Le monde d'après

Grand Format "COVID-19"

AP PHoto/Keystone - Michael Probst

Introduction

La pandémie de coronavirus bouleverse le monde entier. Le monde d'après ressemblera-t-il au monde d'avant? Qui seront les gagnants et les perdants? L'économie de marché sortira-t-elle indemne? Tourisme, aviation, culture, sport: comment ces secteurs vont-ils s'adapter? Et la lutte contre le réchauffement climatique, va-t-elle profiter ou pâtir de cette crise sans précédent?

Chapitre 1
Vers un nouvel ordre mondial?

AP Photo/Keystone - Armando Franca

Le rôle croissant de la Chine

La crise du coronavirus pourrait être un accélérateur des bouleversements géopolitiques mondiaux. Certains prêtent à la Chine, berceau de la pandémie de COVID-19, une ambition dévorante. La lutte contre le virus est un moyen d'influence politique pour Pékin. Le pouvoir chinois se montre en effet tout aussi généreux dans son aide qu'actif en matière de propagande.

>> Lire : La lutte contre la pandémie de Covid-19, un moyen d’influence politique pour Pékin

Une fois le pic de l'épidémie passé, la Chine vole au secours des autres pays avec masques, médecins, respirateurs...
19h30 - Publié le 4 avril 2020

"Il faut montrer que l'Europe est une forteresse"

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell reconnaît que, dans cette crise, l'Union européenne joue son crédit et peut-être même sa dimension existentielle. Il se félicite de la prise de conscience dans toute l'Europe de l’importance de l’Etat.

Interrogé par le 19h30, le Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères affirme que l'Union européenne peut sortir plus forte si "la réaction étatique est la bonne et si l’Europe arrive à toucher les Européens au cœur".

"On attend que l’Etat réagisse. Il faut montrer que, dans ce domaine, l'Europe est une forteresse. Nos hôpitaux sont pleins, c’est vrai, mais au moins on en a. Ce n’est pas le cas partout dans le monde", lance Josep Borrell, figure de la social-démocratie espagnole.

>> Lire : Josep Borrell: "Les Européens redécouvrent l’importance de l’Etat"

L'interview de Josep Borrell dans le 19h30
L'actu en vidéo - Publié le 4 avril 2020

Chine-USA, la guerre des mots

Les Etats-Unis jouent eux aussi leur avenir et leur influence face à la Chine. Alors que la situation commence peu à peu à se normaliser dans l'Empire du Milieu, les relations entre Pékin et Washington, déjà envenimées par les tensions commerciales, se tendent encore davantage.

La pandémie de COVID-19 nourrit une guerre de communication entre les deux puissances. La Chine fait circuler des théories du complot attribuant le virus aux Etats-Unis. "Le coronavirus est un virus chinois", répète inlassablement Donald Trump.

La guerre des mots fait rage entre les dirigeants chinois et américains par rapport au Covid-19.
19h30 - Publié le 4 avril 2020

Chapitre 2
Le droit d'urgence et la tentation de l'autoritarisme

Anadolu Agency via AFP - Arpad Kurucz

En Suisse, les pleins pouvoirs au Conseil fédéral

Depuis plusieurs semaines, le Conseil fédéral dirige la Suisse en faisant appel au droit d'urgence et d'impératifs de sécurité intérieure. Une situation exceptionnelle avec des conséquences très concrètes sur les droits fondamentaux, comme la liberté de réunion, la liberté de mouvement et la liberté économique.

Dès lors se pose la question de la proportionnalité des mesures d'exception. Pour le constitutionnaliste Jacques Dubey, professeur à l'Université de Fribourg, celle-ci est respectée: "Je n'ai pas l'impression que le Conseil fédéral ait abusé du droit d'urgence."

Un avis partagé par Andrea Caroni, conseiller aux Etats (PLR/AR). Lequel observe toutefois avec inquiétude l'expression d'une forme d'antiparlementarisme et estime que les pouvoirs exceptionnels du Conseil fédéral doivent être mieux encadrés par la justice et le Parlement.

Dans une situation exceptionnelle, le droit d'urgence régit le fonctionnement de l'Etat.
19h30 - Publié le 7 avril 2020

Vent d'autoritarisme sur le continent européen

"Quand la pandémie sera terminée, nous nous réveillerons peut-être avec des régimes autoritaires." C'est la thèse avancée par l'éditorialiste polonais Michal Kok. Dans la Gazeta Wyborcza, le journaliste s'interroge sur le risque de dérives autoritaires dans les démocraties occidentales.

Promulgués au nom de la lutte contre la pandémie de coronavirus, les régimes d'exception se multiplient dans plusieurs pays européens. En Hongrie, où les ventes d'armes explosent, Viktor Orban a proclamé l'état d'urgence et détient désormais un pouvoir presque sans limite.

>> Lire : Avec la pandémie de coronavirus, la tentation de l'autoritarisme

L'Albanie a instauré le couvre-feu. En République tchèque, le gouvernement prévient que la fermeture de ses frontières pourrait durer des mois. En France, l'état d'urgence sanitaire restreint les libertés de déplacement ou de réunion.

Un vent d'autoritarisme souffle sur le continent européen avec la crainte que les mesures promulguées aujourd'hui pour lutter contre la pandémie ne perdurent au-delà de la crise.

Certains défenseurs des droits humains pointent de possibles abus, voire des menaces sur la démocratie.
19h30 - Publié le 7 avril 2020

"L'avenir n'est pas aux dictatures"

Interrogé sur les conséquences de la pandémie de coronavirus sur les démocraties occidentales, Jacques Attali estime que "cela nous amène à des changements très profonds, si nous voulons que cette sortie de crise soit durable".

L'écrivain et l'économiste français explique que nous devrons maintenant entrer dans "une économie de guerre, au sens d'une économie de reconversion". Et de citer les domaines dans lesquels il faudra, selon lui, investir: la santé, l'alimentation, l'éducation, l'énergie propre, l'information, la culture, etc.

Pour Jacques Attali, cette reconversion est compatible avec la démocratie. "Je ne pense pas qu'il faut penser que l'avenir est aux dictatures", juge-t-il. Tout en reconnaissant que la crise pourrait néanmoins déboucher sur des régimes dictatoriaux dans certains pays.

Jacques Attali "La crise nous amène à des changements très profonds, si on veut que cette sortie soit durable."
19h30 - Publié le 7 avril 2020

Chapitre 3
Une crise qui exacerbe les inégalités sociales

AFP - Remi Decoster / Hans Lucas

Le confinement, calvaire dans des appartements exigus

Emigrés colombiens, sans statut légal en Suisse, Javier, Ana et leur fils vivent à Genève. Faute de moyens financiers, ils doivent partager leur appartement avec d'autres familles. Leur espace privatif: une chambre de 10 m2 pour laquelle ils déboursent 700 francs par mois.

Pour manger, ils bénéficient de l'aide de plusieurs associations. Mais pour eux, le confinement complique la situation. "Ils ont peur de parler, ils ont peur d'aller à l'hôpital, même s'ils sont malades", témoigne Milena Carmona, présidente de l'association Inspiración Colombia.

Mais les difficultés ne touchent pas que les sans-papiers, loin s'en faut. Ainsi, pour Caroline aussi, le confinement a rendu la vie invivable. "On est entassés les uns sur les autres, c'est très dur", explique cette mère de famille. Avec ses deux enfants, elle habite un logement de 20 m2.

Le confinement devient un véritable calvaire pour ceux qui vivent dans des appartements très exigus.
19h30 - Publié le 9 avril 2020

L'école à la maison, angoisse pour certains parents

Pour certains parents, l'école à la maison est une angoise, soit parce qu'ils n'ont pas les capacités, soit parce que leur travail les empêche d'être auprès de leurs enfants.

La situation est particulièrement difficile pour les dizaines de milliers de personnes en situation d'illettrisme en Suisse. L'association Lire et écrire croule sous les demandes d'aide.

L'école à la maison, une véritable angoisse pour certains parents. Reportage en Valais.
19h30 - Publié le 9 avril 2020

"Les inégalités sautent au visage"

"Dans les temps ordinaires, les inégalités passent inaperçues, comme sles travailleuses et les travailleurs invisibles qui nous font vivre au quotidien. Lorsque la crise arrive, il y a plein de choses invisibles qui nous sautent au visage", relève le sociologue Francesco Panese.

"Les gens qui ont étudié les épidémies d'un point de vue sociologique, socio-économique ou psychologique savent très bien que les vulnérabilités sont généralement augmentées par ces crises", note le professeur de sociologie de la médecine à l'Université de Lausanne.

Francesco Panese "Les inégalités sautent au visage. Les vulnérabilités sont augmentées par les crises."
19h30 - Publié le 9 avril 2020

Chapitre 4
Chance ou risque pour le climat?

NurPhoto via AFP - David Cliff

Le COVID-19 n'éclipse pas la crise climatique

Face à une économie à terre, la question climatique va-t-elle devenir secondaire ou sera-t-elle une solution pour relancer l'économie sur un mode plus durable? Pour le moment, en pleine crise, la Suisse et l'Europe courent à la rescousse de tous les secteurs économiques, même ceux qui polluent.

L'idée, par exemple, de conditionner l'aide au secteur aérien à des quotas minimaux de carburants de synthèse de source renouvelable est écartée. "Nous ne devons pas ici réinventer l'aviation. Dans la situation actuelle, il s'agit de faire en sorte que cette infrastructure vitale puisse redémarrer", explique la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga.

Des milliards de francs d'investissement pourraient manquer à la lutte climatique, estime Jean-Pierre Danthine. Néanmoins, l'expérience de la lutte contre le COVID-19 pourrait bien aussi mobiliser les énergies contre la menace climatique, juge l'ancien vice-président de la Banque nationale suisse.

Ainsi, 13 ministres européens ont écrit à la Commission européenne pour demander que le Green Deal doit être central dans la stratégie de sortie de crise. "Nos économies européennes peuvent sortir plus fortes de cette crise si nous arrivons à construire un modèle européen de croissance durable", estime le Français Bruno Le Maire.

>> Lire aussi : Quelle place pour le climat dans les politiques de relance après la crise?

En pleine crise du coronavirus, l'heure est au sauvetage de l'économie. Et le changement climatique, alors?
19h30 - Publié le 14 avril 2020

Aux Etats-Unis, un modèle qui ne change pas

Aux Etats-Unis, le chômage touche plus de 10% de la population active. Donald Trump veut relancer la machine économique avec un plan de relance massif, et si possible ne rien changer. Pour le locataire de la Maison Blanche comme pour une bonne partie de ses concitoyens, le monde d'après doit ressembler à celui d'hier.

Aux Etats-Unis, Donald Trump entend relancer l'économie aussi vite que possible.
19h30 - Publié le 14 avril 2020

"Le monde de demain ne sera pas le monde d'hier"

Cela fait longtemps, bien avant que le coronavirus ne frappe, que l'économiste Marc Chesney plaide pour que l'économie intègre la question climatique. Interrogé dans le 19h30, le professeur de finance à l'Université de Zurich voit ainsi deux sorties de crise possibles: "une sortie par le haut et une sortie par le bas".

"Le coronavirus pointe vers la déforestation, vers la perte de biodiversité et l'impact qu'elles ont sur l'apparition des pandémies", note Marc Cheney. "Si nous tirons les leçons de ce qui est en train de se passer, si nous sommes capables de lire et de déchiffrer les signaux que la nature émet, (...) nous irons dans le bon sens", juge-t-il.

En revanche, il met en garde contre "les sirènes d'un certain nombre de groupes de pression qui vont dire que l'économie doit être débridée à la sortie du confinement pour que la reprise soit rapide". Pour Marc Chesney, "cela nous mènerait immanquablement à d'autres catastrophes". Et d'ajouter que la crise climatique pourrait être pire que la crise d'aujourd'hui.

La crise du coronavirus et le changement climatique, les explications de Marc Chesney, professeur de finance à Zurich.
19h30 - Publié le 14 avril 2020

Chapitre 5
Un défi gigantesque pour le monde de la culture

Keystone - Martial Trezzini

Lien rompu entre les artistes et leur public

Dans un monde confiné, l'industrie de la culture est touchée de plein fouet avec la disparition de ses principaux canaux pour atteindre son public. Les librairies, les magasins de disques, les salles de concert et les cinémas sont fermés depuis plusieurs semaines en Suisse et on ne sait pas quand ils rouvriront.

Des artistes ont essayé de mettre en place des modes de diffusion alternatifs, comme des concerts en vidéo ou des festivals de cinéma qui se redéploient sur internet. Cela ne va pas permettre de combler le manque à gagner, mais devrait permettre d'entretenir un peu le lien qui unit les artistes à leur public.

Toute la chaîne du 7ème art est à l'arrêt.
19h30 - Publié le 15 avril 2020

Les festivals de musique à l'épreuve du coronavirus

Alors que le monde de la culture souffre de toutes parts face aux mesures de confinement liées au coronavirus, plusieurs festivals suisses majeurs comme Paléo et le Montreux Jazz ont décidé d'annuler leur édition 2020.

Daniel Rossellat, président et fondateur du Paléo, explique qu'en cas de suppression pour cause de force majeure les contrats sont annulés de plein droit, c'est-à-dire sans contrepartie de part et d’autre.

Pour Mathieu Jaton, directeur général du Montreux Jazz Festival, cette crise devra mener à de vraies remises en question. Elle offre peut-être une opportunité de repenser un modèle qui devenait de plus en plus fragile.

Les solutions sont multiples, mais à court terme, un soutien financier important de l’Etat paraît indispensable pour sauver les festivals d’une possible faillite.

>> Lire : Le modèle économique des festivals de musique à l'épreuve du coronavirus

Les festivals d'été risquent une annulation.
19h30 - Publié le 15 avril 2020

"Ce sont les plus petits acteurs de ce marché qui risquent de faire les frais de la crise"

Les festivals de musique peuvent-ils survivre à une année blanche? "Ce sera difficile", explique Christophe Schenk, rédacteur en chef adjoint de la RTS TV. "Les grands festivals ont des structures et des coûts fixes et les plus petits sont, par nature, déjà fragiles."

Le soutien et la fidélité du public peut permettre à certains festivals de tenir le coup. A l'instar du Cully Jazz Festival, qui n'a pas pu tenir son édition 2020. Les deux tiers des détenteurs de billets n'ont pas demandé à être remboursés. Mais en cas d'annulation en série, comme cela semble se dessiner, une aide étatique semble nécessaire.

Les grands acteurs du marché devraient pouvoir survivre à la crise du coronavirus, ou au pire se faire racheter par d'autres géants. Ce sera en revanche beaucoup plus difficile pour les petits acteurs, artistes comme intermédiaires, relève Christophe Schenk.

Christophe Schenk, rédacteur en chef adjoint: "Ce sont les plus petits acteurs de ce marché qui risquent de faire les frais."
19h30 - Publié le 15 avril 2020

Chapitre 6
Vers un nouveau capitalisme?

Keystone - Martial Trezzini

La crise ravive l'idée d'un revenu universel

Guide touristique spécialisé dans les tours Bollywood, Erwin Fässler est sans travail et sans revenu depuis le début de la crise. Depuis son appartement, il a lancé le mois dernier une pétition en ligne pour demander la création d'un revenu universel pour tous les Suisses pendant six mois. Résultat: près de 80'000 signatures récoltées en un mois.

La pandémie de coronavirus semble donner un nouveau souffle à l'idée d'un revenu de base inconditionnel, quatre ans après son échec retentissant dans les urnes. Deux professeurs d'économie romands proposaient fin mars dans Le Temps un revenu universel sous forme de carte personnelle de paiement utilisable chez les prestataires de biens et services.

Outil ponctuel pour éviter la récession, ou changement de modèle économique à plus long terme. La question agite d’autres pays, notamment les Etats-Unis, le Brésil, l’Allemagne ou encore l’Espagne, à bout touchant avec son projet de revenu universel. En Suisse, les Verts aimeraient relancer le débat, mais au sein de la classe politique, les opposants n'ont pas changé d'avis.

L'idée d'un revenu universel ressurgit. La pétition d'un guide touristique a récolté 80'000 signatures en un mois
19h30 - Publié le 21 avril 2020

L'essor de la vente directe

L'épidémie de coronavirus bouscule le concept de mondialisation. Les Etats se sont rendus compte de leur dépendance à des producteurs lointains, souvent asiatiques. Au niveau individuel, de nombreux consommateurs ont également changé leurs habitudes, donnant un nouvel essor à la vente directe des produits agricoles.

Cette dernière ne représente que 5% des ventes totales dans ce domaine, explique l'Union suisse des paysans. Reste que certains petits producteurs locaux n'ont jamais vu autant de monde fréquenter leurs stands que ces dernières semaines. Et ceux-ci d'espérer que la vague d'intérêt pour ce type de consommation va survivre à la fin de la crise.

La consommation locale va-t-elle se poursuivre dès la fin de la crise ?
19h30 - Publié le 21 avril 2020

"La compétition globale se terminera toujours par une victoire du monde libre"

La crise met à l'épreuve l'idée même du système capitaliste occidental. Pour l'ancien champion d'échecs russe Garry Kasparov, opposant au régime de Valdimir Poutine, la crise du coronavirus est un défi réel pour la mondialisation et pour le système économique actuel.

"Mais cela ne veut pas que les démocraties libérales perdent la compétition. Au contraire, nous pouvons observer beaucoup de nouvelles idées émerger, parce que le monde libre possède des esprits libres", estime le président de la Fondation pour les droits humains.

Pour Garry Kasparov, "la compétition globale se terminera toujours par une victoire du monde libre et des esprits libres". Mais selon lui, la crise doit néanmoins pousser les démocraties libérales à réorganiser le système économique capitaliste.

Garry Kasparov plaide pour une prise de conscience du caractère exceptionnel du système capitaliste occidental
19h30 - Publié le 21 avril 2020

Chapitre 7
Séisme majeur pour le monde du sport

Keystone - Anthony Anex

Le monde d'après sera sand doute très différent pour le monde du sport, que cela soit pour les sportifs amateurs ou professionnels, pour les clubs ou le public. Dans l'univers du ballon rond, une majorité de joueurs professionnels souhaitent retrouver les terrains, tout comme la Swiss Football League.

Pour plusieurs ligues en Europe, finir la saison et encaisser l'intégralité des droits de télévision est une question de survie. En Suisse en revanche, les droits TV ne représentent que 9% du budget des clubs, contre 31% pour les recettes au stade.

Terminer la saison dans des stades vides représente donc un danger financier pour nombre de clubs. Trois des cinq clubs romands de la Swiss Football League se disent ainsi défavorables à finir la saison dans ces conditions.

Le monde d'après sera sans doute très différent pour les sportifs. Exemple avec le football professionnel
19h30 - Publié le 23 avril 2020

"On est dans un désert, dans un vide absolu"

Pour Masssimo Lorenzi, rédacteur en chef de RTS Sport, le monde du sport traverse actuellement un "désert", un "vide absolu". "Ce qui se passe dans le sport, qui est un secteur sinistré aujourd'hui, c'est exactement ce qui se passe dans le tourisme: on sait que ça repartira, mais on ne sait pas quand exactement ni comment. Et surtout, quand ça repartira, on ne sait pas combien de victimes seront au bord de la route", relève-t-il.

Massimo Lorenzi estime que les grands clubs et les sports les plus riches vont s'en sortir. "Mais pour les autres, ça va être une vraie galère." Il prédit un "sérieux redimensionnement" dans le secteur du sport en Suisse, avec d'éventuelles disparitions de manifestations et de clubs. "Ca va faire très mal."

Massimo Lorenzi "On est dans un vide absolu. Certains vont s'en sortir, mais pour d'autres ça sera une vraie galère."
19h30 - Publié le 23 avril 2020

Chapitre 8
Le tourisme, branche sinistrée

Keystone - Alessandro Della Bella

Quelles vacances pour cet été?

A l’approche du début des vacances estivales, l’incertitude règne, alors que de nombreux Suisses ont tout réservé depuis des mois. Les frontières nationales resteront fermées au moins jusqu’au 8 juin. Au niveau européen, on parle d’une possible réouverture des frontières dès le 15 mai. Mais la situation n’est pas encore claire pour le trafic ferroviaire et aérien.

Du côté des agences de voyage, l’impact est énorme, avec aucune nouvelle réservation pour l’été. Actuellement, leur travail consiste à annuler ou reporter les vacances des clients. "Tout dépend des conditions générales des prestataires, parfois il est préférable d’annuler maintenant pour ne pas avoir de frais d’annulation, parfois c’est mieux de reporter si la formule le permet", selon Yvan Vasina, directeur de l’agence Delta Voyages.

Le directeur de l’agence de voyage conseille aussi d’éviter de se projeter vers des destinations lointaines. Cependant, les différents prestataires de voyages favorisent la flexibilité et leurs conditions générales sont souvent allégées, pour permettre aux clients de s’engager avec moins de risques. Une manière aussi d’essayer de relancer un secteur totalement à l’arrêt depuis la mi-mars.

En pleine crise du coronavirus, l'incertitude règne quant aux vacances d'été
19h30 - Publié le 25 avril 2020

Le tourisme à l'arrêt

La crise sanitaire pèsera lourd sur le tourisme suisse. Selon une étude menée par Hotelleriesuisse, Suisse Tourisme et l’institut Tourisme de la HES-SO Valais, la branche pourrait perdre jusqu’à 6,4 milliards de francs. Le risque de faillite est élevé, particulièrement pour l’hôtellerie et la restauration. Un établissement sur cinq s’attend à devoir mettre la clé sous la porte.

A Champéry (VS), l'Hôtel Suisse a perdu jusqu’à 200'000 francs du chiffre d'affaires entre mars et avril, affirme Camilla Berra, qui gère l'hôtel avec sa soeur Lara. "On espère que quand le Conseil fédéral va décider d’une réouverture totale, les gens n’auront pas trop peur de partir en vacances", indique-t-elle.

Près de 700'000 asiatiques s’arrêtent dans la région d’Interlaken lors de leur voyage en Europe, et leur attraction préférée est le Jungfraujoch. Ils représentent 70% des visiteurs du site. Mais à plus de 100 CHF l'excursion, on prévoit de baisser les prix pour attirer les Suisses. "Ça peut aussi être une chance de faire des promotions pour faire visiter des endroits que normalement les Suisses mettent un peu de côté", estime Kathrin Naegeli, porte-parole des chemins de fer de la Jungfrau.

Pour les grandes villes, comme Zurich ou Genève, c’est surtout l’annulation d’événements qui impacte la branche. Depuis deux mois, Palexpo est totalement vide. Près de cinquante manifestations ont été supprimées ou déplacées. Les effets seront considérables pour l’ensemble de la région car l’économie induite par Palexpo se chiffre à presque 600 millions par année.

Lourd impact de la crise sanitaire sur les acteurs touristiques suisses
19h30 - Publié le 25 avril 2020

"Il faudra miser sur la clientèle helvétique"

Pour toute la branche touristique, la rupture a été très abrupte, relève Dominique Fumeaux, responsable de la filière Tourisme à la HES-SO Valais. Il relève notamment le cas des stations de ski, qui étaient encore en saison hivernale lorsque les mesures de lutte contre la pandémie de coronavirus ont été prises.

Alors que la Suisse s'attend à voir beaucoup moins de touristes étrangers cet été, "il faudra miser sur la clientèle helvétique, la clientèle de proximité", note Dominique Fumeaux. "L'intention qu'on perçoit du client, c'est de ne pas aller très loin cet été", relève-t-il.

Ilreconnaît que la cherté du coût de la vie en Suisse pourra peser sur de nombreuses personnes, notamment ceux qui ont souffert financièrement de la crise. Pour lui, les clients devront  donc "privilégier la qualité" plutôt que la quantité. Et Dominique Fumeaux d'estimer que les prestataires devront aussi faire un effort sur les prix.

Dominique Fumeaux: "Les acteurs touristiques doivent miser sur la clientèle suisse et de proximité"
19h30 - Publié le 25 avril 2020

Chapitre 9
Le système de santé accuse le coup

Keystone - Jean-Christophe Bott

Un gouffre financier

En Suisse, le système hospitalier est constitué d'un maillage étroit d'hôpitaux, pas moins de 281 en 2017. Selon certains experts de la Confédération, un établissement sur dix devait disparaître pour réduire les coûts et assurer une prise en charge de qualité. A l'aune de la crise du coronavirus, cette vision est-elle en train de changer?

Né de la fusion de cinq établissements plus petits, l'Hôpital Riviera-Chablais à Rennaz (VD) défend la centralisation des moyens. "Cette gestion de la crise, sur les cinq sites d'avant, aurait été extrêmement compliquée, ne serait-ce que dans les activités de soins intensifs", estime son directeur général Pascal Rubin.

A Neuchâtel, où le peuple a choisi de garder les deux hôpitaux de La Chaux-de-Fonds et du chef-lieu, le conseiller d'Etat Laurent Kurth juge de son côté que l'organisation sur plusieurs sites a été "un atout" pour le canton. Selon lui, "cette organsiation décentralisée a vraisemblablement permis un déploiement plus rapide".

Quelques mois et une pandémie après avoir prôné la réduction du nombre d'hôpitaux, Pauline de Vos Bolay n'a quant à elle pas changé d'avis. Pour elle, le coronavirus a confirmé l'importance d'une concentration des établissements hospitaliers.

Le débat se poursuit. Loin d'avoir clarifié la situation, la pandémie semble avoir donné des arguments aux deux camps.

Série "le monde d'après" : réflexions sur notre système sanitaire avec notamment la question du nombre d'hôpitaux en Suisse.
19h30 - Publié le 28 avril 2020

"Le bilan jusqu'ici est plutôt rassurant"

C'est une nouvelle rassurante, le système de santé suisse a tenu le choc. Selon un sondage auprès des hôpitaux romands réalisé par la RTS, les établissements n'ont jamais atteint le maximum de leurs capacités. Avant la crise, la Suisse romande comptait environ 180 lits de soins intensifs. Ce nombre est passé à près de 450 au moment du pic, et jusqu'ici, il y a toujours eu une marge de manœuvre.

>> Lire aussi : Premier bilan de la vague de Covid-19: les hôpitaux romands ont tenu le choc

Grâce aux achats, à la réquisition de matériel dévolu à l'anesthésie, ou encore aux prêts de l'armée, l'offre en respirateurs a été démultipliée. Par exemple, l'hôpital fribourgeois (HFR) disposait initialement de 14 respirateurs en soins intensifs et a pu augmenter ce nombre à 74 équipements disponibles, y compris 43 venant de l'armée. Les autres établissements ont pu doubler, voire tripler leur offre.

Le personnel, en revanche, a été mis à rude épreuve. L'Ensemble hospitalier de la Côte (Morges) totalise 27'000 heures supplémentaires. L'hôpital du Jura bernois, qui est de taille plus réduite, compte 900 heures supplémentaires. Aux HUG, 120 personnes ont été engagées en renfort, ainsi que quelque 80 militaires.

Paradoxe de la situation, l'arrêt des opérations non urgentes décrété par le Conseil fédéral a provoqué une chute drastique d'activité dans de nombreux services hospitaliers. Entre l'annulation des opérations non urgentes, la diminution de l’activité ambulatoire et la faible fréquentation des urgences hors COVID-19, le manque à gagner est énorme. A cela s'ajoutent des achats de matériel à des tarifs qui ont explosé et des coûteux réaménagements de locaux.

Le CHUV estime ses pertes à 55 millions de francs si l'activité se normalise dès mai, mais jusqu'à 100 millions dans le pire des cas. Les HUG parlent de 45 millions jusqu'à fin juin et l'hôpital Riviera-Chablais articule 20 à 25 millions de pertes. A ce jour, seuls les Cantons de Berne et des Grisons ont annoncé qu'ils soutiendraient financièrement leurs hôpitaux.

Laurent Dufour "Durant le confinement, les lits de soins intensifs en Suisse romande ont passé de 180 à 450."
19h30 - Publié le 28 avril 2020

Dépendance à l'étranger

Le coronavirus révèle une forte dépendance à l'étranger dans le système de santé suisse. "Si les pays limitrophes avaient rappelé leur personnel dans leur propre pays, nous aurions été dans une situation catastrophique", affirme Sophie Ley, présidente de l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI).

Aux HUG, 59% du personnel infirmier est frontalier et 39% dans les hôpitaux tessinois. L'ASI espère que la crise va servir d'électrochoc et que leur initiative "Pour des soins infirmiers forts" va pouvoir aboutir. Elle souhaite ainsi revaloriser la profession, car aujourd'hui 43% du personnel infirmier diplômé seulement est formé en Suisse.

La dépendance à l'étranger se manifeste aussi avec le matériel médical, comme le gel hydroalcoolique ou les masques. La Suisse est passée d'une politique de stock à une stratégie de flux, c'est-à-dire qu'elle achète en cas de besoin, car les produits sont en principe disponibles en tout temps. Mais la crise montre que cette stratégie peut être risquée lorsque la demande explose.

Pour les médicaments, même si la Suisse est réputée pour ses sociétés pharmaceutiques, elle dépend de l'Inde et de la Chine où se concentrent entre 60% et 80% de la production mondiale de principes actifs. Comme dans de nombreux secteurs, le coronavirus met en lumière un système de santé pris dans les mailles d'une économie globalisée. Les enseignements de cette crise pourrait bien le transformer durablement.

La crise du coronavirus a mis en exergue la dépendance de notre système de santé vis-à-vis de l'étranger.
19h30 - Publié le 28 avril 2020

Chapitre 10
Le télétravail se généralise

AFP - Hans Lucas

La Suisse bien adaptée au télétravail

Selon une étude réalisée à l'Université de Chicago, la Suisse est le pays dont l'économie est la mieux adaptée au télétravail, juste derrière le Luxembourg.

Quelque 45% des emplois helvétiques pourraient être effectués depuis la maison, contre 37% en Allemagne ou en France.

L'étude montre également que ce sont les pays les plus pauvres qui sont les moins adaptés au télétravail.

En Suisse, toutes les branches ne se prêtent pas au travail à domicile. Une autre étude réalisée à l'Université de Bâle a créé un indice de télétravail par canton. Cet indice mesure si une profession peut être exercée à domicile ou non.

La carte ci-dessous montre la proportion de personnes employées qui peuvent travailler à domicile par canton:

Pascal Jeannerat "La Suisse est le pays dont l'économie est la mieux adaptée au télétravail, selon une étude américaine."
19h30 - Publié le 30 avril 2020

L'immobilier représente un tiers des dépenses

Le télétravail s'est largement imposé durant cette crise. Cela fonctionne parfois si bien que l'idée de rendre des surfaces locatives et de réduire ses charges fait son chemin. Car l'immobilier coûte cher et peut représenter jusqu'à un tiers des dépenses annuelles d'une entreprise.

Selon Hervé Froidevaux, le directeur romand du consultant immobilier Wüest Partner, une place de travail en Suisse coûte en moyenne 5000 francs: "Il faut compter 200 francs par mètres carré de loyer par année, avec environ 20 mètres carré par employé. Cela fait 4000 francs, auxquels on ajoute des charges diverses, pour arriver à 5000 francs", détaille-t-il.

Il s'agit d'une moyenne. Car selon les endroits, comme dans certaines rues de Genève, par exemple, la place de travail peut atteindre 20'000 francs annuellement.

150'000 francs d'économie

Parmi ces entreprises qui ont eu un déclic durant la crise, Loyco, une entreprise de service qui compte une centaine d'employés. Elle est active dans toute la Suisse romande et à Zurich. Aujourd'hui les locaux sont vides.

"L'expérience pour nous est positive, car on voit que les opérations fonctionnent et que nos 600 clients sont servis", affirme Christophe Barman, le fondateur de Loyco.

Cette entreprise de conseil et d'externalisation des tâches administratives va subir des changements radicaux. Après la crise, il ne sera plus question d'immobiliser tant d'argent pour des charges locatives.

"Nous allons diminuer de 40% les postes de travail. Par rapport à l'effectif actuel, cela correspond à 24 bureaux, soit environ 150'000 francs d'économies. On utilisera cet argent pour la digitalisation", prévoit Christophe Barman.

Les employés qui consacrent un coin de leur domicile devraient-ils avoir une compensation financière? Sur ce point, les employés suisses n'ont pas émis de recommandations. C'est donc à bien plaire.

"Nous n'avons pas fait d'aide directe. Mais on a beaucoup d'entreprises clientes qui eux, ont fait le choix d'un soutien mensuel, de 50 à 500 francs pour les plus généreux", poursuit Christophe Barman.

Avec davantage de travail à domicile, il y aura moins de surfaces commerciales nécessaires et les prix s'en ressentiront. Le Covid-19 aura donc également un effet sur un pan de l'économie où on ne l'attendait pas.

Le télétravail permettrait d'économiser des charges locatives jusqu'à 30% des dépenses totales annuelles.
19h30 - Publié le 30 avril 2020

Manque de collègues

Chez Credit Suisse, environ 90% des employés travaillent depuis la maison. "Ce qui manque terriblement, c'est l'interaction", souffle Romain Barrail, responsable des formations chez Credit Suisse.

Près de la machine à café, ce ne sont plus ses collègues qu'il retrouve. "Lorsqu'on a envie de parler après une réunion, par exemple, les seules personnes qui sont là ne sont pas concernées par mes préoccupations. Le risque, c'est que ma femme et ma fille fassent le déversoir", estime Romain Barrail.

Le travail à distance qui s'est imposé de manière impérieuse n'amène pas au même vécu, aux mêmes incertitudes et à la même pression, selon les entreprises et selon la situation personnelle, que l'on soit parent, célibataire, familier du télétravail ou pas.

Diversité des vécus

Nadia Droz, psychologue spécialiste de la santé au travail, recommande aux télétravailleurs d'instaurer des rituels virtuels de passage entre le travail et la maison, même si les deux sont séparés par une maigre cloison. En période de crise, certains de ses patients l'ont consultée plus fréquemment que d'habitude.

"La diversité des vécus est extrême. Il y a ceux qui se sont sentis exclus; il y a ceux qui ont pu plus travailler; ceux qui ont le sentiment d'avoir plus travaillé que les autres, que les autres n'ont rien fait parce qu'ils se sont occupés des enfants. Il peut y avoir tout ça", énumère la psychologue.

Selon elle, cette situation est un "potentiel de conflit, mais ça peut aussi être un moment de partage. Car les gens vont se retrouver et se demander ce qui leur est arrivé durant cette période".

80% des Suisses veulent davantage de télétravail à l'avenir

Lors du retour à la normale, certains, comme Romain Barrail, seront tentés par le télétravail sur une base plus régulière, mais en complément de journées "classiques", propices à des échanges réels salutaires.

Selon un sondage réalisée par Colombus Consulting, 80% des Suisses veulent davantage de télétravail à l'avenir. Une large majorité des personnes interrogées aimeraient que cette option entre dans les moeurs après la crise.

Les employeurs doivent donc se préparer à faire évoluer leurs conditions et offrir plus systématiquement cette option.

Le télétravail, un équilibre pour certains, une source de stress majeure pour d'autres.
19h30 - Publié le 30 avril 2020