Modifié

Évaluer la biodiversité grâce aux vers de terre

Le ver de terre, aussi appelé lombric.
Le ver de terre, aussi appelé lombric.
Que savons-nous de la biodiversité des écosystèmes qui nous entourent? Quels outils avons-nous pour l’évaluer? Et plus exactement, que se passe-t-il sous nos pieds?

Les espèces qui constituent les écosystèmes suisses sont soigneusement répertoriées. De nombreuses fonctions qu’elles assument dans ces écosystèmes sont également connues. Ainsi, chaque espèce peut devenir un outil pour évaluer la « bonne santé » de l’écosystème correspondant. Certaines espèces servent même d’alarme : leur disparition signifie que l’écosystème est gravement menacé.

Des outils vivants pour évaluer la biodiversité

Parmi les espèces souterraines qui peuvent servir d’indicateur pour la qualité des sols, on trouve les vers de terre. A quoi servent-ils? Ils se nourrissent de restes de plantes et d’argiles du sol, qu’ils absorbent en creusant leurs trous. Ces matières se mélangent dans leur estomac et sont rejetées sous forme de petits tortillons que l’on trouve parfois dans nos jardins. C’est « la terre », qui est ensuite retravaillée par d’autres organismes, et qui constitue la réserve d’humus de nos sols. Mais l’utilité des vers de terre ne s’arrête pas là. Ils peuvent également aider les plantes à se défendre en stimulant leurs défenses immunitaires contre certains parasites.

Un ver de terre, plusieurs espèces différentes       

Il existe trois sortes de vers de terre. Ceux de la surface du sol, les petits vers rouges qu’on voit par exemple dans les composts, transforment la matière organique à la surface. Dans les profondeurs, à 30 cm ou plus, de plus grands vers malaxent la terre et intègrent profondément la matière organique. La troisième catégorie est celle des « ascenseurs » : des vers qui montent et descendent entre la surface et les profondeurs du sol. Ils tirent des feuilles vers l’intérieur, brassent la terre, font un véritable travail de laboureurs miniature en forant des galeries où l’eau s’écoule, empêchant ainsi les sols de s’asphyxier. C’est le groupe de vers l plus important, celui auquel appartient une espèce bien connue : le lombric.

Les vers de terre comme indicateurs de la qualité des sols

Les sols contenant ces trois types de vers de terre, comme ceux des forêts, sont riches et bien diversifiés. La biodiversité diminue fortement avec l’utilisation des sols, par exemple la transformation des forêts en terres agricoles. Ce changement limite déjà fortement la première catégorie de vers de terre, ceux qui vivent proches de la surface. En effet, puisque les paysans prélèvent leur récolte, il reste peu de matière végétale à consommer à la surface. La pollution des sols, par exemple avec des métaux lourds, limite aussi le nombre d’espèces capables de survivre. Mais des espèces comme le lombric résistent très bien aux polluants. On peut donc utiliser l’absence de différentes espèces pour déduire l’état de pollution du sol. Si les lombrics commencent à disparaître, on sait alors que la pollution a atteint des niveaux alarmants.

Comment protéger la biodiversité?

Lorsque certaines espèces disparaissent, les fonctions qu’elles remplissent peuvent disparaître complètement. On observe alors un déséquilibre progressif des écosystèmes. Pour y remédier, il faut veiller à la conservation des milieux et, si possible, les revitaliser. Mais pas n’importe comment. Il faut toujours tenir compte de l’état de l’écosystème dans lequel on intervient. Dans un écosystème qui fonctionne bien, on peut augmenter les populations de certaines espèces. Cela créera un déséquilibre momentané, mais l’écosystème sera capable l’englober le changement, de réguler les populations et d’absorber les déséquilibres. Par contre dans un écosystème déjà bien déséquilibré, qui manque de biodiversité, l’introduction de nouvelles espèces peut créer un stress majeur. L’équilibre ne pourra pas être rétabli, les espèces disparaîtront et tout risque de s’effondrer. A ce moment là, de nouvelles espèces peuvent apparaître et prendre la place des disparues, mais ce ne sera plus le même écosystème.

RTSdécouverte, avec la collaboration du Professeur Jean-Michel Gobat, directeur du laboratoire sol et végétation de l’Université de Neuchâtel

Publié Modifié