Langue, économie et mondialisation

Drapeaux des pays européens.
L'Union européenne peut paraître très multilingue avec ses 24 langues officielles. [sinuswelle - ]
Quand on parle de mondialisation, on pense souvent à l'économie. Mais la mondialisation présente également des défis majeurs sur le plan linguistique. Parmi ceux-ci, la place croissante des langues dominantes. Actuellement c'est l'anglais, mais si demain c'était le mandarin? Le décryptage du professeur François Grin, directeur de l'Observatoire "économie, langues, formation".

L'usage du langage, l'activité économique et les phénomènes de mondialisation ont des rythmes différents. Par exemple, le langage évolue plus lentement que les modalités de circulation de l'information qui caractérisent la mondialisation. En conséquence, pour des raisons d'efficacité, on privilégie souvent une langue dominante en oubliant toute la richesse de la diversité linguistique. Pour la préserver, il faut des politiques qui défendent entre autres la diversité des langues dans l'enseignement, le droit des salariés d'utiliser leur langue dans leur activité professionnelle (y compris dans les institutions internationales) ou celui des scientifiques à travailler dans leur langue maternelle.

Le français défendu par les syndicats
En France, la Loi Toubon du 4 août 1994 garantit la présence du français sur divers plans dans le monde du travail (par exemple: contrats de travail, règlement interne des entreprises, conventions collectives, offres d'emploi). Neuf ans après sa mise en œuvre, les dispositions n'étaient appliquées que de façon incomplète, avec de nombreuses dérives permettant à l'anglais de supplanter le français. Ceci a fait réagir les organisations syndicales, qui ont négocié avec les directions générales, mais parfois dû intenter des actions devant les tribunaux. La loi Toubon et son application constituent donc des garanties nécessaires au plurilinguisme, et d'autres pays pourraient se doter d'outils juridiques similaires.

Commerce et multilinguisme dans la communauté européenne
L'Union européenne peut paraître très multilingue avec ses 24 langues officielles. Pourtant sur le plan commercial les dispositions sur le multilinguisme se limitent à la protection du consommateur final. Et encore… Les États membres n'ont pas le droit d'imposer une langue déterminée. Les vendeurs peuvent ne pas traduire les informations sur le produit, si elles sont écrites dans une langue facilement comprise par le consommateur, ou utiliser des pictogrammes. Ce régime permet la commercialisation de produits étiquetés uniquement en langue étrangère, le plus souvent en anglais. Il faudrait inscrire dans les Traités européens, comme dans les textes de l'Organisation mondiale du commerce, des dispositions juridiques précises garantissant l'emploi des langues nationales ou officielles dans le domaine économique et commercial.

Le problème des accords commerciaux est qu'ils considèrent la langue comme un élément neutre et transparent de transfert d'information. Ce n'est bien sûr pas le cas. Les langues sont aussi porteuses de culture et ne sont donc pas réductibles les unes aux autres. L'utilisation de la traduction favorise une richesse de pensée et d'innovation. Le plurilinguisme rend justice à l'importance de la langue comme instrument dont disposent les sociétés pour maîtriser leur avenir.

RTSdécouverte avec le professeur François Grin, directeur de l'Observatoire "économie, langues, formation"

Publié le 15 avril 2014 à 14:57