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"Gloria Vynil", ou quand "Boucle d’or" finit bien

La romancière Rose-Marie Pagnard. [Romain Guélat  - Editions Zoé]
Entretien avec Rose-Marie Pagnard, autrice de "Gloria Vynil", aux éditions Zoé / QWERTZ / 27 min. / le 8 mars 2021
A la manière d’un conte à la fois enchanteur et inquiétant, le nouveau roman de Rose-Marie Pagnard, "Gloria Vynil", compose le portrait fragmenté d’une héroïne poétique.

Gloria Vynil habite un univers foisonnant, merveilleux mais qui dérape sans cesse. Le maître mot de ce nouveau roman de Rose-Marie Pagnard, c’est l’amnésie: ce qu’elle couvre, ce qu’il faut pour s’en défaire.

Rose-Marie Pagnard, née en 1943 à Delémont, vit dans le Jura, après avoir longtemps habité à Bâle. Auteure de romans, de nouvelles, de chroniques littéraires, elle a reçu de nombreux prix, dont le Prix Schiller en 1999 et le Prix suisse de littérature en 2014.

Née pour être heureuse

D’un roman précédent ("J’aime ce qui vacille", Zoé, 2013) a émergé un personnage, qui réclamait un supplément de vie. Gloria Vynil, 26 ans, est élevée par Ghenya, sa tante - ancienne danseuse et fervente lectrice. Ses deux parents sont morts dans des circonstances mystérieuses.

Gloria a cinq frères, dont un disparu, et ceux qui vivent ne veulent pas la voir - on ne sait pas pourquoi. Son frère disparu un jour lui a dit "tu es née pour être heureuse", et elle est guidée depuis l’enfance par cette phrase.

Gloria est artiste, photographe, vidéaste. Elle déborde de vie, malgré la tragédie qui couve dans le silence des secrets familiaux.

Elle rencontre un homme dans la rue, alors qu’elle va se lancer dans un projet artistique qui la captive: elle veut capturer l’image du Muséum d’histoire naturelle désaffecté, qui va être rasé. Le sauver de l’oubli. Etrangement, l’homme à la voix irrésistible et à la démarche d’ours se trouve aussi dans ce lieu, et une histoire d’amour commence…

Je vois Gloria comme quelqu’un qui serait en train de danser tout le temps, elle danse sa vie en quelque sorte.

Rose-Marie Pagnard

Un immense traumatisme

Eclatée en fragments par un traumatisme indicible que son entourage lui cache, Gloria cherche sa vraie place, et ce qui se cache derrière son amnésie. C’est pourtant à la traversée féérique d’une jeune existence où tout semble possible qu’on assiste. Vaciller est le verbe qui pourrait servir à la décrire, comme vacille une flamme, ou comme on vacille dans les prémisses d’une chute… Un verbe qui revient souvent dans les titres de Rose-Marie Pagnard ("J’aime ce qui vacille", 2013, "Obstination et vacillement", premier chapitre de "Jours merveilleux au bord de l’ombre", en 2016, "La promesse vacillante des frères" dans "Gloria Vynil").

L’une des clés du personnage, c’est un rêve éveillé, un "conte de son invention":

Il y a d’abord un très grand mur de roses éclatantes. Au milieu de ce mur une petite porte fermée par trois cheveux d’or conduit à un autre monde. Ouvre donc! se dit Gloria. Car c’est ce monde qu’elle désire, et il serait fou de ne pas se lancer vers ce monde, de ne pas en faire partie.

Rose-Marie Pagnard, "Gloria Vynil"

Inversant le conte de "Boucle d’Or", Gloria nous propose un lieu magique où les contraires s’unissent, les différences s’épousent, où chacun trouve sa place. Le chemin pour y parvenir est long, sinueux, touffu. Tant mieux!

Isabelle Carceles/mh

Rose-Marie Pagnard, "Gloria Vynil", éditions Zoé

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