Modifié le 12 avril 2019 à 16:27

Classé "dégénéré", le peintre Emil Nolde était un nazi convaincu

Emil Nolde par Gustav H. Wolff, une sculpture à découvrir dans le cadre de l'exposition du Musée d'art contemporain de Berlin.
Le peintre allemand Emil Nolde était un nazi convaincu, révèle une exposition à Berlin Le 12h30 / 2 min. / le 12 avril 2019
Le peintre expressionniste allemand Emil Nolde a adhéré jusqu'au bout à l'idéologie du troisième Reich. C'est ce que confirme une exposition au Musée d'art contemporain de Berlin, qui s'ouvre ce vendredi.

C'est la fin d'une légende en Allemagne. Une exposition au musée d'art moderne de Berlin, qui s'ouvre ce vendredi, confirme que le grand peintre Emil Nolde était un nazi enthousiaste. Emil Nolde applaudit l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933. On le connaissait déjà membre du parti nazi mais l'exposition montre à quel point Nolde a adhéré jusqu'au bout à l'idéologie du troisième Reich.

Ses archives personnelles, composées de 30'000 documents épluchés par plusieurs historiens, révèlent combien le peintre était un antisémite notoire. Nolde a dénoncé certains de ses collègues. Il se plaignait dans sa correspondance de l'influence des juifs sur l'art. Il avait même élaboré un plan qu'il comptait soumettre à Adolf Hitler pour "désenjuiver" son pays. Emil Nolde entretenait de nombreux contacts avec le régime: il a par exemple été invité par le futur chef de la Gestapo Heinrich Himmler à commémorer les 10 ans du putsch de Munich en 1923.

Les peintures d'Emil Nolde exposées au Musée d'art contemporain de Berlin le 11 avril 2019.
Les peintures d'Emil Nolde exposées au Musée d'art contemporain de Berlin le 11 avril 2019. [Markus Schreiber - Keystone]

Un génie non reconnu

Les oeuvres d'Emil Nolde ont pourtant été classées "dégénérées" par les nazis. Le peintre en a ressenti beaucoup d'amertume. Il s'est alors perçu comme un génie qui n'était pas encore reconnu. Mais après la guerre, il s'est servi de cet épisode pour se présenter en victime des nazis, comme un peintre qui se serait retiré dans la campagne du nord de l'Allemagne pour ne pas se compromettre, ce qui donc est une légende.

Une condamnation qui fait débat

La ministre de la Culture du Schleswig-Holstein Karin Prien pose dans son bureau à côté de la reproduction du tableau d'Emil Nolde intitulé "Durchbrendes Licht" le 11 avril 2019. La ministre de la Culture du Schleswig-Holstein Karin Prien pose dans son bureau à côté de la reproduction du tableau d'Emil Nolde intitulé "Durchbrendes Licht" le 11 avril 2019. [Andre Klohn - Keystone] Pour l'exposition, Angela Merkel a retiré des murs de son bureau à la chancellerie deux tableaux de Nolde et a indiqué qu'elle ne souhaitait pas les reprendre. Mais, la ministre de la Culture du Schleswig-Holstein, elle, a fait l'inverse: elle a accroché une reproduction de Nolde jeudi dans son bureau, en expliquant qu'il ne fallait pas tomber dans un débat moral hystérique sous peine de ne bientôt plus faire d'exposition du tout.

Pas de vagues en Suisse

Emil Nolde était exposé jusqu'au mois dernier au Centre Paul Klee à Berne. Dans notre pays, l'exposition n'a provoqué aucune polémique.

Il faut dire que le Centre Paul Klee n'a pas caché le passé politique de l'artiste, au contraire. Un panneau à l'entrée racontait son parcours. Et puis les visiteurs pouvaient visionner un film sur la vie de Nolde qui, sans rien excuser, permettait de restituer l'homme dans son milieu et son époque.

>> A lire: Distinguer l'homme de l'artiste, un défi posé par l'exposition Nolde à Berne

Enfin, l'exposition rappelle l'amitié et l'admiration que le peintre bernois Paul Klee avait pour Nolde. Les deux artistes correspondaient et se voyaient, bien qu'ils n'aient pas du tout les mêmes idées politiques.

Blandine Milcent/Sylvie Lambelet/mh

Emil Nolde - Eine deutsche Legende. Der Künstler im Nationalsozialismus, Musée d'art contemporain, Berlin, jusqu'au 15 septembre 2019.

Publié le 12 avril 2019 à 15:50 - Modifié le 12 avril 2019 à 16:27