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"Masters of the Air", nouvelle série aérienne d'Apple TV encensée ou détestée

Callum Turner et Austin Butler dans la série "Masters of the Air, sur Apple TV+. [Apple TV+]
Callum Turner et Austin Butler dans la série "Masters of the Air, sur Apple TV+. - [Apple TV+]
La série "Masters of the Air" est sortie le 26 janvier sur Apple TV. Pour la critique Noémie Desarzens, cette série de guerre produite par Steven Spielberg et Tom Hanks est un bijou. Pour Philippe Congiusti, spécialiste cinéma et série pour le RTS, elle relève plutôt de la breloque.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les hommes du 100e groupe de bombardement de la 8e Air Force américaine basée en Angleterre ont pour mission de pilonner sans relâche des positions stratégiques nazies. Cette unique phrase suffit à résumer le troisième volet consacré à la Seconde Guerre mondiale par le duo de producteurs Steven Spielberg et Tom Hanks. Après les combats au sol dans "Frères d'armes" en 2001 et les batailles navales dans "The Pacific" en 2010, place aux ballets aériens dans "Masters of the Air".

HBO, qui avait lancé l'affaire au début du siècle, a perdu la bataille face à Apple TV pour cette guerre aérienne, la plateforme à la pomme ayant déposé sur la table plus de 250 millions de dollars pour neuf épisodes, une somme a priori insensée, mais nécessaire pour concrétiser un projet aussi grandiose.

La reconstitution des bases aériennes, la confection des costumes, la restauration des véhicules, la reproduction dans les moindres détails des intérieurs d'avions, le recours à une technologie numérique dernier cri pour orchestrer des combats aériens plus vrais que nature, nécessitaient des moyens financiers colossaux à la hauteur de l'ambition.

Lors du débat critique de l'émission Vertigo du 26 janvier, les critiques Noémie Desarzens et Philippe Congiusti saluent la qualité incontestable de ce travail d'orfèvre et sont d'accord pour dire que le réel point fort de la série réside dans les combats aériens ultras immersifs. Le vide, le froid, le manque d'oxygène lorsque l'altitude des engins dépasse les limites du raisonnable sont bien palpables. Ces types enfermés dans ces boîtes à sardines volantes vétustes peu fiables font trembler et inspirent le respect à chaque décollage pour aller pilonner sans relâche les positions du Troisième Reich.

Les critiques divergent

Sur le fond, les avis divergent. Pour la journaliste et critique série Noémie Desarzens, le format feuilleton permet de raconter sur la durée les trajectoires de vie de ces humains, avant d'être des soldats. L'empathie carbure à plein régime face à ces êtres contraints d'affronter l'angoisse de la mort dans un crash ou l'explosion de leur bombardier, une peur qui infuse forcément leur psychisme. Le sacrifice et le courage dont ils ont fait preuve, racontés avec subtilité, évitent l'écueil de la grandiloquence et du triomphalisme américain facile.

Phillipe Congiusti, spécialiste cinéma et série pour la RTS, considère cependant qu'à trop chercher à rendre sympathique ces héros, les scénaristes ont sombré dans un burlesque parfois ridicule. Le Major Crosby, un navigateur de vol qui calcule les trajectoires en temps réel, est affublé du mal de l'air. Qu'il régurgite ses tripes dans son casque à la moindre secousse est une chose, mais lui faire enfiler ce même bol rempli de vomi, attendre la fin de la mission pour qu'il s'aperçoive de la méprise, transforme en un geste le héros apeuré qu'il est en un vulgaire "bobet" échappé d'un film de Buster Keaton.

Une image de la série "Masters of the Air". [Apple TV]

Quant au recours à la voix off, la grande amie des comptables au cinéma, rien de tel qu'un personnage narrateur pour poser conflits et enjeux en quelques phrases, économisant de fait plusieurs plans coûteux. Un bombardier de moins à l'écran et un scénariste imaginatif de plus aurait été bienvenu pour contourner cette voix off. Pour Noémie Desarzens, comme elle ne surplombe pas le récit et se noie à merveille dans l'ensemble, cette voix renforce l'émotion, le spectateur découvrant cette guerre aérienne par le prisme d'une expérience personnelle plus forte encore. Le choix de visages neufs en dehors de Austin Butler ("Elvis") ou Callum Turner ("Les animaux fantastiques") agit aussi en ce sens.

La construction des épisodes, tous ou presque sur le même modèle, est encore plus rédhibitoire pour Philippe Congiusti: vie sur le camp - exposé de la stratégie - mission qui se passe plus ou moins bien - retour au bercail - fête pour oublier - teasing du prochain épisode. Cette mécanique répétitive pourrait réfréner les plus enthousiastes à découvrir "Masters of the Air".

pc/ld

"Masters of the Air", neuf épisodes à voir sur Apple TV depuis le 26 janvier 2024.

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