Modifié le 12 octobre 2018 à 13:23

Le quotidien des croque-morts mis en scène par Denis Maillefer

Une scène de "Mourir, dormir, rêver peut-être" de Denis Maillefer.
Théâtre: "Mourir, dormir, rêver peut-être" Vertigo / 5 min. / le 25 avril 2017
Fruit d'une plongée dans le monde des pompes funèbres, le metteur en scène Denis Maillefer signe une ode à l’existence: "Mourir, dormir, rêver peut-être". A découvrir à la Comédie de Genève jusqu'au 21 octobre.

Ils sont quatre, debout sur scène. Avec leur tablier stérilisé, leurs gants en latex et leurs manières, douces, calmes, empathiques. Quatre employés des pompes funèbres, deux femmes et deux hommes. Le décor est celui d’un laboratoire. On pourrait être chez le médecin.

Sauf qu’au milieu, il y a ces deux cercueils de bois clair et ces deux corps, des femmes. Il faut les préparer, les habiller, les maquiller, les pomponner pour la future cérémonie. L’une des employées leur parle et d’une certaine manière les écoute. C’est sa façon de considérer les morts.

>> A voir: la présentation de la pièce

Un spectacle documentaire

Pour "Mourir, dormir, rêver peut-être", un titre emprunté au monologue du héros shakespearien Hamlet, le metteur en scène Denis Maillefer s’est plongé dans le quotidien des croque-morts, des préparateurs et autres thanatopracteurs. Des journées d’observation, d’entretiens et de prise de notes du côté de Vevey. Puis d’écriture personnelle.

Ce spectacle emprunte sa démarche au documentaire tout en restant un objet de théâtre, une vision, une fiction. Dans les paroles et dans les songes des quatre employés des pompes funèbres, il y a aussi la prose et les songes de Denis Maillefer, ses propres réflexions face à la mort.

>> A voir: Interview de Denis Maillefer au 12h45

Le metteur en scène Denis Maillefer et la mort
12h45 - Publié le 08 octobre 2018

Entre respect et humour

Il y a de la gravité et de la dignité dans "Mourir, dormir, rêver peut-être". Il y a aussi de la malice. Les comédiennes et comédiens Lola Giouse, Marie-Madeleine Pasquier, Cédric Leproust et Roland Vouilloz sont dans la juste note entre respect et humour. C’est qu’en abordant la question des morts, on parle surtout et avant tout des vivants… Et de notre futur commun à toutes et à tous, n’en déplaise aux cryogénisés de cette planète qui rêvent d’immortalité.

Un enfant marque un cérémonial théâtral avec des lumières et l’écran d’une webcam braquée en direct sur une ville romande nous rappelle qu’ailleurs, la vie suit son cours. "Mourir, rêver, dormir peut-être" est un spectacle précieux par sa finesse et sa capacité à questionner le public. On en sort pensif, désireux de converser, de partager.

Des Charon contemporains

Si au théâtre, on meurt souvent (on peut penser aux drames de Shakespeare ou aux tragédies de Racine et Corneille), le théâtre suisse s’est particulièrement penché sur la question. "Nachlass" du collectif alémanique Rimini Protokoll faisait parler les futurs décédés volontaires dans une installation théâtrale qui tenait du mémorial. Dans la pièce "Défaut de fabrication" de Jérôme Richer, le comédien Roland Vouilloz, encore lui, assassinait son épouse Caroline Gasser, ce qui lui permettait enfin une longue conversation avec elle, singulier paradoxe.

"Mourir, dormir, rêver peut-être" emmène le sujet du côté des passeurs de gué, ces Charon contemporains que sont les croque-morts. Qui tous n’avouent pas leur profession en public. Comme si approcher la mort pouvait être contagieux.

Thierry Sartoretti/aq

"Mourir, dormir, rêver peut-être", jusqu’au 21 octobre à la Comédie de Genève. Puis le 10 novembre à Yverdon, Théâtre Benno-Besson et du 22 au 23 novembre à Villars-sur-Glâne, Théâtre Nuithonie

Publié le 09 octobre 2018 à 09:48 - Modifié le 12 octobre 2018 à 13:23