n'était pas évident. Mais cela a été le cas dans tous les pays où j'ai joué par la suite. En tant que Français, tu ne pars pas forcément avec une longueur d'avance. J'en ai pris l'habitude depuis Trencin. Je me souviens qu'en Slovaquie, lors de mon premier entraînement, on exerçait le "2 contre 1". Mais personne n'a voulu attaquer avec moi contre un défenseur! Donc, j'ai dû faire un "1 contre 1" (rires).

RTSsport.ch: Ensuite, vous avez fait l'essentiel de votre carrière en Finlande, de 2009 à 2018. Ce pays est-il votre deuxième patrie?

CHARLES BERTRAND: C'est un grand mot (sourire). C'est en tout cas un pays que j'adore. Je me verrais bien y vivre plus tard. Ma femme est Finlandaise, et nous y passons la plupart de nos étés.

Tous les buts de Bertrand en D1 finlandaise la saison passée

RTSsport.ch: Après le titre acquis l'an dernier avec Oulu, qui a couronné votre expérience finlandaise, vous avez opté pour la KHL. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné à Novosibirsk?

CHARLES BERTRAND: Au Sibir, il n'y a pas de patience. Le club avait aussi engagé le Finlandais Julius Junttila, mon complice à Oulu. Lors de la préparation, nous jouions ensemble, tout se passait bien. Mais après 2 défaites d'entrée, on a été séparé. Et peu après, Junttila a été transféré en Suède, et ça n'a pas été le top pour moi non plus. Il y a un niveau à maintenir en tant qu'étranger en Russie, ça fait partie du jeu. Quand je suis parti, 10 joueurs russes ont aussi dû prendre la porte, en plus de l'entraîneur. La ville en elle-même? J'ai été agréablement surpris, je m'y plaisais bien.

Depuis 2-3 ans, je voulais essayer la National League

Charles Bertrand

RTSsport.ch: A Gottéron, vous évoluez dans un club francophone pour la première fois au niveau professionnel!

CHARLES BERTRAND: Ca me fait du bien. Même si au début, j'ai eu un peu de mal à bien répondre aux interviews. Je cherchais mes mots. On aurait pu penser que j'étais un Canadien anglophone qui parlait français. Mais maintenant, c'est revenu.

RTSsport.ch: On confirme, on vous comprend parfaitement.

CHARLES BERTRAND: Alors ça va, c'est bon signe (rires).

RTSsport.ch: Votre but est-il désormais de vous établir en Suisse?

CHARLES BERTRAND: Cela fait 2-3 ans que je voulais essayer la National League. Je ne me suis pas focalisé dessus, mais je suis ravi que cela se soit réalisé. Je suis content d'être à Fribourg. La fin de saison sera captivante. J'espère juste apporter encore plus à l'équipe.

Avoir raté le Mondial 2017 à Paris reste un mauvais souvenir

Charles Bertrand

RTSsport.ch: A St-Léonard, vous retrouvez Laurent Meunier, véritable icône du hockey tricolore.

CHARLES BERTRAND: C'est un exemple pour tous les joueurs au pays, au niveau de l'investissement qu'il a fait pour devenir pro. Il a fait partie de la première vague des Français s'établissant à l'étranger. Sa présence était un gros plus pour moi en arrivant ici. Il m'avait d'ailleurs conforté dans mon choix avant que je signe. Je suis heureux d'évoluer à ses côtés cette saison.

RTSsport.ch: En équipe de France, justement, il y a un paradoxe. Vous brillez au plus haut niveau européen en club, mais vous peinez à trouver vos marques en sélection (0 but et 2 assists en 28 matches de Championnat du monde). Pourquoi?

CHARLES BERTRAND: C'est vrai (gêné)... C'est dû à plusieurs facteurs. Il y a des choses que je n'avais pas sous contrôle, et d'autres où j'aurais pu mieux faire. Je n'ai pas de réponse parfaite. En tout cas, à chaque fois que j'y vais, je donne tout. J'ai discuté avec Philippe Bozon, le nouveau sélectionneur. Je prends sa nomination comme un nouveau départ pour moi avec les Bleus. C'est un coach qui peut bien me convenir, et vice-versa.

RTSsport.ch: Vous avez manqué le Championnat du monde 2017 disputé chez vous, à Paris. Cela doit vous rester en travers de la gorge...

CHARLES BERTRAND: Je préférerais ne pas reparler de cela... Je ne suis plus énervé, mais c'est effectivement un mauvais souvenir pour moi. J'aurais vraiment aimé y participer. A mon avis, ma non-sélection était due à un passif qui traînait depuis quelques années avec Dave Henderson, le précédent entraîneur.

Propos recueillis par Michaël Taillard

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Charles Bertrand express

Film préféré: Toute la série des Harry Potter. Je n'ai pas honte mais j'adore ça, je ne sais pas pourquoi (rires).

Musique favorite: Le rock, plus spécialement Metallica.

Lieu de vacances préféré: L'Île d'Oléron en France. On y allait chaque année avec mes parents.

Meilleur souvenir: Le titre en 2018 en Finlande ave Kärpät Oulu.
Pire souvenir: De me retrouver sans club durant quelques jours en pleine saison, entre mon départ de Sibir Novosibirsk et mon arrrivée à Fribourg en novembre.

Meilleure qualité: Je suis quelqu'un de sensible.
Pire défaut: Je suis trop sensible (rires).

Si vous n'étiez pas hockeyeur: J'aurais peut-être persévéré dans le dessin, je me débrouillais bien. J'adorais dessiner des personnages et des paysages.

Des coéquipiers marquants: Ceux qui sont toujours de bonne humeur. A Fribourg, il y a Laurent Meunier et Tristan Vauclair. Je garderai longtemps un bon souvenir d'eux. Et en équipe de France, Eliot Berthon, qui joue à Genève.

Hobby: La marche.

Idole d'enfance: Jaromir Jagr. Cela vient du fait que, plus jeune, mes parents m'emmenaient pendant les vacances scolaires en République tchèque pour intégrer une équipe, afin de participer à des tournois.

La comparaison entre les ligues: en terme de vitesse et de niveau, la D1 finlandaise et la NL sont équivalentes. En Suisse, les équipes se portent très vite vers l'avant. Les transitions défense-attaque sont rapides, mais par contre le jeu y est un peu moins structuré, il y a moins de recherche de possession de puck.

La NHL: On m'a observé quelques fois, sans qu'une offre concrète n'en ressorte. Je ne pense pas que le train soit passé, malgré mon âge. J'aurais du mal à venir m'entraîner tous les matins si je ne cherchais pas à atteindre le plus haut niveau possible. Je ne me mets pas de barrière.

Charles Bertrand en bref

Nom: Bertrand
Prénom: Charles

Né le: 5 février 1991 à Paris
Nationalité: France

Taille 185 cm
Poids: 94 kg

Poste: attaquant
Tir: droitier

Clubs pros: Lukko Rauma/FIN (2010-2013), TPS Turku/FIN (2013), Färjestad/SWE (2013-2014), Sport Vaasa/FIN (2014-2016), Ässät Pori/FIN (2016-2017), Kärpät Oulu/FIN (2017-2018), Sibir Novosibirsk/KHL (2018), Fribourg-Gottéron (2018-2019).

Palmarès: champion de Finlande en 2018 avec Kärpät Oulu. Quatre participations au Mondial avec l'équipe de France (2012/2013/2015/2016).
Classement Matches Diff. Buts Points
1. Berne 50 143 : 99 101
2. Zoug 50 159 : 115 97
3. Lausanne 50 141 : 126 82
4. Bienne 50 149 : 138 79
5. Ambri-Piotta 50 138 : 140 79
6. Langnau 50 132 : 126 78
7. Lugano 50 160 : 141 78
8. Genève 50 137 : 150 75
9. Zurich 50 129 : 132 74
10. Fribourg 50 125 : 125 74
11. Davos 50 121 : 167 51
12. Rapperswil 50 92 : 167 32