Modifié le 19 mai 2020 à 09:12

Monument du cinéma français, Michel Piccoli est décédé à 94 ans

L'acteur Michel Piccoli est mort à l'âge de 94 ans
L'acteur Michel Piccoli est mort à l'âge de 94 ans 19h30 / 2 min. / le 18 mai 2020
L'acteur français Michel Piccoli, célèbre pour ses rôles dans "Le mépris", "Les choses de la vie" ou plus récemment "Habemus papam", est décédé le 12 mai à l'âge de 94 ans, a annoncé sa famille lundi.

"Michel Piccoli s'est éteint le 12 mai dans les bras de sa femme Ludivine et de ses jeunes enfants, des suites d'un accident cérébral", indique ce communiqué de la famille transmis par Gilles Jacob, ami de l'acteur et ancien président du Festival de Cannes.

Révélé par "Le Mépris" de Godard (1963) où il forme un couple de légende avec Brigitte Bardot, l'acteur a promené son physique de séducteur aux sourcils broussailleux dans plus de 150 films, du provocateur de "La Grande Bouffe" au pape en proie au doute d'"Habemus papam" (2011), son dernier grand rôle à l'écran.

Buñuel, Sautet, Resnais, Hitchcock...

D'une remarquable longévité, la carrière de Michel Piccoli est indissociable des films de Luis Buñuel et de Claude Sautet.

Sous la direction du premier, il a interprété des personnages troubles ("Le journal d'une femme de chambre", "Belle de jour", "Le charme discret de la bourgeoisie") avant de devenir une incarnation des Trente glorieuses, immuable clope au bec, chez le second, dans les années 70  ("Les choses de la vie", "Max et les ferrailleurs", "Vincent, François, Paul... et les autres").

Eclectique dans ses choix, il a également tourné sous la direction de Renoir, Resnais, Demy, Melville, Varda et Hitchcock.

>> Revoir l'entretien avec Michel Piccoli dans "Pardonnez-moi" en 2009:

Michel Piccoli
Pardonnez-moi - Publié le 01 mars 2009

Le scandale de "La Grande Bouffe"

Grand, brun, dégarni avec les ans, voix qui tonne ou ensorcelle, ce personnage énigmatique, s'est "régalé à jouer l'extravagance ou les délires les plus troubles, à casser (son) image", disait-il, avant de se lancer lui-même dans la réalisation, à 70 ans.

Son rôle dans "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri, un des plus gros scandales du festival de Cannes, en 1973, en est la preuve. Il y incarne un participant à un séminaire gastronomique se transformant en orgie scatologique et nihiliste.

Son refus des plans de carrière, son côté "anti-star" l'ont amené également à tourner des films d'auteur: Leos Carax, Jean-Claude Brisseau, Jacques Doillon.

En 1990, il campait avec gourmandise un personnage de grand bourgeois fantasque dans "Milou en mai" de Louis Malle.

>> L'hommage de Jean-Luc Bideau dans le 19h30:

Jean-Luc Bideau: "Michel Piccoli a vraiment été un homme très engagé."
19h30 - Publié le 18 mai 2020

Aucun César

Peu à peu disparu des écrans, ce grand pudique, né en 1925 dans une famille de musiciens, lèvera un coin du voile à plus de 90 ans dans un livre d'entretiens avec son ami Gilles Jacob ("J'ai vécu dans mes rêves"). Il y confiait son angoisse de ne plus pouvoir travailler: "On voudrait que ça ne s'arrête jamais et cela va s'arrêter (...) c'est très difficile".

Quatre fois nommé aux César notamment pour "La belle Noiseuse" de Jacques Rivette en 1992, il n'a jamais été récompensé par l'Académie.

>> Interview de Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse, dans Forum:

Mort de l’acteur français Michel Piccoli: interview de Frédéric Maire
Forum - Publié le 18 mai 2020

>> A lire également: Notre grand-format web  Michel Piccoli, le bourgeois iconoclaste

afp/boi

Publié le 18 mai 2020 à 13:11 - Modifié le 19 mai 2020 à 09:12

Extraits d'un entretien en 2009 avec l'acteur



Acteur hors-norme, ayant joué les rôles les plus exigeants, Michel Piccoli laissait libre cours à sa liberté poétique dans l’entretien qu’il avait donné à la RTS, où il évoquait la perspective de sa propre mort: "La personne la plus triste, le jour de ma mort, ce sera moi-même. Je me regretterai beaucoup. C'est très orgueilleux mais je le pense profondément." L’acteur était souvent mort sur scène ou dans les films, notamment dans une scène célèbre de la Grande Bouffe.



Revendiquant son élégance décalée, Michel Piccoli admettait sa fascination pour les monstres et les personnages tordus: "Ce qui est intéressant dans nos vies, ce sont nos crimes et nos torsions." Il avait beaucoup joué ce genre de personnage et saluait le "grain de folie" chez lui et chez les autres: "J’aime ça ! Je suis né avec un grain, et je le cherche aussi chez les auteurs et les metteurs en scène".



"Je peux avoir la dent coupante", reconnaissait Michel Piccoli en évoquant les navets que Gérard Depardieu ou Alain Delon ont pu jouer dans leurs carrières. Dans l’interview diffusée en 2009, l’acteur évoquait aussi sa vie privée, comme son mariage avec Juliette Greco: "On se vouvoyait. J’aime alterner le vouvoiement ou le tutoiement, selon que la soirée finit sur une choucroute ou sur une coupe de champagne".

Sur RTS 2 ce soir, en hommage à l'acteur français

- 19h00, diffusion d'une archive de 2009 de "Pardonnez-moi"
- 21h00, diffusion du film Les choses de la vie, de Claude Sautet (1970)