Modifié le 04 février 2019 à 08:49

La pratique du selfie peut être très dangereuse pour la santé

Deux personnes prennent une selfie avec leur Smartphone.
Fenêtre sur cour - La Selfie Dysmorphia Pony Express / 10 min. / le 28 janvier 2019
Selon un rapport, les selfies et les filtres que les utilisateurs appliquent sur ces autoportraits augmentent la dysmorphie corporelle.

Ce trouble du comportement rend une personne complètement obnubilée par un défaut physique et la pousse à vouloir ressembler à la version retouchée d'elle-même.

La "selfie dysmorphia" (la dysmorphie de l'autoportrait), c’est le fait d’utiliser la chirurgie esthétique pour changer l’aspect de son visage, et ressembler le plus possible aux selfies retouchés avec des programmes comme Snapchat, Instagram ou Facetune.

De plus en plus de chirurgiens font face à des patients qui demandent un nez plus fin ou un visage parfaitement symétrique, pour se rapprocher le plus de leur image retouchée.

Effacer les imperfections

Dans un article publié par le quotidien The Guardian, la jeune Londonienne et star de Snapchat "Anika the Snap Queen” raconte son obsession grandissante pour son image et comment Snapchat - et ses filtres - lui ont permis de corriger des imperfections comme, par exemple, une petite bosse sur le nez.

Parfois, ses adeptes lui ont suggéré de se rencontrer en personne. "Alors ce serait comme: 'Je dois ressembler à mon selfie'"." C'est à peu près à ce moment-là, au comble de son obsession pour Snapchat, qu'Anika a commencé à contacter des chirurgiens esthétiques sur Instagram.

Interrogé par le journal britannique, le docteur Tijion Esho, fondateur d’une clinique à Londres, s’est aperçu d’un changement chez ses patients: auparavant on lui amenait des photos de célébrités, pour lui montrer le nez idéal, mais désormais les personnes amènent des photos retouchées d’elles-mêmes, avec des applications comme Facetune.

>> A écouter: La Médiathèque Valais présente une exposition sur l'évolution du portrait photographique

La Médiathèque Valais expose l'évolution du portrait photographique.
mediatheque.ch
Le 12h30 - Publié le 14 janvier 2019

Ressembler à son selfie

Dans un rapport publié dans la revue médicale américaine JAMA Facial Plastic Surgery, on estime que les images filtrées "brouillent la ligne entre la réalité et la fiction" et qu'elles déclenchent la dysmorphie corporelle, un trouble qui rend une personne complètement obnubilée par un défaut physique, à tel point que ça l’empêche de vivre normalement.

Si on prend un peu de recul, et pour mieux comprendre l’impact de cette pratique du selfie sur l’humain, il est intéressant de se pencher sur le livre Faceworld de Marion Zilio, une jeune théoricienne française.

Dans son livre "Faceworld, le visage au XXIe siècle" (PUF, 2018), la théoricienne française Marion Zilio revient sur l’utilisation de l’autoportrait et de sa mise en scène sur Instagram. Elle explique que pour se voir, il faut une médiation, un objet intermédiaire: celle d'une surface réfléchissante ou un miroir. La perception de soi passe donc par un objet intermédiaire, comme un smartphone et elle dépend d’une invention ou d’une technique.

>> A écouter aussi:le selfie, dans l'émission "Tribu" 

Le selfie est-il un pur délire narcissique ou au contraire un moyen de créer du lien social?
Igor Butseroga - Fotolia
Tribu - Publié le 30 septembre 2018

Le rapport au corps, une révolution

Dans des sociétés où les réseaux sociaux prennent autant d’importance, notre rapport au corps est en train de radicalement changer. On le voit aussi avec les tatouages qui sont devenus très populaires ces dernières années.

Notre corps devient une sorte "d’enveloppe" que l’on peut changer au gré des envies, comme on peut changer d’avatar sur internet ou dans le jeux vidéos.

Un corps, on peut le modifier, ou le recouvrir de dessins, mais aussi l’augmenter avec des prothèses ou des implants. Vouloir ressembler à des selfies modifiés, prendre des formes de transhumanisme, mais pas pour améliorer les performances humaines, mais plutôt pour une meilleure perception de soi-même.

Impact positif ?

Et si l'utilisation des selfies avait aussi un impact positif ? Pour des adolescents qui peuvent avoir un rapport conflictuel avec leur propre corps, le partage d'une image améliorée de leur visage leur donne une nouvelle identité, plus valorisante. Et ce n'est pas toujours néfaste. 

>> A écouter aussi: La confiance en soi des ados de "On en parle"

Comment aider les ados à construire la confiance en eux et à la garder?
lassedesignen - Fotolia
On en parle - Publié le 28 mai 2018

Ces outils peuvent favoriser certaines angoisses, mais les selfies modifiés ne sont certainement pas les seuls responsables.

Sujet radio Loïc Delacour

Adaptation web Miruna Coca-Cozma

L’AlbOum. Du portrait photo à la manie du "selfie", Médiathèque Valais-Martigny, jusqu'au 31.08

Publié le 02 février 2019 à 07:12 - Modifié le 04 février 2019 à 08:49