Grand Format Reportages

Génération 18-25 ans, en quête d'avenir

Introduction

En Suisse, les jeunes de 18 à 25 ans sont 800'000 et ne représentent que 9% de la population, mais ils sont l’avenir de notre pays. Ils sont à l’orée de leur vie professionnelle, familiale et citoyenne et ne se reconnaissent pas forcément dans l’appellation "Génération Z" par laquelle on les désigne souvent. Début 2019, cette génération s’est mobilisée massivement pour le climat.

Chapitre 01

Génération climat

Dans les générations précédentes, les jeunes descendaient dans la rue contre la guerre, contre le nucléaire ou contre la hausse des taxes universitaires. En 2019, pour le climat. Si 51% des 15-25 ans déclarent ne pas s'intéresser à la politique, ils sont prêts à adapter leur quotidien pour changer la planète, contrairement à leurs aînés.

Chloé et Mathieu, frère et sœur, ont par exemple créé un compost dans le jardin familial, un mur en pierres sèches pour la biodiversité et un potager. Ils n'achètent pas non plus de vêtements neufs, ne mangent pas dans les fast-foods et ne prennent pas l'avion.

"On voulait aller à Berlin pour un week-end et on s'y rend en train. Du coup, ce n’est pas très rentable comme temps sur place, mais c’est hyper cool de prendre le train de nuit", se réjouit Chloé.

De toutes les manifestations

Chloé et Mathieu sont de toutes les manifestations. Leur père exprime très honnêtement ce que beaucoup de leurs aînés n’osent pas dire. "Nous avons été ignorants de la situation, en continuant à prendre l’avion. Nous portons la culpabilité de ce qui arrive, c’est pour ça qu’on les pousse un peu en avant, pour qu’ils fassent changer le monde mieux que nous l'avons fait", explique-t-il.

Certains experts comme Ivo Wallimann-Helder, professeur d'éthique environnementale à l’Université de Fribourg, expriment cependant des doutes sur la lisibilité politique du mouvement et sur sa viabilité: "Il n’y a pas de leaders et, s’il y en avait, la question serait de savoir quels sont vraiment leurs idéaux pour la société."

Les jeunes suisses de 18 à 25 ans manifestent pour le climat, mais surtout, prennent des mesures dans leur vie quotiditienne.
19h30 - Publié le 01 avril 2019

Chapitre 02

Sexualité moins genrée

Le modèle binaire homme-femme, ou hétérosexuel-homosexuel, pourrait bien être fini. Une étude de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne, datant de 2018, montre que 17% des jeunes se considèrent comme "non-exclusivement hétérosexuel".

On assiste à une ouverture au "gender fluid", à savoir la fluidité entre les genres, soit la capacité de se passer de l'ancien modèle binaire homme-femme. Après la bisexualité, qui reste une sexualité binaire avec soit des hommes, soit des femmes, on parle désormais de pansexualité. "Pan" en grec signifie "tout", et le terme désigne l’amour pour une personne sans aucune considération de genre: homme, femme, transgenre, intersexe.

"Regarder au-delà du sexe"

"Etre pansexuelle, c’est regarder au-delà du sexe, au-delà du genre. C’est vraiment la personne qui est en face. Moi, je le vois comme ça. Je suis attirée émotionnellement, physiquement, sexuellement et sentimentalement par une personne. C’est tout", témoigne Martina, une jeune étudiante.

Anne Fausto-Sterling.

Les jeunes questionnent les genres et refusent de les catégoriser. Ils explorent les possibilités.

Anne Fausto-Sterling, professeure d'études de genre

Cette tendance est confirmée par l’Américaine Anne Fausto-Sterling, professeure de biologie et d'études de genre de l’Université Brown. "Il y a certainement un énorme mouvement maintenant chez les jeunes qui questionnent et refusent de catégoriser les genres. Ils explorent les possibilités, ils peuvent s’exprimer eux-mêmes de façon moins restrictive que la traditionnelle binarité qui leur est offerte", explique-t-elle.

Revendiquée par des célébrités

La pansexualité est revendiquée par des célébrités comme Miley Cyrus, Cara Delevingne, Kristen Stewart, Cœur de pirate ou Chris de Christine and the Queens. 

En Suisse, toujours selon l’étude de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne, entre 7 et 10% des jeunes sont attirés par une personne indépendamment du genre.

Etre amoureux d'une personne et non d'un genre, la génération 18-25 ans s'ouvre à ce que l'on appelle la pansexualité
19h30 - Publié le 02 avril 2019

Chapitre 03

Le combat du premier emploi

Dans la vie d’un jeune adulte, la recherche d'un premier emploi est un moment crucial. C’est une mission quasi impossible pour les décrocheurs scolaires et un parcours du combattant pour les diplômés, auxquels on reproche leur manque d’expérience.

André, 26 ans, diplômé en économie d’entreprise a dû s’inscrire au chômage: "Je me suis pris une petite claque en pensant qu’un Bachelor d’une faculté bien réputée me permettrait de m’intégrer assez rapidement et au final ça a été plus compliqué que ça", témoigne-t-il.

Donner du sens

Contrairement à ce que l’on peut parfois imaginer, les jeunes de cette génération ont de l’ambition et certainement pas un poil dans la main. Jean-Michel Bonvin, professeur en politiques sociales à l’Université de Genève, le confirme: "Les études montrent clairement qu’il y a une volonté de travail, une norme de travail qui est très fortement imprimée et ancrée. Mais les jeunes d’aujourd’hui ont également une attente de sens au travail qui est importante et donc ils ne travaillent pas seulement pour gagner un salaire, mais pour avoir et donner du sens à leur existence."

Les jeunes en quête d'emploi devront apprendre la souplesse et la mobilité, car selon une étude française de 2016, ils s’attendent à changer quatre fois de travail au cours de leur vie. Dans la réalité, cela pourrait être bien plus.

Afin d’aider cette population inexpérimentée et de lui inculquer les codes du monde du travail, il existe des programmes comme jeunes@work. Jean-Luc Fornallaz, directeur, les coache pendant trois mois. "Quand un jeune arrive, on va d’abord préciser son projet professionnel, parce que la difficulté est souvent là. J’ai un diplôme, mais qu’est-ce que je fais avec? Une fois qu’on a défini ça, on va travailler sur la communication, sur comment on se présente et comment on parle de soi", explique-t-il.

Série génération 18 - 25 ans: le premier emploi.
19h30 - Publié le 03 avril 2019

Chapitre 04

Difficile de quitter le nid

Les jeunes quittent le domicile familial de plus en plus tard. Un chiffre révélateur de l’Office fédéral de la statistique en 2016 montre que l’âge moyen auquel on quitte ses parents se situe aujourd’hui entre 24 et 25 ans. Dans les années 80, c’était entre 20 et 21 ans.

La raison principale de ces départs tardifs est financière: il est difficile de trouver un emploi correctement rémunéré avant la fin de ses études qui, elles, ont tendance à se rallonger. Par ailleurs, même avec un petit salaire, il est extrêmement compliqué de dénicher un logement à un prix abordable, en particulier dans l’Arc lémanique.

Guillaume Rosset, président de l'association lausannoise ALJF, qui propose des logements dans des bâtiments destinés à être détruits, croule sous les demandes. "C’est le signe d’une crise d’un logement abordable pour les jeunes en formation qui n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins. Payer une chambre de 600 francs pour certains, c’est vraiment un poids. C'est très pénalisant si on doit passer tous ses week-ends et certaines soirées à jongler entre deux boulots et ses études", indique-t-il.

Bonnes relations avec les parents

Mais il y a une autre raison, moins attendue, de ces départs tardifs. Les jeunes de vingt ans s’entendent très bien avec leurs parents et ne sont pas pressés de décamper, selon Caroline Henchoz, sociologue à l’Université de Fribourg.

"Ce que l’on observe, c’est que maintenant les relations au sein de la famille sont plus démocratiques et moins autoritaires qu’il y a quelques générations. Les jeunes sont donc a priori plus confortables au sein de leur famille et auront tendance à rester parce qu’ils sont à l’aise. Ils peuvent avoir leur propre vie à côté de celle de leurs parents sans trop d’interférences", assure la maître d'enseignement.

Henchoooz

Les jeunes sont plus confortables au sein de leur famille et auront tendance à rester

Caroline Henchoz, sociologue

Ce témoignage est corroboré par Gabrielle, 22 ans, qui travaille dans une agence de voyages depuis neuf mois. "Je m’entends bien avec mes parents et ils ne m’ont pas dit de partir alors que j'ai un salaire. J’ai de la chance, je peux encore économiser pas mal de sous", confie-t-elle.

En Suisse, un jeune de 24 ans sur deux vit chez ses parents, mais c'est encore loin de l’Italie, où 60% des 25-29 ans vivent encore chez papa et maman.

Les 18-25 ans quittent le nid de plus en plus tard. En cause, la difficulté à trouver un logement et le confort familial.
19h30 - Publié le 04 avril 2019

Chapitre 05

Des écrans des écrans des écrans

Plus que n’importe quelle génération, les jeunes de moins de 25 ans passent énormément de temps sur internet et devant un écran. Un quart des Suisses âgés entre 20-24 ans passent en effet plus de trois heures par jour sur internet et un tiers chez les 15-19 ans.

Parfois, ces jeunes regardent même une autre personne jouant sur un écran. C’est le principe de Twitch, une plateforme de diffusion de vidéos qui attire 140 millions de spectateurs par mois, dont la moitié a moins de 35 ans. Pour "Tonton", un "streamer" jurassien, rien d’extraordinaire: "On a vécu avec ça, on a grandi avec les écrans, les YouTube et compagnie… Ça nous paraît normal", livre-t-il.

La compagne de "Tonton", "Tata", est modératrice. "C’est vraiment la même chose que dans la vie réelle, ce sont des gens avec qui on vit tous les jours et avec qui on partage beaucoup de choses. Donc oui, une équipe, une famille", explique-t-elle.

"Une manière d'interagir"

Viviane, 22 ans, passe quant à elle entre trois et quatre heures sur internet et sur Twitch quotidiennement. "Ce sont des gens qui nous divertissent. Qu’on nous divertisse à la TV avec un spectacle ou dans la rue avec un artiste c’est pareil. Sauf que là, on les retrouve tous les jours à des heures fixes en ligne. Il y a aussi l’échange qui est plus direct qu’à la télé ou sur YouTube", affirme la jeune femme.

Twitch attire évidemment l’attention des psychologues. Niels Weber, psychologue spécialisé en hyperconnectivité, dédramatise cette "addiction" aux écrans: "C’est vraiment une manière d’interagir avec d'autres personnes. De mon point de vue, il s'agit de valoriser ces relations, de ne pas les banaliser et de comprendre qu’elles ont une importance. Mais il faut aussi encourager ces ados et jeunes adultes à ajouter une complémentarité, afin que ce ne soit pas le seul type de relations qui existe."

25% des 18-25 ans passent plus de 3 heures par jour sur internet. La vie sociale s'y joue. Exemple avec la plateforme Twitch.
19h30 - Publié le 05 avril 2019

Crédits

  • Reportages TV: Melchior Oberson, Hélène Joaquim, Isabelle Gonet, Léa Jelmini, Cédric Adrover

  • Textes: Martina Chyba

  • Réalisation web: Guillaume Martinez