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Avec "Le pas de la demi-lune", David Bosc fait de Marseille une utopie bienheureuse

L'auteur franco-suisse David Bosc. [DR - Wiktoria Bosc]
Entretien avec David Bosc, auteur de "Le pas de la Demi-Lune" / QWERTZ / 41 min. / le 13 octobre 2022
Dans une langue aux saveurs extrême-orientales, David Bosc célèbre la région marseillaise, théâtre d’une mini-révolution aux bonheurs modestes. Fable politique, "Le pas de la demi-lune" explore par la fiction une manière plus poétique d’être au monde.

Un petit pas de côté, un grand bond pour l’utopie. Avec "Le pas de la demi-lune", nouveau roman à la lisière de l’anticipation, David Bosc explore la fiction d’un monde décalé, transposition de la région marseillaise dans un ailleurs pétri de sonorités japonaises.

A Mahashima, cité portuaire aux ruelles populeuses, Ryoshu et sa compagne Shakudo composent et relient des livres pour enfants. Un artisanat modeste, comme l’essentiel des activités de ce bout du monde qu’un soulèvement populaire a émancipé d’un pouvoir central retranché plus au nord.

Des bonheurs fugaces

Expérience libertaire, société à l’organisation naturellement solidaire, cette enclave se tient sur "le point d’équilibre du ventre à peu près plein", garantissant la satisfaction des besoins élémentaires et prémunissant ses habitants contre une avidité déraisonnable. La belle saison est là, peut-être ne durera-t-elle qu’un printemps. Mais dans les rues, sur les collines de cette Marseille à la toponymie nippone souffle "un petit air doux qui facilite le sourire, amoindrit la défiance."

Et partout point la poésie, saisissant ces bonheurs fugaces dans une distillation d’images à la densité d’un haïku:

Vapeur qui se prend aux cils, reflet des yeux à la surface du thé, et la respiration qui tourne dans la rondeur du bol. On se fourre là-dedans pendant quelques secondes, et bien que seuls la lèvre supérieure, le nez et les yeux soient dans cette capsule, c'est comme si on était tout entier mis en rond, dans un ventre, un panier de chat, dans cette obscurité du bol où naviguent des lueurs, dans cette chaleur qui se dissipe aussitôt qu'on rabaisse les mains, et alors on a même froid au bout du nez!

Extrait du livre "Le pas de la demi-lune" de David Bosc

Au rythme de la marche

Cinquième roman de l’auteur franco-suisse, "Le pas de la demi-lune" explore à sa manière quelques thèmes chers à David Bosc: comme le Gustave Courbet de "La claire fontaine" (2013), comme le "Milo" de son deuxième roman (2009), Ryoshu chemine au rythme de la marche, explorant en une odyssée miniature les reliefs arides des calanques marseillaises. A l’image de plusieurs personnages nés sous sa plume, ce marcheur entretient un rapport intense avec son enfance, "petit brandon" qui fait flamber les bonheurs de l’instant.

Pour décrire une utopie, l’enfance est une boîte à outils formidable. Même un enfant qui n’a pas joui de deux maisons secondaires, de voyages à l’étranger, même dans une arrière-cour d’immeuble, cet enfant réussit à transformer de petits éclats de joie, de beauté, à imaginer ce que pourrait être le monde de ses rêves.

David Bosc

Qu’importe alors si le Grand Soir n’est pas advenu pour l’ensemble du pays, si cette presqu'île de vie libérée se sait fragile. L’essentiel est que cette histoire-là, cette geste d’une "belle saison" puisse être racontée, transmise aux générations qui viennent. C’est là tout le sel des dialogues politiques qui animent ce récit à la bonhomie contagieuse, comme les échos de jours heureux ravis à la pesanteur du temps. Ceci a eu lieu, ceci pourra donc revenir.

Nicolas Julliard/sc

David Bosc, "Le pas de la demi-lune", ed. Verdier.

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