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"Deux petites maîtresses zen", le jeu du monde selon l'écrivain Blaise Hofmann

L'écrivain Blaise Hofmann. [Vincent Guignet - DR]
Entretien avec Blaise Hofmann, auteur de "Deux petites maîtresses zen" / QWERTZ / 30 min. / le 17 novembre 2021
L’auteur vaudois, co-librettiste de la Fête des Vignerons, signe avec “Deux petites maîtresses zen” le récit d’un voyage asiatique effectué en famille. Où les émerveillements des rencontres le disputent aux interrogations de la maturité, quand le tourisme 2.0 rend la surprise et le hasard bien plus précieux.

On ne le voyait pas se contenter d’arpenter les vignes lémaniques. De sillonner le tout proche et de chanter le terroir. Chroniqueur aux semelles de vent, Blaise Hofmann n’aime rien tant que l’alternance. Après l’aventure au long cours de la Fête des Vignerons 2019 dont il fut un co-librettiste passionné, l’écrivain vaudois a repris le large. Cap sur l’Asie, pour un périple en famille qu’il raconte avec "Deux petites maîtresses zen", nouveau récit aux contrastes puissants.

Car cet Orient désirable, Blaise Hofmann entend le retrouver. Paru en 2006, "Billet aller simple", son premier livre, parcourait déjà de son regard piquant ces territoires énigmatiques. Plus de quinze ans plus tard, le jeune aventurier est devenu père de famille, la fréquentation des routes exotiques, vols low-cost obligent, a décuplé et la cartographie portative assortie de recommandations touristiques s’est imposée dans la main de tout voyageur connecté. Difficile dans ces conditions de ne pas se laisser happer par la nostalgie d’un monde moins fléché.

Pauvres filles, vous dormez aujourd’hui sous une couverture internet totale, vous n’aurez plus un seul endroit pour vous couper du monde, pour disparaître, pour couper le cordon.

Blaise Hofmann, "Deux petites maîtresses zen"

Une écriture généreuse

Hanté par la question de la transmission, de ce que l’usage du monde peut encore offrir à cette génération née sous une étoile 2.0, le voyage ici décrit se teinte donc d’une aura mélancolique. Mais la joie des rencontres insolites, le plaisir de décrire avec précision l’atmosphère des lieux visités demeure une des forces de cette écriture généreuse.

Sous l’influence bénéfique de ces "petites maîtresses zen", fillettes de 4 et 2 ans aux émerveillements naturels, le voyageur aguerri tient en respect le cynisme, même lorsque la répétition du même, particulièrement manifeste quand on fréquente des lieux propices aux familles, inviterait à des propos définitifs et cinglants sur les ravages de la mondialisation.

Le hasard des lectures

A l'affût des besoins de ses filles, contraint d’anticiper en permanence, l’écrivain-voyageur retrouve les joies du hasard dans ses lectures, glanées au gré des guesthouses et des rencontres. S’inscrit alors dans le récit un autre voyage, plus intime, au cœur d’une littérature très variée avec laquelle l’auteur entretient un dialogue fécond.

En voyage, les lectures sont parfois plus fortes. On tombe généralement sur le livre qu’il nous faut au bon moment, et ça nous offre de sacrés uppercuts et de beaux messages.

Blaise Hofmann

Plus ou moins chronologique, le récit se heurte, à mesure que passent les saisons, à la menace croissante d’une pandémie venue d’Asie. Observant à distance le voyage du coronavirus, Blaise Hofmann doit se résoudre à mettre un terme précoce au périple familial. Et la fin du livre, dilatant les heures qui les séparent du retour en Suisse, est empreinte d’une angoisse palpable. Et si le jeu, jeu du voyage avec ses règles éprouvées et ses impitoyables contradictions, s’arrêtait là?

Nicolas Julliard/aq

Blaise Hofmann, "Deux petites maîtresses zen", ed. Zoé

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