Danseuse s'avançant, les bras levés, jambe droite en avant, une sculpture d'Edgar Degas

Edgar Degas, Danseuse s'avançant, les bras levés, jambe droite en avant
Danseuse s'avançant, les bras levés, jambe droite en avant, vers 1885 - 1890. Un sculpture d'Edgar Degas (Paris, 1834 - 1917). Bronze, fonte A. A. Hébrard, 65 x 25,5 x 22 cm. Legs Henri-Auguste Widmer, 1936. [ - © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne]
Tous les mois, RTS Découverte vous emmène, petits et grands, au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, au Musée de l'Elysée ou au Musée de design et d'arts appliqués contemporains de Lausanne - le mudac - pour découvrir une œuvre de ces institutions vaudoises appelées à se regrouper pour former le futur Pôle muséal de la capitale vaudoise. En sus de ce décryptage, nous vous proposons une biographie de l'artiste. En ce mois de décembre 2015, le mcb-a vous fait découvrir une sculpture d'Edgar Degas.

Voici une sculpture en bronze de 65 cm de haut qui donne à voir une danseuse. Dès le début des années 1870, les ballerines à l'exercice, au repos ou sur scène sont un sujet majeur de l'œuvre de Degas. Elles le resteront jusqu'à sa mort. L'artiste se rend assidûment à l’Opéra de Paris, il est admis plus tard dans les coulisses du Ballet. Mais c'est à l'atelier surtout qu'il peaufine ses observations, faisant mimer la danse à ses modèles, la mimant lui-même, analysant les photographies d’Eadweard Muybridge (Animal Locomotion, 1884-86) ou celles qu'il réalise lui-même avec son Eastman-Kodak.

Dans ses pastels, la composition (cadrages forcés, contre-plongées, raccourcis elliptiques) et le dessin (armature au fusain noir nourrie de poudre colorée) sont les instruments de cette quête. Cependant, et Degas l'affirme avec force en 1897: "La vérité vous ne l'obtiendrez qu'à l’aide du modelage, parce qu'il exerce sur l'artiste une contrainte qui le force à ne rien négliger de ce qui compte." La sculpture est l'arène où Degas repousse sans cesse les limites de ses recherches. A l'abri des regards, loin des jugements moraux, il peut observer et traduire en trois dimensions les effets des postures artificielles de la danse classique sur le corps nu.

Edgar Degas n'exposa qu'une seule sculpture de son vivant, la Petite danseuse de 14 ans, à la sixième exposition impressionniste de 1881. Symptomatiquement, il éprouva alors le besoin d'en colorer la cire, de la coiffer de vrais cheveux noués d'un ruban de satin rose, de la revêtir d'un tutu en tulle et de chaussons; puis, précaution supplémentaire, d'affirmer son statut d'œuvre d’art en l'installant dans une cage en verre. La sculpture n'en fit pas moins scandale. On l'estima simiesque. Nues, les danseuses de Degas ne pouvaient que choquer la morale bourgeoise fin-de-siècle, car elles sont femmes complètes, à la fois de nature (corps animal) et de culture (corps chorégraphié).

RTS Découverte/Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne

Publié le 11 décembre 2015 à 10:49 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:50

Brève biographie

Edgar Degas naît à Paris le 19 juillet 1834. Fils d'un riche banquier, il grandit dans un milieu bourgeois cultivé. Dès le printemps 1853, après ses études secondaires, Degas obtient l'autorisation d’exécuter des copies au Louvre. Il y étudie les maîtres, dont Véronèse et Rembrandt. Il entre en 1855 à l'Ecole des Beaux-Arts, mais fréquente davantage l’atelier privé de Louis Lamothe, un élève de Jean Auguste Dominique Ingres, qui le présente à ce dernier. Dans les années 1850, l'artiste effectue plusieurs voyages en Italie. Il y étudie les œuvres de Michel-Ange, Raphaël ou encore du Titien.

De 1865 à 1870, Degas est admis chaque année au Salon*, où il expose des portraits et des tableaux d'histoire. Toutefois, l'artiste se détourne rapidement des sujets historiques pour se consacrer pleinement à la vie parisienne. Il trouve ses motifs à l'opéra, dans les salles de théâtre et de concert, dans les cafés, les blanchisseries et les bordels, les boutiques de mode et sur les champs de course.

En 1870, pendant la guerre franco-prussienne, Degas se porte volontaire auprès de la Garde nationale à Paris. Il est affecté à une unité d'artillerie, comme son ami Edouard Manet. Peu après, il apprend qu'il est atteint d’une maladie oculaire. En 1872-1873, il séjourne aux Etats-Unis, à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, où deux de ses oncles font le commerce du coton.

De retour en France, Degas participe aux expositions impressionnistes de 1874 à 1886 (sauf en 1882). Il fréquente régulièrement les peintres de sa génération, notamment Camille Pissarro.

Dans les années 1890, alors que sa vue commence à décliner, Degas produit des pastels tout en se consacrant aussi à la sculpture. Il présente à la galerie Durand-Ruel en octobre 1892 sa première et dernière exposition personnelle. Dès 1905, Degas se retire de plus en plus dans son atelier. Il meurt des suites d'une attaque, à Paris le 27 septembre 1917, à l'âge de 83 ans.


* voir lien ci-dessous

Le courant artistique

Si Edgar Degas est aujourd'hui considéré comme l'un des grands peintres impressionnistes, il ne partage pourtant pas les préoccupations centrales de ses camarades comme les effets de lumière en plein air et la spontanéité de la peinture sur le motif.

Degas, lui, travaille uniquement en atelier et préfère "ce que l'on ne voit plus que dans sa mémoire". Son style reflète sa profonde admiration pour Ingres et Eugène Delacroix. Il privilégie les compositions décentrées et les points de vue inhabituels.

Degas se distingue également de ses contemporains impressionnistes en apportant une attention nouvelle aux éclairages artificiels et au mouvement des corps.

Degas dira de son art: "Aucun art n'est aussi peu spontané que le mien. Ce que je fais est le résultat de la réflexion et de l'étude des grands maîtres; de l'inspiration, la spontanéité, le tempérament, je ne sais rien...".


Pour aller plus loin

Line Clausen Pedersen. Elizabeth Steel, Peter Parshall, et alii, Degas' Method, cat. exp. Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek, 2013.

Martin Schwander, Edgar Degas : the late work, cat. exp. Riehen, Fondation Beyeler, 2012.

Richard Kendall, Jill Devonyar, Degas and the Ballet, cat. exp. Londres, Royal Academy of Arts, 2011.