Modifié le 26 novembre 2019 à 09:17

Les vieux relents racistes et sexistes des dessins animés de notre enfance

2011. Les Aristochats
Médias: Disney + et les dessins animés "culturellement dépassés" Vertigo / 6 min. / le 20 novembre 2019
La plateforme de vidéo à la demande Disney+ lancée récemment avertit ses utilisateurs: les dessins animés de notre enfance sont "culturellement dépassés".

Le magazine Hollywood Reporter se fait l'écho d'avertissements qui complètent le résumé de certains dessins animés sur la nouvelle plateforme de vidéo à la demande Disney+, lancée la semaine dernière aux Etats-Unis, au Canada et aux Pays-Bas.

Le magazine explique que des œuvres comme les "Aristochats", "Peter Pan" ou "Dumbo" sont flanquées de cet avertissement: "Ce programme est présenté tel qu'il a été créé à l'origine. Il peut contenir des représentations culturelles dépassées."

Racisme et sexisme

Souvenez-vous de "La chanson des peaux rouges" dans "Peter Pan", dessin animé de 1953. Si enfants nous ne nous sommes pas rendus compte que cette chanson était problématique parce que raciste, cela ne peut pas nous échapper aujourd'hui, tout comme le sexisme de cette scène dans laquelle on apprend que "la squaw ne danse pas, la squaw doit ramasser le bois".

>> A voir, "La chanson des peaux rouges" dans "Peter Pan":

 

Dans l'histoire de "Dumbo" l'éléphant volant, en 1941, ce sont des corbeaux noirs en haillons qui chantent le blues. Un de ces corbeaux s'appelle carrément Jim Crow. Oui, comme "Les lois Jim Crow", une série d'arrêtés qui constituaient l'un des règlements majeurs de la ségrégation raciale aux Etats-Unis entre 1876 et 1965.

Dans "Les Aristochats" (1970), comme dans "La Belle et le Clochard" (1955), ce sont les stéréotypes asiatiques qui sont exacerbés, avec les personnages de siamois.

>> A voir, "La chanson des Siamois" dans "La Belle et le Clochard":

 

Une précaution pour Disney

Le problème de cet avertissement est qu'on ne sait pas sur quels critères se base Disney pour l'indiquer ou non, souligne le Hollywood Reporter. "Pocahontas" ou "Aladdin", par exemple, sont également problématiques, inappropriés, stéréotypés, aux yeux de plusieurs associations, pourtant, aucun avertissement n'est indiqué les concernant sur la plateforme.

L'autre problème est que les adultes qui arrivent à déchiffrer l'avertissement se rendent sans doute compte du racisme et du sexisme émanant de certaines scènes, alors que les enfants ne s'apercevront de rien. Cet avertissement est avant tout une précaution que prend Disney. L'entreprise, politiquement correcte à souhait, institution familiale et consensuelle par excellence, ne veut prendre aucun risque à l'heure où toutes les communautés sont susceptibles d'être offensées.

Des oeuvres inscrites dans l'histoire

Croire qu'on peut devenir raciste en regardant "Les Aristochats", c'est comme croire que l'on peut devenir un tueur en jouant aux jeux vidéo. Mais cette mise en garde: "Ce programme est présenté tel qu'il a été créé à l'origine. Il peut contenir des représentations culturelles dépassées" titille: une œuvre culturelle peut-elle vraiment être un jour dépassée? Dépassée par quoi? Par le temps qui passe, justement, ou par une nouvelle moralité? Les artistes doivent-ils aujourd'hui produire uniquement des œuvres pour qu'elles durent à travers les décennies, les siècles?

Le débat n'est pas nouveau. Il y a deux ans, Anne-Laure Gannac, journaliste RTS, évoquait ce sujet: des jeunes s'offusquaient du caractère raciste, grossophobe et homophobe de la série "Friends". Elle venait d'être mise en ligne sur Netflix.

>> A écouter, le sujet d'Anne-Laure Gannac consacré à "Friends":

Les amis de "Friends".
NBC
Six heures - Neuf heures, le samedi - Publié le 20 janvier 2018
 

Anne-Laure citait alors Walter Benjamin (1892-1940), philosophe et historien de l'art rattaché à l'école de Francfort, pour qui l'œuvre d'art s'inscrit dans l'histoire. Elle est unique et liée à un endroit précis. Justifier aujourd'hui une ancienne œuvre d'art est donc hors de propos.

Sujet radio: Antoine Droux

Adaptation web: Lara Donnet

Publié le 26 novembre 2019 à 09:03 - Modifié le 26 novembre 2019 à 09:17