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"Cargo Cults Unlimited", l'exposition du MEN qui montre l'autre face de notre économie

L'exposition "Cargo Cults Unlimited" au musée d'ethnographie de Neuchâtel. [Musée d’ethnographie de Neuchâtel - © Noé Cotter]
Cargo de jour comme de nuit / Vertigo / 5 min. / le 18 janvier 2024
Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN), en collaboration avec l'Institut d'ethnographie, présente jusqu'au 31 décembre sa nouvelle exposition immersive intitulée "Cargo Cults Unlimited". Au programme, l'envers du décor de notre économie, ses défis et ses conséquences.

C'est dans une forêt de conteneurs, ressemblant à ceux que l'on charge dans les cargos, que le Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN) accueille le public. À la différence près que ces conteneurs sont en carton, à l'image des cartons emballant les biens achetés sur internet, puis envoyés par la poste.

Dans ce dédale immersif, chaque conteneur raconte une histoire économique thématisée. Comme un voyage exprimant toute la diversité de l'économie, agissant en permanence, mais dont on ne sait finalement que peu de choses. À travers plus de trois heures d'exposition, "Cargo Cults Unlimited" propose un voyage ludique à travers notre économie mondialisée et ses acteurs, tout en l'interrogeant.

Une photo de l'exposition "Cargo Cults Unlimited" au musée d'ethnographie de Neuchâtel. [Musée d’ethnographie de Neuchâtel - © Noé Cotter]

Une économie parfois discriminante

L'un des conteneurs s'ouvre sur une phrase souvent entendue: l'économie de marché est la meilleure façon de distribuer des biens e

L'affiche de l'exposition "Cargo Cults Unlimited" du MEN à Neuchâtel. [MEN]

t des services. À condition d'y être inclus. Par exemple, pendant longtemps, les populations africaines, jugées trop pauvres, ont été tenues à l'écart du marché informatique. Des entrepreneurs et entrepreneuses nigérians ont pris le risque de combler cette fracture digitale en donnant vie à "Computer Village", situé à Lagos. Aujourd'hui, ce marché informatique est devenu le plus important de l'Afrique de l'Ouest.

"Les grands vendeurs d'ordinateurs pensaient qu'il n'y avait pas forcément d'avenir dans le domaine en Afrique, explique Grégoire Mayor, co-directeur du musée, dans l'émission Vertigo du 18 janvier. Ces commerçants et créateurs ont montré que c'était le contraire. Nous avons présenté cela comme une sorte de magasin hyper moderne, avec la présentation de ces entrepreneurs sur les côtés et au centre des images tournées par Alice Sala, doctorante à l'Université de Neuchâtel qui a réalisé sa thèse sur le sujet. Et derrière, la composition des ordinateurs et l'origine des pièces."

Une exposition qui pose des questions

En continuant de parcourir l'exposition, des images fantômes, comme des hologrammes, apparaissent dans un cul-de-sac sombre. Elles représentent des scènes de la vie quotidienne où l'on voit des femmes qui passent l'aspirateur, qui s'occupent d'enfants et de personnes âgées. "Cette zone est consacrée au travail fantôme. L'économie fonctionne aussi parce que beaucoup de gens travaillent sans être rémunérés, spécialement les femmes. Tout ce qui relève de l'éducation et des soins en fait partie. Faut-il payer ce travail? C'est une grande question que les économistes féministes se posent", poursuit Grégoire Mayor.

À l'étage supérieur de l'exposition, une salle de commandes attend les visiteurs et visiteuses, qui sont alors propulsés dans un monde à la fois abstrait, spéculatif et prophétique de l'économie. En fond sonore, la fameuse cloche de Wall Street retentit, signalant l'ouverture et la fermeture des marchés boursiers. Jusqu'où notre modèle économique va-t-il nous conduire?

Enfin, la dernière partie de l'exposition amène le public vers un marché aux poissons à la criée, mais pas n'importe lequel. Ici, les poissons représentent chacune des écoles de pensée économique. Pas de morale de l'histoire, mais des visions plurielles sur notre économie qui raconte les humains et les lie dans des relations d'échange, de profits, de spéculations et de pensées magiques.

Sujet radio: Florence Grivel

Adaptation web: Myriam Semaani

"Cargos Cults Unlimited", Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN), jusqu'au 31 décembre 2024.

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