Modifié le 21 février 2013 à 14:54

La conquête du mythique passage du Nord-Ouest

Banquise et icebergs: autant de pièges pour les navigateurs.
Banquise et icebergs: autant de pièges pour les navigateurs. [ - KEYSTONE]
Quatre cents ans durant, ce fut un rêve, un mythe, une quête, un challenge: trouver, coûte que coûte, l’invisible passage du Nord Ouest qui fait communiquer l’océan Atlantique et le Pacifique.

Quatre cents ans durant, on l’a cherché. En vain et au prix d’incroyables sacrifices, humains et matériels. Combien de vaisseaux, de marins, d’explorateurs pris au piège des glaces et des tempêtes du Grand Nord canadien? Ceux qui en sont revenus ont découvert, exploré, répertorié bien d’autres rivages inconnus. Mais le passage, ce dédale d’îles, de chenaux, de golfes, obstrués par la banquise, restera inviolé jusqu’au début du XXe siècle.

Exploration périlleuse

Nous sommes à l’époque des grandes découvertes, de la ruée vers l’or et les épices d’Asie. Quelques années après Christophe Colomb et bien avant  Magellan, le Vénitien Giovanni Cabotto (alias John Cabot), se lance le premier à la recherche d’un passage vers la Chine par le Nord-Ouest. Parti en 1497 avec 18 hommes d’équipage et un navire de cinquante tonneaux, il croit avoir découvert le Japon lorsqu’il aborde ce qui devait être la presqu’île de Terre Neuve. Une deuxième expédition à la tête de cinq navires affrétés par le roi Henri VII d’Angleterre, lui sera fatale. John Cabot n’en reviendra pas. Comme bon nombre de navigateurs, d’explorateurs et de commerçants  qui, après lui, vont rivaliser d’audace et de férocité pour tenter de contourner par le Nord cette terre qui s’interpose entre l’Europe et l’Asie. Une terre dont  on ne mesure pas encore qu’elle a l’étendue d’un continent.

La baie de Forsbisher, le détroit de Davis, le cap Perry, le canal Foxe, Fort Ross, la pointe Button, le passage  de Franklin, l’île de Baffin, la baie d’Hudson.  Les cartes nautiques regorgent de ces noms qui ont fait l’histoire souvent dramatique de l’introuvable passage du Nord-Ouest et l’exploration de toute cette région de l’Arctique.

Fausses joies, vraies tragédies

Maintes fois on crût l’avoir déniché, ce fameux passage. Comme Henry Hudson, en 1610.Il  est persuadé d’avoir atteint les côtes de l’Asie, lorsqu’il débouche  sur l’immense baie qui porte aujourd’hui son nom. L’hiver  le surprend et  l’équipage est au bord de la mutinerie.  Pris dans les glaces, Hudson semble perdre la raison. A bout de forces, ses hommes, vont le livrer à l’enfer blanc, en l’abandonnant  dans une chaloupe.

Ceux qui prennent la relève ne  font que pousser plus loin l’exploration de la baie d’Hudson dont les richesses révélées (fourrures, poissons, baleines) suffisent  à rassasier les appétits commerciaux des marchands et des monarques anglais ou hollandais, tandis que la France, elle, installait ses comptoirs sur le St-Laurent, entre Québec et Montréal.

L'oubli

Le Passage du Nord Ouest? On n’y croit plus trop et pendant près de deux siècles on n’y pensera plus. William Baffin, explorateur respecté pour la précision de ses relevés, n’avait-t-il pas déclaré que ce passage, était "une chimère"?  Mandaté par la Compagnie des Marchands de Londres il avait poussé très loin plusieurs explorations pour arriver à la conclusion qu’il n’existait pas, à ces latitudes, de voie navigable pour rallier l’Asie.

Pauvre Baffin! Sans le savoir, il était  passé deux fois devant l’embouchure du mythique passage: l’étroit chenal du "Lancaster sound" qui conduit jusqu’au Pacifique à travers l’archipel arctique lorsque les glaces se fracturent.

C’est néanmoins sur la base des relevés de Baffin qu’au début du XIXe siècle, les Anglais reprennent  leurs explorations, pour le prestige de sa Majesté et de la Navy. En vain. Tel une jeune pucelle, le passage du Nord Ouest continue de se dérober et de résister aux amoureux de l’exploration. Jusqu’à cet été 1903 où il finit par céder à un jeune et fougueux  Norvégien, nommé Roald Amundsen (voir ci-contre).

Par Sylvie Cohen, journaliste

Publié le 27 juillet 2011 à 15:39 - Modifié le 21 février 2013 à 14:54

Roald Amundsen

Fils d’armateur, Amundsen avait entamé sans conviction des études de médecine, avant de décider de vivre pleinement sa passion pour la mer et surtout les Pôles. Après avoir travaillé sur un baleinier et hiverné en Antarctique, il rassemble ses économies et son héritage, s’endette lourdement et achète le Gjöa, un solide bateau de pêche de 21 mètres. Avec six compagnons et cinq ans de vivres à bord, il largue discrètement les amarres le 16 juin 1903. Cap sur le Groenland où il achète des chiens. Le 20 août il franchit le "Lancaster Sound", sans encombre.

Amundsen mettra tout de même trois ans pour franchir le passage du Nord-Ouest. Il profite de ses hivernages pour apprendre des Inuits comment pêcher, chasser et survivre dans la nature hostile du Grand Nord. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’a pas d’autres ambitions que l’aventure et l’exploration polaire. C’est sans doute grâce à cette brûlante passion qu’il réussit à concrétiser un rêve vieux de quatre siècles, avant de réaliser le sien: la découverte des Pôles.

Il sera le premier à débarquer au Pôle Sud, à la tête d’une expédition et sans doute à survoler le Pôle Nord en dirigeable, au milieu des polémiques des vivats. C’est en voulant secourir son concurrent, l’Italien Umberto Nobile, qu’il trouvera la mort, en avion, sur la banquise du Spitzberg, en 1928.