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Avec "Septik", les clowns Diptik sont morts de rire

Le groupe Septik. [Julien James Auzan]
Septik / Vertigo / 4 min. / le 23 septembre 2021
Bienvenue à cet enterrement où rien ne se passe comme prévu. Dans "Septik", la compagnie fribourgeoise Les Diptik trompe la mort et se rit de nos angoisses. Un régal à découvrir au Théâtre de Nuithonie à Villars-sur-Glâne (FR) jusqu’au 3 octobre, puis en tournée.

Au pas funèbre la fanfare. Ça marche de traviole. Ça joue triste et passablement faux. Bienvenue à la cérémonie d’enterrement de la plus étonnante bande de bras cassés que l’on puisse imaginer.

Qui est mort? La compagne du chef. Justine, c’est le clown blanc. Toujours digne, toujours sérieux, concerné, un brin casse-couilles, autoritaire, systématiquement bousculé par les autres. Quel autres? Des zigomards, grandes perches, tordue, édentée, dégingandé, chauve, difforme, rase-moquette, bossu, poitrinaire, c’est selon. Toutes et tous aussi pitoyables que drôlissimes, j’ai nommé les bouffons de la Compagnie Diptik, au nombre total de sept dans ce nouveau spectacle baptisé "Septik".

Une épidémie de rires

Il y a du jeu de mot dans le titre. "Septik" pour le nombre de participantes et participants. "Septik" pour dire à la fois sceptique et septique. Soit qui doute et qui infecte, qui contamine. Ou alors comme la fosse, puisqu'il s’agit in fine de déposer une boîte dans un trou à la fin de cette cérémonie. Ici, le cercueil se balade et les théories du complot fleurissent.

Cette création s’inspire directement des événements de ces derniers mois. Il y a de la pandémie dans "Septik". Qu’on se rassure, le seul risque de contagion, c’est le rire, acide, salvateur, délicieusement canaille. Une convive de la cérémonie nous révèle toute la vérité: la mort n’existe pas! C’est un leurre, un truc inventé, une machination. Et celle et ceux qui osent le révéler, eh bien on les tue. Parfaitement.

Un maître de cérémonie à rebours

Impossible de mener ce satané enterrement selon les règles et une élémentaire dignité. Justine aimerait bien officier comme maître de cérémonie, distribuer la parole à tout le monde sauf à Janice, celle que Gus appelle toujours Génisse, une jacasseuse. Mais il faut attendre Aubert. C’est lui l’orateur désigné. Une grande gigue avec des bras comme des pattes de cigogne. Un sacré numéro, Aubert. Incapable d’aligner trois mots ou un coup de cymbale au bon moment. Ou alors parti dans des discours interminables où la vie est un grand papillon noir et funeste… Au fait, quelqu’un a vu les pantalons de Justine? Et la morte, elle est où?

Jongler avec les mots et faire parler les corps

Il y a de l’humour délicieusement absurde, des blagues de clowns, de la cascade et passablement de dérision dans "Septik". On y trouve du Beckett façon "En attendant Godot", avec cet enterrement qui n’en finit pas de… commencer. On connaissait les Diptik, compagnie fribourgeoise récompensée il y a peu par un Prix Suisse de la Scène, pour leurs formidables spectacles à deux (Céline Rey et David Melendy dans "Hang Up" et "Poscriptum"), voire en solo (David Melendy en orateur contrarié dans "Etcetera, etc."). Les revoici avec leur création la plus ambitieuse. Ce spectacle trouve ses racines du côté de l’Ecole Dimitri dont bon nombre des sept protagonistes sont issus. Ce théâtre-là sait jongler avec les mots et faire parler les corps.

Il y a peu, une fameuse fanfare de rock nommée les Dead Brothers enterrait pour de vrai l’un des siens, son Kappelmeister Dead Alain Croubalian. Avec son cortège funèbre, sa banda de cuivres et de tambours et ses looks circassiens, "Septik" est le contre-pitre de cet événement funeste et de tous les enterrements que nous avons dû vivre ces derniers mois. En vrai, les Diptik sont drôles à réveiller les morts.

Thierry Sartoretti/ms

"Septik" en tournée: Villars-sur-Glâne, Nuithonie, jusqu’au 3 octobre; Porrentruy, Salle de l’Inter, le 8 octobre; Aigle, le Wouaw, du 15 au 17 octobre; Colombier, Théâtre, le 23 octobre; Bâle, Station Circus, du 29 au 31 octobre (en version allemande); Gland, Théâtre de Grand-Champ, les 5 et 6 novembre; Bienne, Nebia, le 4 décembre (en allemand) et le 5 décembre (en français).

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