Modifié le 05 décembre 2019 à 14:02

"Je ne te voyais pas", le film qui fait dialoguer agresseurs et victimes

François Kohler a réalisé un film qui traite de la justice restaurative ''Je ne te voyais pas''
L’invité du 12h30 - François Kohler, réalisateur du film ‘’Je ne te voyais pas’’ L'invité du 12h30 / 8 min. / le 02 décembre 2019
Juriste de formation, François Kohler plaide pour une justice restaurative qui permet aux plaignants de faire entendre ce qu'ils ont enduré, et aux auteurs de préjudices de comprendre les dommages qu'ils ont occasionnés. Son documentaire sort le 4 décembre.

Vous avez été agressé et cela vous tourmente encore. Seriez-vous prêt à pardonner à votre agresseur? A l'inverse, vous avez blessé quelqu'un, parfois à vie, seriez-vous prêt à reconnaître les dommages que vous avez occasionnés? Ce procédé s'appelle la justice restaurative. Elle est au coeur du documentaire "Je ne te voyais pas" du cinéaste neuchâtelois François Kohler qui a plongé sa caméra dans la réalité des prisons.

Juriste de formation, François Kohler est allé à la rencontre des agresseurs et des victimes pour comprendre ce qui se joue de part et d'autre. Il évoque par exemple le cas de ce jeune homme qui, il y a 22 ans, a été attaqué dans le bureau postal dont il était responsable. Menacé d'une arme, ainsi que sa femme et sa fille, il a été contraint d'ouvrir le coffre. Bien plus tard, "celui qui ne souriait plus comme avant" a pu parler à un des auteurs du hold-up. En prenant conscience du poids de son acte, le braqueur a permis à l'ex-employé postal de sortir de son statut de victime, de reprendre du pouvoir sur son agresseur: d'avoir "le dernier mot" pour tourner la page.

Tandis que la justice pénale s'attache à l'acte commis plutôt qu'aux besoins des parties, la justice restaurative encourage victimes et agresseurs à gérer eux-mêmes leurs conflits et les aide à se libérer de leur statut.

François Kohler, cinéaste et juriste de formation

La justice restaurative considère en effet que les crimes et délits ne sont pas seulement des infractions à la loi, une atteinte à l'ordre public et à l'Etat, mais également un dommage aux personnes et au lien social. Elle vise la restauration de la victime, la responsabilisation de l'auteur et la prévention de la récidive. "Je n'oppose pas la justice pénale à la justice restaurative. L'idée est de recréer du lien, de la paix sociale", explique le cinéaste qui regrette que la Suisse soit très en retard sur ce type de médiation, contrairement à d'autres pays européens, la Belgique notamment qui l'a instaurée en 2005.

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Le pardon est rare

Pour que cette médiation puisse se faire, il faut un prérequis: l'auteur doit reconnaître sa culpabilité. Le lien peut être direct ou indirect, et les deux parties peuvent se retirer à tout moment. Si ce face-à-face est réparateur pour les uns comme pour les autres, il ne résout pas tous les problèmes. "Le pardon et le regret, c'est un peu la cerise sur le gâteau. Si on y arrive, c'est fantastique!" conclut François Kohler qui n'a pas oublié la part émotionnelle d'un tel dialogue dans son documentaire, à sortir mercredi 4 décembre.

Propos recueillis par Yves Zahno

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 03 décembre 2019 à 14:48 - Modifié le 05 décembre 2019 à 14:02