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"Amour Grenade", la danse d’Orient et d’Occident de Diana Akbulut

Diana Akbulut, "Amour Grenade", novembre 2021. [©Julie Maillard]
Diana Akbulut, la danse entre Orient et Occident / Vertigo / 5 min. / le 16 novembre 2021
La danseuse lausannoise Diana Akbulut, alias Daya Jones, joue sa première création. Elle s'appelle "Amour Grenade" et est encore à voir au Pavillon de la danse à Genève, jusqu’à ce jeudi soir dans le cadre du Festival Emergentia dédié à la relève chorégraphique.

La scène est vide et paraît d’autant plus vaste. Nous voici dans l’élégant Pavillon de la danse, à Genève, à trois pas des bulbes dorés de l’Eglise russe. Une mélopée résonne, le plateau se pare d’ombres et de lumières. Magie de l’éclairage capable de rendre sensuelle cette boîte noire qu’est la salle. Apparaît Diana Akbulut. Son large pantalon pourrait être une robe de derviche tourneur. Son top à des atours plus sportifs. Habits et musique sont tout un symbole. "Amour Grenade", première création en solo de cette artiste lausannoise, bouge les lignes entre Occident et Orient, inspirée par ses origines kurdes.

Du Kurdistan à New York, en passant par Lausanne

La grenade, c’est ce fruit dont les arilles à l’éclat de rubis se marient si bien avec un plat de boulgour safrané. La grenade, c'est aussi l’arme des combattantes kurdes du Rojava, ce bout de Kurdistan gagné en territoire syrien au terme de la guerre. Cuisiner ou se battre sont des gestes qui inspirent les mouvements de danse de Diana Akbulut, laquelle a connu d'autres batailles plus pacifiques: les battles de hip-hop, où danseuses et danseurs s’affrontent dans des joutes amicales.

"Amour Grenade" est un récit, l’autobiographie dansée d’une jeune migrante devenue l’une des artistes prometteuses de la scène romande de la danse contemporaine. Son corps nous raconte cette double identité: la banlieue lausannoise et le village, là-bas, près de la frontière syrienne. Il y a de la fluidité et du saccadé dans ses mouvements, des déhanchements de bassin qui relient ces deux mondes, le cercle des breakers et le semah, le cercle des Alévis Bektachi, symbole du cosmos.

Diana Akbulut, certaines et certains la connaissent déjà sous le nom de Daya Jones. Un patronyme qui claque et sent les parquets du hip-hop new-yorkais où elle a perfectionné son style personnel, baptisé "sassy concept". Dans le domaine, la danseuse affiche quinze ans d'expérience, un enseignement des danses de la rue à La Manufacture, la Haute Ecole romande des arts de la scène, et une présence remarquée au sein des Swaggers, la compagnie de la chorégraphe française Marion Motin, celle qui fait danser Stromae et tourner depuis un lustre le formidable spectacle "In the middle".

Voilà pour la partie occidentale. La partie orientale était restée discrète, privée. "Il n’y a pas beaucoup de femmes de mon origine dans le monde de la danse", note Diana Akbulut. "Amour Grenade" est aussi cela. Une invitation à prendre en main le plein récit de sa vie.

Thierry Sartoretti/ms

Diana Akbulut (Daya Jones), "Amour Grenade", à voir jusqu'au jeudi 18 novembre au Festival Emergentia, qui se tient jusqu'au 21 novembre à Genève. Puis à l'Arsenic, Lausanne, du 27 au 30 janvier 2022.

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Emergentia, un festival pour la relève de la danse

A Genève, jeunes chorégraphes, danseuses et danseurs, sont à L'Abri. Cette salle creusée dans les contreforts de la Vieille Ville accueille les artistes au tout début de leur carrière. Ils et elles sont une dizaine, chaque année, à peaufiner dans ces murs leurs premières créations.

Le Festival Emergentia prend le pouls de cette relève chorégraphiques jusqu’au 21 novembre dans trois salles genevoises, L’Abri, le TU (Théâtre de l'Usine) et le Pavillon de la danse.