Modifié le 07 février 2018 à 13:11

"La ferme des animaux" d'Orwell, une satire politique toujours d'actualité

La pièce de théâtre "La Ferme des animaux".
Théâtre: "La Ferme des animaux" Vertigo / 4 min. / le 23 janvier 2018
Installé à la bien nommée Grange de Dorigny jusqu’au 28 janvier, le metteur en scène Christian Denisart adapte au théâtre "La Ferme des animaux" de l’écrivain anglais George Orwell.

Méfiez-vous des cochons. Chez eux tout n’est pas bon. Sous la couenne sommeille un dictateur. Et le Grand soir, la Révolution, finit logiquement, en eau de… boudin. Et cette maxime: "Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres". Telle est la conclusion pessimiste de la célèbre fable signée George Orwell: "La Ferme des animaux".

Critique de la Révolution soviétique

L’auteur anglais publie ce petit récit en 1945. Aujourd’hui, "La Ferme des animaux" est un classique, un best-seller, inscrit au programme des écoles. A l’époque, ce livre ne va pas de soi. C’est une critique acerbe de la Révolution soviétique, or l’URSS de Staline fait partie du camp des vainqueurs contre l’Allemagne nazie. De plus, les partis communistes sont encore à des années-lumière de toute autocritique.

George Orwell, lui, est passé par tous les courants de la gauche: du communisme à l’anarchisme, du trotskisme au socialisme… C’est un homme passablement usé, désabusé, qui publie juste après son autre chef d’œuvre. Le sinistre "1984".

Une révolution confisquée par des cochons

Mais revenons au théâtre. Dans cette ferme qui s’appelle encore "du Manoir", c’est la liesse. Unis, les animaux de la basse-cour viennent de chasser leur propriétaire, l’ivrogne et brutal Mister Jones. Ils sont libres. Ils vont pouvoir décider de leur avenir et travailler en toute autonomie. Ce n’est plus une ferme, c’est un kolkhoze, une utopie devenue réalité.

Imaginez quatorze comédiens. Ils portent des masques, des appendices, des costumes. Ils ont des pattes en guise de pieds et de mains. Il y a un cheval de labour, le brave Malabar. Douce, sa vache de copine. L’âne Benjamin, des poules, des moutons, le corbeau Moïse et bien sûr les cochons. Une belle brochette de groins: Sage l’ancien, Boule de neige, Napoléon et Brille Babil. On sait les cochons physiologiquement proches de l’homme. Orwell les imagine également malins: ils savent lire et sont éloquents, voire ambitieux. Très vite, les cochons vont confisquer la révolution et remplacer l’ancien maître.

"La ferme des animaux" mise en scène de Christian Denisart à la Grange Dorigny à Lausanne.
"La ferme des animaux" mise en scène de Christian Denisart à la Grange Dorigny à Lausanne. [Mehdi Benkler - Grange de Dorigny]

La Ferme des animaux, c’est l’URSS des grandes purges. Sage l’ancien, c’est à la fois Marx et Lénine. Boule de Neige, chassé de la ferme par les cochons jaloux, c'est Trotsky. Napoléon devenu tyran, c’est Staline. Malabar, qui crève à force de travailler, c’est l’ouvrier modèle Stakhanov.Certains analystes considèrent l’âne Benjamin, aigri, cynique, solitaire comme une métaphore de l’auteur.

A la fois satire politique et divertissement

Le livre est une cinglante métaphore et la force de cette version théâtrale, c’est son côté farce populaire. Il y a les costumes façon Muppet Show, la musique, les chansons. Un décor cylindrique en bois plein de trouvailles que les acteurs/animaux doivent sans cesse pousser comme une corvée de ferme. Peu importe si on ne connaît pas l’histoire de l’URSS. "La Ferme des animaux" est une fable qui pourrait aussi bien nous raconter la Révolution française ou des régimes autocratiques actuels.

Le jeu est vif, enlevé, choral, bien meuglé, parfaitement caqueté! Cette version de la Ferme noue la gerbe: à la foi satire politique et divertissement quasi familial.

Une réserve tout de même au sortir de cette revue à plumes et à poils: "La Ferme des animaux" aurait pu devenir plus qu’un bon résumé, façon BD. Le récit a aujourd’hui 70 ans, et il ne suffit pas de dire qu’il n’a pas pris une ride.

Porter un classique au théâtre, c’est aussi livrer un point de vue, remettre l’œuvre en perspective, ouvrir de nouvelles pistes. En cette époque de débats autour du spécisme, cette formidable bande de rebelles à quatre pattes aurait pu mener plus loin sa révolution.

Thierry Sartoretti/aq

"La ferme des animaux", Grange de Dorigny, Lausanne, jusqu'au 28 janvier 2018 (complet)

Publié le 24 janvier 2018 à 09:59 - Modifié le 07 février 2018 à 13:11

Les dates de la tournée

Après la Grange de Dorigny, "La Ferme des animaux" est à découvrir à Gland le 30 janvier, à Vevey le 3 février, à Porrentruy le 7 février, à Neuchâtel les 10 et 11 février, à Yverdon les 14 et 15 février, à Sion le 22 février et à Mézières les 20 et 21 avril.