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Elvis, le roi du rock filmé comme dans un manège infernal par Baz Luhrmann

Les acteurs Tom Hanks (à gauche) et Austin Butler dans le biopic "Elvis". [Collection ChristopheL via AFP]
Les acteurs Tom Hanks (à gauche) et Austin Butler dans le biopic "Elvis". [Collection ChristopheL via AFP]
Son manager vient de la fête foraine et la carrière du chanteur fut un grand huit, avec sommets et abysses. "Elvis", biopic réalisé par Baz Luhrmann et porté par la révélation Austin Butler dans le rôle-titre ainsi que Tom Hanks, est sorti ce mercredi dans les salles suisses.

Comme dans un parc d'attractions, le spectateur ne voit pas passer les 2h39 du long-métrage de l'Australien Baz Luhrmann. Le montage échevelé et l'explosion de couleurs, signatures du cinéaste de "Moulin rouge", désarçonnent dans les premières scènes. Avant que le rythme au pas de charge ne fasse sens. Le show-biz est une lessiveuse et l'interprète de "Love Me Tender" a fini essoré, décédé à l'âge de 42 ans en 1977.

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L'Américain Austin Butler, 30 ans, relève avec brio le défi d'incarner le "King" pendant deux décennies. Avec une sacrée performance: c'est sa voix qu'on entend dans les séquences où Presley chante.

"J'avais cette envie irréaliste d'avoir le même visage que lui (rires), je me regardais dans le miroir en me demandant comment faire, puis je me suis libéré de cette pensée, ce qui m'a permis de dépouiller l'icône pour aller vers l'humain", a-t-il raconté en mai devant des journalistes à Cannes, où le film a été projeté hors compétition.

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A Cannes, plusieurs films hors compétition ont fait rêver, à l'image du film "Elvis", un biopic autour du King Elvis Presley. [RTS]
A Cannes, plusieurs films hors compétition ont fait rêver, à l'image du film "Elvis", un biopic autour du King Elvis Presley. / 12h45 / 1 min. / le 28 mai 2022

Illusion parfaite

Le Californien, également mannequin, apparu dans des séries Disney ou encore au cinéma dans "Once Upon a Time... In Hollywood" de Quentin Tarantino, est bluffant dans la reproduction des concerts en 1970 dans un palace de Las Vegas. Il suffit de comparer avec "Elvis: That's The Way It Is", documentaire réalisé cette année-là par l'Américain Denis Sanders.

Presley a alors 35 ans et c'est déjà une énième relance de sa carrière, réussie cette fois. Il n'a plus que sept années à vivre mais tient encore la forme, loin du surpoids final, visage bouffi sous l'effet de l'alcool et des médicaments. Car la trajectoire fulgurante du musicien du Mississippi n'a rien eu de linéaire, ce que retrace bien le biopic.

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Une photo du film "Elvis" de Baz Luhrmann. [Collection ChristopheL via AFP]Collection ChristopheL via AFP
En direct du 75e festival de Cannes / Vertigo / 7 min. / le 26 mai 2022

La musique à la première place

Critique cinéma au quotidien Le Temps, Stéphane Gobbo salue ce film qui "fonctionne extrêmement bien. Le réalisateur en rajoute, notamment quand il partage l'écran en huit images différentes, mais cela va bien avec l'image d'Elvis".

Egalement invité du débat cinéma de l'émission "Vertigo" de la RTS, Vincent Adatte abonde: "Jusque-là, je n'étais pas trop fan des films de Baz Luhrmann que je trouvais un peu épuisants, mais là j'ai été surpris, le réalisateur fait des choses très réussies. Par le biais du montage et de la technologie cinématographique contemporaine, il parvient à faire dialoguer la musique afro-américaine et ce qui va en résulter avec Elvis. C'est très brillant. (...) J'ai été un peu moins pris par le récit du manager louche Tom Parker. Cela ressemble de temps en temps à une béquille narrative. C'est un peu la faiblesse du film, mais je n'ai  pas boudé mon plaisir. La musique, surtout, est à la première place et ça c'est important!"

Des illusions fracassées

Le début du film a tout du conte de fées quand le Colonel Parker, manager venu du cirque et qui gère des stars de la country, repère ce gamin "blanc qui chante comme un Noir", comme le restitue le film. L'impresario mise sur ce showman né qui met en transe les spectatrices, bien avant les Beatles ou les Rolling Stones.

Tom Hanks, grimé, vieillissant sa voix, lesté artificiellement de la silhouette pachydermique du Colonel Parker, livre une prestation dont les Américains raffolent. Il excelle en manipulateur pour qui "the show must go on" et les caisses doivent se remplir. Qui offrira le meilleur et le pire à son poulain.

Austin Butler brille en jeune Elvis aux premiers succès, hérissant par ses déhanchements l'Amérique puritaine des années 1950. Et qui voit rapidement ses illusions fracassées par une industrie musicale cynique.

Des épisodes méconnus du grand public sont bien exploités dans le biopic. Forcé à chanter avec un chien dans un show télé, mauvaise idée de Parker, Elvis lui rend la monnaie de sa pièce en se produisant tout de cuir noir vêtu pour un show TV de Noël, loin des pulls à bonhomme de neige.

Le film n'est pas exempt de défauts - scènes ampoulées d'Elvis enfant découvrant la musique noire américaine -- mais ne cache rien d'une vie dans le tourbillon "sexe, drogue et rock'n'roll".

afp/mh

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