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Le poète Aimé Césaire est décédé

Aimé Césaire avait été hospitalisé il y a une semaine. [Reuters]
Aimé Césaire avait été hospitalisé il y a une semaine. [Reuters]
Le poète français Aimé Césaire, originaire des Antilles et considéré comme le chantre de la «négritude», est décédé à 94 ans à Fort-de-France, où il était hospitalisé. Nicolas Sarkozy se rendra aux obsèques dimanche.

Le poète, qui s'était également beaucoup engagé en politique,
avait été hospitalisé le 9 avril pour des affections "de nature
cardiologique". Les obsèques auront lieu dimanche à Fort-de-France
au terme de trois jours d'hommage, en présence de Nicolas Sarkozy
et de Michèle Alliot-Marie.

Chantre de la "négritude"

Solidaire du monde noir et de sa révolte contre le colonisateur,
il se disait "fondamentalement poète, mais poète engagé" et "nègre,
nègre, depuis le fond du ciel immémorial".

Né à Basse-Pointe le 25 juin 1913, ce fils surdoué d'un inspecteur
des impôts fait de brillantes études et lance en 1932 la revue
"L'Etudiant noir" où, pour la première fois, des écrivains noirs
réfutent les modèles littéraires traditionnels.

En 1939, il fait une entrée fracassante en poésie avec "Cahier
d'un retour au pays natal", employant, encore une première, le
terme de "négritude", un terme qu'il partage avec le Sénégalais
Léopold Sédar Senghor. C'est, dit-il, "la conscience d'être noir,
simple reconnaissance d'un fait qui implique acceptation, prise en
charge de son destin de noir, de son histoire et de sa
culture".

Engagement politique

Maire de Fort-de-France de 1945 (il n'avait que 32 ans) à 2001,
député de 1946 à 1993, Césaire avait fondé en 1957 le Parti
progressiste martiniquais (PPM), un an après avoir démissionné du
Parti communiste français, qu'il avait rallié après la
guerre.

Césaire a écrit des pièces comme "La Tragédie du roi Christophe"
(1963, sur la décolonisation) ou "Une saison au Congo" (1966, sur
Patrice Lumumba). En poésie, il a signé "Les Armes miraculeuses",
"Cadastre", "Soleil cou coupé", "Corps perdu" ou "Moi
laminaire".

Césaire a aussi été polémiste avec son "Discours sur le
colonialisme", texte virulent contre l'Occident, juché sur "le plus
haut tas de cadavres de l'humanité".

afp/ant/cer

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Hommages de la francophonie

Plusieurs personnalités ont rendu hommage à l'homme et au poète qu'était Aimé Césaire.

Sarkozy a salué jeudi la mémoire du poète martiniquais, "symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés" à travers son combat, "pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines".

"J'apprends avec une très grande tristesse le décès d'Aimé Césaire. J'imagine le chagrin immense de toute la population martiniquaise, antillaise et ultramarine qui perd, aujourd'hui, l'un de ses pères spirituels. Mais, en vérité, c'est toute la nation française qui est en deuil", écrit le président français.

De son côté, Ségolène Royal a demandé l'entrée au Panthéon d'Aimé Césaire, "éminent symbole d'une France métissée". "Une grande voix s'est éteinte, celle d'un homme de conviction, de création, de témoignage, qui fut sa vie durant un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d'hypocrisies, un porteur d'espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l'humaine dignité".

Le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a exprimé la "très grande émotion" de toute la "famille francophone".

Enfin, Jacques Chirac a estimé que "la France et le monde perdent un immense poète et un homme de lumière. Avec sa disparition, c'est aussi un sage qui s'en va, un homme qui par son rayonnement, aura su faire progresser les consciences. Car à travers son engagement pour la négritude, c'est un message universel pour la dignité humaine, pour le respect et le dialogue des cultures qu'il a su porter au plus haut".