Résilience: la vie, grâce à l'épreuve

Grand Format

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Introduction

De nouvelles perspectives se forgent parfois dans l'épreuve. En un sens, grâce à elle. Anne, Grégoire et Bernard en ont tous trois fait l'expérience: maladie, faillite et violence n'ont pas eu le dernier mot. Immersion dans ces histoires de vie en compagnie de la psychiatre Christine Davidson.

Chapitre 01
Un merveilleux malheur?

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Un malheur peut-il être merveilleux? Boris Cyrulnik n'est pas dupe, quand bien même il choisit cet oxymore comme titre de son ouvrage consacré à la résilience (Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999).

Pour le psychiatre français, la "merveille" n'est pas le malheur en lui-même, mais la possibilité, ténue parfois, d'en faire quelque chose. Ce qui l'intéresse c'est cette capacité à rebondir, malgré l'épreuve. Ce sont aussi les nouveaux horizons que dessine cette confrontation surmontée de la souffrance.

Une écorce plus épaisse

A Genève, la psychiatre Christine Davidson est spécialiste de la question. La "résilience" n'est pas d'abord un concept issu du monde de la psychologie, rappelle-t-elle, mais de la physique des matériaux. "C'est la capacité d'un matériau à résister à la torsion, sans rompre.

Christine Davidson, psychiatre [@Sonia Zanou - RTS]Christine Davidson, psychiatre [@Sonia Zanou - RTS]

"Appliqué à l'écologie, ce concept désigne la faculté d'un écosystème à faire face à une menace. Un arbre en partie brûlé peut, par exemple, produire une écorce plus épaisse", poursuit-elle.

"En psychologie, c'est un peu la même chose: il s'agit de se développer harmonieusement, de retrouver une qualité de vie face à une épreuve qui serait de nature à détruire la personne".

Retour au présent

Ce développement implique un certain nombre de compétences qui intéressent de près Christine Davidson. Capacités cognitives, sociales, physiques ou encore spirituelles: autant de facultés qu'il s'agit, en thérapie, de cerner et de renforcer pour tenter de surmonter l'épreuve.

Parfois, de manière surprenante. "Ce cancer m'a sauvé la vie", affirme sans détour Anne Ducat. Pour cette quadragénaire genevoise atteinte d'un cancer du sein, cette maladie l'a rivée au moment présent. Un lieu où la méditation et l'écriture se déploient.

Ce cancer m'a sauvé la vie

Anne Ducat

Résiliences: Trouver du sens (épisode 1-3) [RTS]
RTSreligion - Publié le 27 juillet 2021

[Episode 1:Trouver du sens] "Je me souviens très bien de l'annonce du diagnostic et, très vite, de cette petite voix qui murmure: c'est un message de vie".

Christine Davidson dissèque les mécanismes de résilience dans une perspective thérapeutique. "Nous analysons les facteurs qui favorisent la résilience pour aider les personnes à développer ces compétences".

Dans la pratique, cela se traduit par une attention portée aux talents des patients qui la consultent.

"Ça peut être des choses toutes simples: cuisiner, pratiquer un sport, organiser des soirées, peindre ou chanter, etc. On analyse les compétences que la personne possède pour exercer ces activités, on les met en évidence, pour ensuite les appliquer sur le problème à résoudre", explique la psychiatre.

"Souvent, les gens ne sont pas conscients qu'ils ont une foule de compétences. Ils les sous-estiment ou les banalisent. On essaie de leur redonner leurs lettres de noblesse pour les activer sur la 'zone-problème'".

Inégaux face à l'épreuve

Ce processus n'a rien d'automatique et les inégalités sont importantes. "L'hypersensibilité, dont on parle beaucoup aujourd'hui, peut être un facteur anti-résilient. Ces personnes sont beaucoup plus fortement percutées par des événements qui, pour d'autres, ne seraient pas vraiment problématiques. De même qu'une personne ayant subi des choses extrêmement graves et répétitives ne surmonte pas toujours ces traumatismes."

Si ces facteurs sont de réels obstacles au développement de la résilience, on ne peut parler de "fatalité" pour autant, selon la psychiatre. Grégoire Taillard en est l'exemple. "Même si on subit des choses dramatiques dans sa vie, on peut développer un certain nombre de compétences pour ne pas reproduire ce que l'on a vécu et aider les autres".

Je travaille avec le contre-exemple

Grégoire Taillard
Résiliences: Venir en aide (épisode 2-3) [RTS]
RTSreligion - Publié le 27 juillet 2021

[Episode 2: Venir en aide] Grégoire Taillard a traversé une enfance chaotique. Son patron d'apprentissage sera le premier à lui offrir sa confiance. Une expérience fondatrice qu'il partage à son tour dans son activité d'éducateur à la Fontannelle, un foyer valaisan pour adolescents en difficulté.

Selon la psychiatre, le renforcement de la résilience se déploie autour de trois axes: les compétences – qui comportent six "zones" – l'estime de soi et l'optimisme. Le travail se concentre sur l'un ou l'autre aspect en fonction du profil psychologique et du tempérament de ses patients.

1. Les compétences:

  • Cognitives: la capacité d'analyse de la situation et des stratégies à mettre en place; la possibilité de se projeter dans le futur.

  • Émotionnelles: la stabilité émotionnelle, la capacité de prendre de la distance – qui inclut le sens de l'humour.

  • Morales: la possibilité de participer à la vie communautaire – ce que l'on peut faire pour la société en général.

  • Spirituelles: voir du sens à la vie, même dans la souffrance, se sentir en lien.

  • Physiques: la santé physique et la capacité de s'adapter à la situation.

  • Sociales et relationnelles: pouvoir compter sur les autres, avoir des amis, de bonnes relations, de l'empathie, un cercle de personnes sur lequel compter.

2. L'estime de soi:

une bonne estime de soi donne des capacités de résilience supplémentaires.

 3. L'optimisme:

la capacité à considérer le positif de la situation.

Cette épreuve m'a donné du temps pour apprendre le futur

Brenar de Croy
Résiliences: Réinventer sa vie (épisode 3-3) [RTS]
RTSreligion - Publié le 27 juillet 2021

[Episode 3: Réinventer sa vie] Brenar de Croy est artiste peintre à Croy dans le canton de Vaud. Une activité qu'il mène à temps plein, comme une seconde vie après la faillite de son entreprise.

"Le sens de l'humour, la capacité de se projeter, une conscience aiguë de l'impermanence des choses: Bernard met en lumière toutes les capacités qu'il faut pour être résilient. C'est presque un cas d'école", sourit Christine Davidson. Ancien chef d'entreprise, il a connu la faillite. Il est aujourd'hui artiste peintre et signe ses tableaux sous le pseudonyme Brenar de Croy.

Chapitre 02
La résilience en cinq questions

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La résilience en cinq questions [RTS]
RTSreligion - Publié le 27 juillet 2021

Décryptage de l’histoire récente de ce concept, de son succès, de ses limites, mais aussi des possibilités de développer sa résilience avec la psychiatre genevoise Christine Davidson.