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Les Vénus de Monruz

Au Laténium, dans l'espace consacré aux derniers chasseurs, trois petits pendentifs ont un statut bien particulier: il s’agit des plus anciennes représentations féminines trouvées en Suisse!
Des Vénus très stylisées [Laténium]Des Vénus très stylisées [Laténium]

La femme, cette figure omniprésente de notre patrimoine archéologique, constitue une véritable source d’inspiration pour nos ancêtres depuis plus de 30'000 ans. Vénérée à chaque époque de notre histoire, la femme se pare de significations et fait l’objet des représentations les plus variées. Cela va du visage féminin aux cheveux tressés gravé dans l’ivoire de mammouth, aux déesse-mères de terre-cuite, plantureux symboles de fertilité. Plus proches de notre époque, on pense aux bustes romains où les longs cheveux délicatement noués en tresse délimitent le visage juvénile d'une princesse, d’une épouse ou d’une fille d’empereur.

Les Vénus de Monruz datent du Magdalénien, dernière phase du Paléolithique supérieur en Europe. Cette période marque l’explosion de l’art mobilier et de l’art rupestre qui atteint alors une extraordinaire maîtrise artistique et figurative.

Ces petites statuettes ont été retrouvées à Monruz, à l'entrée est de la ville de Neuchâtel, au sein d’un campement de chasseurs-cueilleurs daté d'environ 13'000 av. J.-C. Constituées de jais, hautes d’environ 1,5 cm, elles possèdent toutes les caractéristiques de leur époque, à savoir une schématisation figurative poussée au plus haut point. En effet, ces pendeloques destinées à être portés au cou, seules ou accompagnées d’autres bijoux archaïques tels que coquillages ou dents perforées, sont extrêmement stylisées. On devine à peine les courbes d’une femme assise ou agenouillée : privée de tête et de pieds, celle-ci est représentée seulement par le haut du corps et les membres inférieurs repliés. Des figurines similaires, en jais, en pierre ou en terre cuite, se retrouvent à travers toute l’Europe. Elles permettent ainsi d’élargir nos connaissances sur les échanges entre ces populations, non seulement sur le plan matériel, mais également dans le domaine culturel.

Les Vénus de Monruz peuvent nous apparaître extrêmement proches: les mêmes courbes stylisées se retrouvent dans les œuvres modernes de Brancusi notamment, œuvres où la femme occupe la même place… quelque 21'000 ans plus tard.

Nathalie Zürcher, guide-animatrice au Laténium et étudiante à l'Université de Neuchâtel

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La Dame de Brassempouy (nommée également Dame à la Capuche) est une statuette paléolithique en ivoire de mammouth datée d’environ 23'000 av. J.-C. Il s'agit de l’une des plus anciennes représentations de visage humain.

Déesse-mère: ce terme fait référence à un culte voué, durant la Préhistoire récente, à une mère «universelle» symbole de la fertilité et de la fécondité, représentée sous les traits d’une femme aux formes généreuses.

Le Paléolithique, la plus longue période de la Préhistoire, court des origines de l'humanité jusqu'à la fin de la dernière glaciation, soit jusque vers 12'000 ans av. J.-C. La dernière phase, le Paléolithique supérieur, qui débute vers 35’000 av. J.-C., est marqué par l’arrivée de l’homme moderne (homo sapiens sapiens) en Europe. C'est à cette époque qu'on observe la multiplication des témoignages artistiques.

Le jais, ou lignite, est une variété de charbon de bois fossilisé. On n'en trouve pas, à l'état naturel, sur le territoire neuchâtelois: les pendentifs de Monruz ont donc été confectionnés avec une matière première importée