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Le plan de Thomas Hirschhorn pour égarer (et retrouver) ses esprits

Thomas Hirschhorn (*1957) et Marcus Steinweg (*1971), "The Map of Headlessness", 2011. [Julien Gremaud  - Musée Jenisch Vevey/2019, ProLitteris, Zurich]
Thomas Hirschhorn (*1957) et Marcus Steinweg (*1971), "The Map of Headlessness", 2011. [Julien Gremaud - Musée Jenisch Vevey/2019, ProLitteris, Zurich]
A Vevey, le musée Jenish expose pour la première fois la "Map of Headlessness" de l'artiste plasticien Thomas Hirshhorn. Une cartographie monumentale et chaotique pour tenter de se repérer dans les divagations du monde.

Le plasticien bernois Thomas Hirshhorn est connu pour ses installations immersives stimulantes. Pour les concevoir, il ne travaille jamais sans plan. Pour lui, c'est un préalable important à son travail artistique, mais aussi à la structure de sa pensée. Mais avec son projet de cartes, "Maps" (créé le plus souvent en collaboration avec le philosophe allemand Marcus Steinweg), Hirschhorn va bien plus loin que de montrer des ébauches de plans de travail.

De l’avantage de perdre la tête

Le Musée Jenisch expose pour la première fois sa "Map of Headlessness" (littéralement "carte de la perte de la tête"), acquise en 2015. A priori, l'idée de perdre sa tête ou ses esprits pourrait sembler en contradiction avec le principe même d’organisation. Mais Thomas Hirschhorn et Marcus Steinweg voient - et donnent à voir - les choses différemment.

Un livre paru chez JRP/Ringier documente cette oeuvre à part entière, qui vise plutôt à établir des sortes d’immenses cartes géographiques de l'esprit. Des multiples images collées y dialoguent avec une foule de fragments de textes. Autant de détails via lesquels l'artiste et le philosophe font état de leurs préoccupations et les organisent.

A voir et à lire

Au premier regard, la "Map of Headlessness", haute de 2m40 et large de 4m, perturbe. Des extraits de journaux y côtoient des notes manuscrites, des photos et des extraits d'écrits de Goethe, Nietzsche, Georges Bataille et Michel Foucault. Les textes, pour la plupart rédigés en français ou en anglais, se préoccupent de la nature de l'art, de son sujet, du chaos et du vide. Un minimum de goût pour la lecture est donc requis.

>> A écouter: Une cartographie du monde selon Hirschhorn

 

Illustration du livre "Thomas Hirschhorn. Maps" qui décrypte le travail de  l'artiste. [Nicolas Leuba - JRP Ringier/ Musée Jenisch]Nicolas Leuba - JRP Ringier/ Musée Jenisch
Arts visuels: une cartographie du monde selon Hirschhorn / Vertigo / 5 min. / le 28 janvier 2019

Une carte pour Nietzsche ou Arendt

Le plasticien et le philosophe travaillent à ces cartes depuis 2003. Les collages sont le plus souvent dédiés à des thèmes ou des personnalités qui les ont marqués. Il existe ainsi une "Nietzsche-Map" ainsi qu’une "Hannah Arendt-Map", ou encore une "Carte de l'amitié entre la philosophie et l'art".

Leur méthode de travail est surprenante: l'artiste et le philosophe travaillent ensemble mais sans aucune discussion, pour la simple raison qu'ils n’en ont pas besoin.

Je suis d'accord avec tout ce que fait Marcus et il est d'accord avec tout ce que je fais. Nous travaillons dans un accord total

Thomas Hirschhorn au sujet de Marcus Steinweg

Un œuvre monumentale qui fourmille de détails

En se plongeant dans les détails de "Map of Headlessness", on retrouve bon nombre des sources d'inspirations et des thématiques de l'artiste. Connu pour la banalité des matériaux qu’il utilise (cartons, scotchs, etc), on peut par exemple y trouver de petites notes écrites à la main, expliquant pourquoi il aime utiliser le papier aluminium, aux apparences précieuses mais d'un usage totalement quotidien et précaire.

En prenant son temps, l'observateur attentif peut ainsi plonger profondément dans la pensée et l'oeuvre de Thomas Hirschorn.

Auteure: Alice Henkes / SRF2

Traduction et adaptation web: Manon Pulver

Cet article a été publié initialement en allemand sur le site de SRF Kultur.

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