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Le sexe sous #MeToo raconté par Capucine Delattre dans "Un monde plus sale que moi"

L'autrice française Capucine Delattre. [Editions La Ville Brûle - Pauline Darley]
Entretien avec Capucine Delattre, autrice du livre "Un monde plus sale que moi" / QWERTZ / 30 min. / le 10 octobre 2023
Dans son deuxième roman, l’autrice française Capucine Delattre brosse le portrait d’Elsa, une adolescente de 17 ans qui découvre la sexualité et réalise ce qu’est le consentement, alors qu’en parallèle gronde le mouvement #MeToo. Acéré et politique.

En 2019, Capucine Delattre publie, à l’âge de 19 ans, "Les Déviantes", un premier récit qui narre l’odyssée de trois femmes; Anastasia, Iris et Lolita. Elle prolonge aujourd’hui sa réflexion autour des questions de domination masculine et du mythe de l’émancipation par la sexualité dans "Un monde plus sale que moi".

Un texte pour l’écriture duquel elle s’est largement inspirée de sa propre histoire, en faisant le choix toutefois de créer Elsa sa narratrice, dans le but de rendre le récit universel.

Toute première fois

Grâce à des amis de ses parents, Elsa rencontre un soir Victor, un jeune homme de son âge. Entre eux, les choses vont vite; vierges l'un et l'autre, Victor et Elsa couchent ensemble une première fois. C’est une catastrophe. Pour la jeune femme, l’expérience est désagréable, terrifiante et inattendue.

J’éprouve un grand élan d’auto-identification envers les poulets sur la broche du boucher, les danseuses de french cancan et la structure articulaire des sauterelles, je n’ai ni mal, ni envie que ça continue. Ce n’est pas très grave. Quel besoin ai-je de connaître du plaisir, si je peux l’inventer?

Capucine Delattre, "Un monde plus sale que moi"

Leur relation dure le temps d’une année scolaire et l’inquiétude de départ d’Elsa se confirme au fil des rapports non désirés que lui fait subir nuit et jour Victor.

"La zone grise" du consentement sexuel

Au malaise grandissant s’ajoute l’incapacité de la jeune femme à exprimer son refus. La narratrice raconte la peur de décevoir son compagnon, de devenir moins désirable à ses yeux, de ne plus être aimée. Jusqu’au soir où les trois lettres libératrices sortent de sa bouche. Elsa dit clairement "non", le répète; malgré cela, aucune réaction. Victor n’a pas entendu ou simplement, il n’a pas compris.

Ce que traverse la jeune femme, explique Capucine Delattre, c’est la "zone grise", terme dont l’ambiguïté consiste à ne pas accepter, ni refuser de façon claire un rapport sexuel. Avec cet ouvrage, l’autrice offre une place à cette violence courante et fortement banalisée.

La violence ordinaire

Née en 2000 comme son héroïne, l’écrivaine a vécu de très près le moment médiatique du mouvement #MeToo. Une excellente chose pour la libération de la parole selon elle, mais qui raconte le particulier, au lieu de souligner une norme.

"#MeToo a été un moment médiatique qui a mis en lumière une chose spectaculaire: un producteur célèbre qui a violé des dizaines d’actrices. Mais ça ne racontait pas les pères de familles, les cousins, les frères et les potes. Tout le spectre des violences dites "ordinaires" - qui constitue la majorité des cas - a été occulté par #MeToo. La plupart des hommes qui ont exercé des violences ne se sont pas sentis concernés par les porcs et les monstres d’Hollywood", déclare Capucine Delattre. Avec ce livre, c'est désormais chose faite.

Layla Shlonsky/sc

Capucine Delattre, "Un monde plus sale que moi", ed. La Ville Brûle

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