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"Flee", un documentaire animé pour raconter le périple d'un jeune réfugié afghan

Le film "Flee", raconte l'histoire vraie d’un Afghan qui fui son pays pour rejoindre l’Europe [RTS]
Le film "Flee", raconte l'histoire vraie d’un Afghan qui fui son pays pour rejoindre l’Europe / 19h30 / 2 min. / le 24 août 2022
"Flee" qui signifie "fuir" en anglais est le titre d'un documentaire d'animation du réalisateur danois Jonas Poher Rasmussen. Il raconte le périple d'Amin, jeune réfugié afghan qui est parti de Kaboul pour rejoindre Copenhague dans les années 1990.

Fuir son passé pour retrouver le présent, pour trouver surtout un foyer. "Que signifie le mot maison pour toi?" Cette phrase ouvre le documentaire d'animation de Jonas Poher Rasmussen. Une phrase qui hante ce témoignage sensible, douloureux d'Amin, demandeur d'asile afghan.

Trente ans après avoir fui son pays, il décide de parler. Il n'a jamais rien dit, à personne. Pas même à son amoureux Kasper qu'il s'apprête à épouser. Parler pour raconter le quotidien d'immigrants illégaux à Moscou, le terrible parcours de ses traversées, la brutalité des passeurs, les mensonges en série, la peur.

Dans l'intimité de la parole

La première maison dont Amin se souvient est celle de Kaboul. Cadet d'une famille de cinq enfants - leur père était officier militaire -, Amin a vu le gouvernement afghan soutenu par les Soviétiques céder la place aux moudjahidines. Le père d'Amin est arrêté. Son frère aîné échappe de peu au service militaire. La famille parvient à quitter Kaboul à la fin des années 1980, avant la prise de pouvoir par les talibans. Mais il sera le seul à arriver à Copenhague. Il a 16 ans.

>> A voir: la bande-annonce du documentaire

Le dispositif de réalisation du documentaire met au centre l'intimité de la parole. Amin est allongé sur un couvre-lit multicolore, la caméra est placée au-dessus de son visage. Le rapprochement avec une séance de psychanalyse montre bien la volonté du réalisateur de nous faire plonger dans l'intensité des souvenirs d'Amin. C'est d'ailleurs sa posture d'ami qui lui a donné la légitimité de raconter cette histoire. Tout le long du film, on assiste à une discussion entre deux amis dans un mélange pudique d'instants sombres et lumineux.

L'animation pour protéger l'anonymat

Le choix de faire un documentaire d'animation permet à Amin de se protéger et de se raconter à l'abri de l'anonymat. On ne connaîtra pas sa véritable identité ni son vrai visage. Amin porte un lourd secret de famille, un secret qui aujourd'hui encore l'empêche de vivre sereinement.

Les images animées confèrent à "Flee", qui avait été présenté au festival Visions du réel à Nyon, une sorte d'étrangeté qu'un documentaire conventionnel ne posséderait pas et qui reflète la propre aliénation d'Amin. Les images jouent avec cette esthétique, des images fluides et en couleurs lorsque les souvenirs sont précis, monochromes lorsqu'ils se font flous. Des archives de journaux télévisés entrecoupent aussi le récit, dont celles du naufrage du ferry Estonia en 1994: des incursions du réel pour rappeler que tout cela est vrai.

Si "Flee" est le récit d'un réfugié qui finit par s'installer et avoir une maison, c'est aussi une histoire de coming out. Nous sommes face à une réflexion complexe sur les différentes formes d'exclusion.

Sujet radio: Miruna Coca-Cozma

Adaptation web: ld

"Flee", un documentaire de Jonas Poher Rasmussen à voir actuellement au cinéma

Article publié une première fois en juin 2022. Mise à jour le 25 août 2022.

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