Modifié le 24 juin 2019 à 17:27

La résurrection de Dora Maar, muse de Picasso et artiste à part entière

La chronique culturelle (vidéo) – La résurrection de Dora Maar, célèbre muse de Picasso
La chronique culturelle (vidéo) – La résurrection de Dora Maar, célèbre muse de Picasso La Matinale / 3 min. / le 21 juin 2019
Le Centre Pompidou de Paris consacre une rétrospective à Dora Maar, photographe inspirée. De son côté, la journaliste Brigitte Benkemoun livre une fascinante biographie de l'artiste à travers son carnet d'adresses.

Dora Maar (1907-1997) fut la compagne de Picasso et sa muse pour plusieurs tableaux, dont le strident "La Femme qui pleure" et "Portrait de Dora Maar", une toile volée il y a 20 ans sur le yacht cannois d'un cheikh saoudien et retrouvée en mars dernier par l'expert néerlandais Arthur Brand, surnommé l'Indiana Jones du monde de l'art.

>> A lire, l'article consacré à la redécouverte du "Portrait de Dora Maar":  L'"Indiana Jones du monde de l'art" retrouve un Picasso volé depuis 20 ans

Arthur Brand, expert d'art néerlandais et le tableau de Picasso "Buste de Femme (Dora Maar)".
Arthur Brand, expert d'art néerlandais et le tableau de Picasso "Buste de Femme (Dora Maar)". [Stringer - AFP]
 

Mais Dora Maar, de son vrai nom Henriette Theodora Markovitch, ne fut pas que l'amante inconsolable de Picasso, elle fut aussi sa complice inspirée. Non seulement cette Croate élevée en Argentine aura soufflé au maître l'idée de son fameux "Guernica" mais elle aura aussi été la seule à le photographier en pleine création de cette toile légendaire.

"Les photographies faites par Dora Maar sont utilisées par Picasso pour changer la peinture. C'est une espèce d'oeuvre à deux mains qui se fait pendant cette période" constate Anne Baldassari, biographe et présidente du Musée national Picasso de Paris.

Pionnière du photomontage

Dora Maar Untitled (Main Shell) Centre Pompidou, dans le cadre de la retrospective de l'artiste à la Tate Modern. Dora Maar Untitled (Main Shell) Centre Pompidou, dans le cadre de la retrospective de l'artiste à la Tate Modern. [Grand Palais/Jacques Faujour - Tate Modern] Car Dora Maar, avant même sa rencontre avec le peintre espagnol, était photographe de mode et de rue. Ses images consacrées aux exclus du monde, en particulier ceux de la grande Dépression, sont d'une rare acuité.

Mais ce sont surtout ses photomontages surréalistes, dont elle fut une des pionnières, qui la rendront célèbre. Ses peintures, elles, ne seront découvertes qu'après sa mort, notamment son "Autoportrait " de femme brisée, réalisé en 1945, soit deux ans après sa rupture avec Picasso.

Suivra une profonde dépression nerveuse -  traitée aux électrochocs - qui révélera les penchants mystiques de cette amoureuse tragique.

Avec plus de 500 oeuvres et documents, le centre Pompidou consacre à l'artiste sa première grande rétrospective.

Une biographie fascinante

Autre actualité, "Je suis le carnet de Dora Maar", de la journaliste Brigitte Benkemoun qui dresse le portrait de l'artiste à travers son carnet d'adresses. Carnet que l'autrice a découvert, par hasard, dans le rabat d'un vieil agenda Hermès acheté sur eBay et daté de 1951.

Brigitte Benkemoun a mis trois mois à savoir à qui appartenait ce trésor et deux ans pour faire parler ce répertoire qui comprenait les noms et adresses d'Aragon, Cocteau, Chagall, Eluard, Ponge, Breton, Lacan, Nathalie Sarraute, Giacometti ou Poulenc, soit l'annuaire intime du surréalisme et de l'art moderne, un who's who fascinant du monde parisien, artistique et intellectuel, de l'après-guerre.

A travers son enquête, on découvre une Dora Maar au caractère bien trempé, psychologiquement très fragile, pas franchement aimable, mais aussi une Dora Maar qui fut bien plus qu'une muse qui pleure pour satisfaire les besoins de son amant.

Sujet réalisé par Anne-Laure Gannac

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Brigitte Benkemoun, "Je suis le carnet de Dora Maar", éditions Stock

Rétrospective Dora Maar au Centre Pompidou, Paris, jusqu'au 29 juillet

Publié le 24 juin 2019 à 17:24 - Modifié le 24 juin 2019 à 17:27