Publié jeudi à 16:01

"Les Plis", une nouvelle collection épistolaire venue d'Italie

"Les Plis", une nouvelle collection épistolaire venue d’Italie
Entretien avec Lorenzo Flabbi, cofondateur des éditions L'Orma QWERTZ / 15 min. / mercredi à 02:00
Les éditions franco-italiennes L'Orma auraient dû lancer ces jours dans les pays francophones une jolie collection épistolaire nommée "Les Plis". Depuis son bureau à Rome, le cofondateur de L'Orma raconte ce projet fortement contrarié par la crise actuelle.

"Au siège de L'Orma à Rome, près du Colisée, il n'y a que moi qui passe tous les trois jours pour nourrir un couple de chatons qui loge là et trier quelques papiers". C'est ainsi que Lorenzo Flabbi, cofondateur de la petite maison d'édition franco-italienne, résume son quotidien soumis aux mesures de confinement que connaît toute la péninsule depuis des semaines. En attendant, il compte beaucoup sur l'édition numérique pour garder un contact avec ses lecteurs. Par exemple sa traduction en italien de "Les Années", célèbre roman autofictionnel d'Annie Ernaux, reste disponible sous sa forme numérisée.

C'est pourtant avec bonhommie que ce spécialiste en littérature comparée évoque le report de la parution en version française d'une collection qui ne souffre pas la numérisation. Parce que "Les Plis", ce sont des objets-livres dignes d'un cabinet de curiosité qui ont déjà séduit un large public dans leur version italienne. Ils contiennent une sélection de lettres ou d'extraits de lettres de la plume de grands créateurs du passé, écrivains, musiciens ou philosophes. Un passé où la correspondance sur papier était encore un geste courant.

Des petits livres prêts à l'envoi

Mais l'originalité de ces opuscules d'une soixantaine de pages réside dans le fait que leur jaquette peut se détacher après lecture et se transformer, par un simple jeu de pliage, en enveloppe prête à être affranchie. Lorenzo Fabbi appelle cela "des livres prêts à l'envoi". Ainsi, le contenu et le contenant sont en parfaite cohérence et s'inscrivent dans l'idée de transmission de la parole intime.

>> A voir: Comment on ferme un Pli

Cette idée est née avec mon associé alors que nous vivions à Berlin. En constatant la tristesse de nos boîtes aux lettres qui ne contenaient que des factures ou des papiers administratifs, on s’est dit: qu’est-ce que ce serait bien de recevoir des mots intimes!

Lorenzo Flabbi

Ces mots adressés, ce sont ceux de Stendhal, Leopardi, Jane Austen, Virginia Woolf, Pessoa et Voltaire, six auteurs qui ouvrent la collection. Lorenzo Flabbi l'affirme volontiers, les lettres des auteurs choisis témoignent de la volonté de chacun de s'émanciper des conventions sociales propres à leur époque et d'une formidable quête de liberté individuelle. C'est bien sûr le cas de Stendhal, premier auteur célébré dont l'éditeur a sélectionné et annoté lui-même les extraits épistolaires.

"Que la prudence est une triste chose…"

Ce florilège initial est réuni sous le titre "Que la prudence est une triste chose…", constat que Henri Beyle (Stendhal) adressait à une femme aimée trop timorée à son goût. "Cette phrase, sous la plume de Stendhal, est à entendre comme un hymne à la joie de vivre, dit Lorenzo Flabbi avec un sourire dans la voix. Elle résonne étrangement actuellement, alors que la prudence est de rigueur pour de tout autres raisons".

"Orma", cela pourrait se traduire en français par "sillon". Celui que l'on creuse en s'inscrivant dans une tradition et une histoire déjà longues. Cela signifie surtout "empreinte". "Trace d'une passion et d'une compétence", conclut Lorenzo Flabbi.

Jean-Marie Félix/aq

Collection "Les plis", éditions L'Orma.

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