Modifié le 09 mars 2020 à 09:07

"Se réjouir de la fin", le roman qui donne envie de vieillir

Rendez-vous culture: le Vaudois Adrien Gygax publie un second livre "Se réjouir de la fin".
Rendez-vous culture: le Vaudois Adrien Gygax publie un second livre "Se réjouir de la fin". 12h45 / 11 min. / le 24 février 2020
Après un premier roman consacré au romantisme flamboyant de la jeunesse, l'auteur romand Adrien Gygax s'intéresse à la sagesse de ceux qui vont bientôt mourir. "Se réjouir de la fin" prend la forme d'un journal intime posthume.

"Se réjouir de la fin". Le titre est paradoxal sauf si on attend avec impatience l'Apocalypse ou que l'on est stoïcien, c'est-à-dire que l'on accepte avec joie et rationalité tout ce qui fait l'existence humaine, y compris sa finitude.

Il faut entendre le titre du bref roman d'Adrien Gygax dans sa seconde acception. C'est d'ailleurs en compagnie de Sénèque, Cicéron et Lucrèce, des auteurs de la Rome antique qui ont pensé la vieillesse et la mort, que le jeune auteur vaudois a écrit "Se réjouir de la fin".

Publié chez Grasset, le livre se présente comme le journal de bord d'un résident nonagénaire qui vit ses derniers mois dans une maison de retraite. Son manuscrit, que sa famille est censée découvrir après sa mort, est découpé en 25 petits chapitres, dont chacun peut se lire de manière indépendante: "Lâcher prise", "Regarder les autres manger", "Rappeler des souvenirs", "Ne pas se sentir concerné", "Recevoir du courrier" ou "Faire le sourd".

De l'aube au crépuscule

Révélé en 2017 avec "Aux noces de nos petites vertus" qui célébrait l'amour, la passion et les désirs en excès, Adrien Gygax, 30 ans, opère un virage radical avec ce deuxième roman qui explore "le bonheur des vieux". "Les deux romans parlent de la mort. Dans le premier, un long trip sous opium, elle est romantisée par la jeunesse à travers l'amour. Dans le second, elle est racontée par ceux qui la vivent, qui sont en fin de parcours. Céline disait que la mort est la seule vraie motivation pour écrire. Cette question m'habite depuis longtemps, parfois de manière lumineuse, parfois grave", explique Adrien Gygax qui a décidé de ne travailler qu'un jour par semaine - il est consultant dans une société de conseil - pour se consacrer pleinement à l'écriture.

>> A écouter, l'entretien avec Adrien Gygax:

L'écrivain lausannois Adrien Gygax.
Arnaud Ele - DR
Caractères - Publié le 16 février 2020

Conjurer ses peurs

Même si son roman est une pure fiction, Adrien Gygax tenait à être précis. Il ne voulait ni idéaliser, ni dramatiser cet âge de la vie qui, souvent, fait peur. Et pas seulement aux lecteurs. Son premier éditeur a refusé son manuscrit au nom d'un principe de réalité: la vieillesse ne fait pas vendre. Alors qu'est-ce qui a bien pu motiver un auteur de 30 ans à choisir ce sujet? La curiosité née de l'observation et le dépassement de ses propres peurs. 

"Quand j'étais jeune, je détestais deux choses: les livres, trop attachés à la féminité dans ma famille; et les lieux d'hospitalisation, où je me sentais toujours mal à l'aise. Mais, pour mon travail de consultant, j'ai dû me rendre à plusieurs reprises dans des EMS, en particulier à la Fondation Rozavère, à Lausanne. J'ai appris à reconnaître les gens, à les observer et j'ai commencé à imaginer ce qu'il pouvait y avoir d'hédoniste et de contemplatif à ce moment-là de la vie" dit Adrien Gygax, heureux d'apprendre que son roman sera repris par les Editions de la Loupe, spécialisée dans les livres en gros caractères pour malvoyants et personnes âgées.

L'influence de sa grand-mère

La grand-mère de l'auteur, Milise, a également été une grande source d'inspiration. Elle lui parlait de son plaisir à contempler un coucher de soleil ou à regarder un oiseau boire dans une écuelle. Un seul événement de cette nature, et sa journée était accomplie. Décédée depuis, le livre lui est dédié.

Enfin, pour se mettre dans la peau d'un nonagénaire, lui le fringant trentenaire, il s'est plongé dans la lecture des stoïciens, et de leur vision apaisée de la vieillesse et de la mort. A l'image d'une des dernières phrases du livre: Je suis prêt, m'efface délicatement derrière l'éclat d'une dernière joie: celle de voir ma vie se terminer.

Pour un mode de vie plus lent

"Se réjouir de la fin", méditation sur le temps qui passe, fait l'éloge d'une certaine lenteur, celle qui permet la contemplation, l'acceptation de soi et le désengagement aux choses matérielles. "Eviter le stress me paraît une bonne chose, tout comme tolérer les silences, prendre son temps, se retirer du brouhaha du monde ou faire les choses sans se soucier de l'opinion. C'est la leçon qu'on peut tirer d'un EMS. Je ne veux pas idéaliser, certains cas sont très lourds et très douloureux, mais globalement, il y une petite musique lente et contemplative qui peut nous inspirer à n'importe quel âge."

Propos recueillis par Julie Evard

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Adrien Gygax, "Se réjouir de la fin", éditions Grasset

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Publié le 26 février 2020 à 14:46 - Modifié le 09 mars 2020 à 09:07