Modifié le 17 mars 2020 à 10:39

"Code/Poésie", l'exposition qui renouvelle nos émotions de lecture

Visite poétique d'une exposition en réalité augmentée, dans l'exposition "Code-Poésie".
Visite poétique d'une exposition en réalité augmentée, dans l'exposition "Code-Poésie". [DR]
La poésie n'est pas réservée à une élite, de même que le numérique n'est pas le domaine des geeks. C'est ce que montre l'exposition qui se tient au Château de Morges.

"Le numérique offre une opportunité à la poésie tout comme la poésie enrichit le numérique", explique Antonio Rodriguez, professeur de littérature à UNIL, écrivain, poète et initiateur du Printemps de la Poésie. En préambule de cette cinquième édition, le Château de Morges accueille jusqu'au 10 mai l'exposition "Code/Poésie" qui interroge l'évolution d'une littérature liée au papier vers l'ère numérique.

Dépasser les préjugés

A priori, il s'agit de deux mondes différents, voire opposés. Du moins dans nos préjugés. La poésie relèverait de l'intime, du silence, d'une expérience physique et mentale qui nous ancre dans l'instant de la lecture. Le monde numérique serait programmatique, soumis à l'accélération permanente et désincarné.

Alors pourquoi vouloir conjuguer ces deux entités? "Il s'agit de surmonter nos peurs. Celle du monde de l'édition qui craint d'être remplacé par des robots ou des algorithmes. Mais aussi peur de la poésie, jugée intimidante, difficile d'accès. L'idée est de montrer qu'on peut envisager notre avenir de manière plutôt heureuse et bienveillante, en explorant le texte, notre rapport au réel et à nos émotions, par des écrans à la hauteur de la poésie", poursuit Antonio Rodriguez.

>> A écouter, l'interview d'Antonio Rodriguez:

Antonio Rodriguez, professeur de littérature à l'Université de Lausanne (UNIL).
Felix Imhof - DR
Six heures - Neuf heures, le samedi - Publié le 15 février 2020
 

Ecrans géants comme du beau papier

D'où la présence au Château de Morges d'écrans géants de 2m50 sur 2m50, l'équivalent du beau papier, pour offrir, par exemple, une anthologie de la poésie romande où l'on peut entendre, via des casques individuels, les poètes lire leur propre texte. C'est à la fois intime et monumental. Tout comme la machine à créer des poèmes, une imprimante géante qui déroule un papier de 5 mètres de long.

L'exposition fait le pari des nouvelles technologies pour déployer la poésie au-delà du livre. La réalité virtuelle ou augmentée permet des expériences immersives qui renouvellent les émotions de lecture.

La Suisse, au coeur d'un nouveau défi

Certains se demanderont si cette approche n'est pas une trahison. Sortir la poésie du texte imprimé, n'est-ce pas prendre le risque de la voir disparaître? 

C'est le XIXe siècle qui a imposé l'idée que la poésie devait être lue en silence. Au Moyen Age, dans l'Antiquité, mais aussi dans d'autres cultures, africaines ou asiatiques, elle est faite pour être chantée et dansée. D'autre part, on oublie que le livre a été, lui aussi, une nouvelle technologie, d'abord artisanale, puis industrielle.

Antonio Rodriguez, commissaire de l'exposition Code/Poésie

Pour rendre possible cette exposition, il fallait conjuguer les talents, mêler les ingénieurs aux poètes, et les spécialistes de littérature aux encodeurs. L'Université de Lausanne (UNIL), l'Ecole polytechnique de Lausanne (EPFL), la Haute Ecole d'ingéniérie et de Gestion du canton de Vaud (HEIG) ainsi que la Haute Ecole d'art et de design genevoise (HEAD) ont travaillé ensemble pour monter cette exposition qui témoigne d'une Suisse, non plus en périphérie des littératures, mais au coeur des nouveaux défis pour continuer à la rendre vivante.

Sujet radio: Anne Laure Gannac

Réalisation web: Marie-Claude Martin

Le Château de Morges est temporairement fermé en raison de l'épidémie de coronavirus.

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Publié le 18 février 2020 à 15:32 - Modifié le 17 mars 2020 à 10:39