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Le GIFF propose une immersion virtuelle dans des zones détruites

Une image du film immersif "Murals" d'Arem Ivanenko, Dan Shapiro et Alex Topaller. [GIFF]
Une image du film immersif "Murals" d'Arem Ivanenko, Dan Shapiro et Alex Topaller. - [GIFF]
Le Festival international du film de Genève (GIFF) présente un programme de réalité virtuelle en prise avec l'actualité à travers deux films dont les décors se situent dans des territoires en guerre. Le dispositif, à découvrir jusqu'à dimanche, permet de vivre en immersion ce qui n'existe plus.

Jusqu'au 12 novembre 2023, le Festival international du film de Genève (GIFF) permet une approche intime et sensible de la grande histoire par le biais de l'immersion. Avec deux documentaires réalisés en réalité virtuelle, des artistes ont illustré ce qu'est le déracinement en situation de guerre, ou comment vivre en immersion ce qui n'existe plus.

"Murals" a été tourné à Kiev et plonge les spectateurs à l'intérieur des immeubles détruits par les bombardements en Ukraine, notamment ceux qu'a tagué le célèbre street artiste Banksy. A quelques kilomètres au nord-ouest de Kiev, l'artiste avait peint au pochoir un enfant faisant tomber un homme en tenue de judo, l'un des sports préférés du président russe Vladimir Poutine. On peut y voir également une ballerine qui danse sur les ruines.

Une expérience très intense

Ce projet intense, dont les détails ont été très soignés, rappelle à quoi ressemblait le quotidien derrière ces amas de ruines. "Lorsque l'on chausse le casque, on est vraiment projeté dans cette zone de conflit. Cette expérience est assez impactante", rapporte à la RTS Anaïs Emery, directrice artistique du GIFF.

"Remember This Place" recrée quant à lui une maison de famille détruite après un bombardement en Palestine. La documentariste Patricia Echeverria a reconstitué les lieux d'habitation de femmes forcées à l’exil, issues des communautés bédouines de Palestine. "L'idée originelle était de digitaliser des maisons menacées de destruction. Et j'ai senti que la réalité virtuelle était la plus belle manière de transmettre cette réalité de la relation entre le corps et l'espace (...). Nous avons commencé dans le désert du Néguev, qui est le désert d'origine de la plupart des communautés bédouines", indique la réalisatrice à la RTS.

Effacer les racines

Selon l'artiste, il existe une notion de confort et de sécurité qui provient de la maison, physiquement parlant, rien que dans le fait d'y avoir accès. "Qu'est-ce qui arrive quand tout est complètement effacé? Cela ébranle les fondations", dit-elle.

"Remember this place 31°20’46’’N 34°46’46’’E". [GIFF]

Dans "Remember This Place", la réalité virtuelle permet de redonner vie à cette maison aujourd'hui détruite. Ce dispositif provoque pour le spectateur d'autres émotions que le reportage. "Nos souvenirs sont formés d'une part par la reconstitution du cerveau et d'autre part par les sentiments. La plus-value de la réalité virtuelle est de nous immerger au sein d'un univers très bien recréé et d'y ajouter une couche tout à fait subjective mais très importante", explique Anaïs Emery.

Peu tangible, le virtuel possède ici l'immense vertu d'aider à conserver la mémoire et de donner corps à ce que l'on aurait aimé garder.

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert et Gilles de Diesbach

Adaptation web: mh

"Murals" et "Remember This Place", Maison communale de Plainpalais dans le cadre du Geneva International Film Festival (GIFF), jusqu'au 12 novembre 2023.

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