Modifié le 30 avril 2018 à 09:09

"Eins zwei drei", voici un grand spectacle de clowns!

Le spectacle "Eins zwei drei" de Martin Zimmermann.
Théâtre: Eins Zwei Drei Vertigo / 6 min. / le 23 avril 2018
Au Théâtre de Vidy à Lausanne jusqu’au 8 mai, le Zurichois Martin Zimmermann renouvelle encore une fois les arts du cirque et du théâtre avec un formidable et délirant spectacle qui met sens dessus dessous un musée.

"Eins zwei drei". Parce qu'ils sont trois, tout simplement. Le premier aimerait bien commander les deux autres, mais rien n’y fait. Adieu discipline et ordre, bonjour indiscipline et chaos!

On peut décrire par une charade "Eins zwei drei", la nouvelle création scénique du Zurichois Martin Zimmermann à voir dans la grande salle du Théâtre de Vidy à Lausanne. Mon premier est un clown blanc, bedonnant, colérique, veule, directeur d’un mystérieux musée d’art contemporain. Mon deuxième est un Auguste, nigaud, servile, maladroit, parfois rebelle, tout bossu et pourvu de splendides oreilles de fourrure. Mon troisième est un contre pitre, contorsionniste, railleur, semeur de bazar, tête de punk, corps d’épingle, à la fois visiteur du musée et œuvre d’art à lui tout seul. Mon quatrième est un pianiste, improvisateur doué, jazzman talentueux, chargé de mettre en musique mon tout.

Ce tout est un formidable délire où l’art classique du clown se réinvente au service du théâtre contemporain et d’une fable délirante sur l’autorité, la soumission et l’anarchie.

Les quatre acteurs de la pièce "Eins zwei drei" de Martin Zimmermann.
Les quatre acteurs de la pièce "Eins zwei drei" de Martin Zimmermann. [Augustin Rebetez - Théâtre de Vidy]

De Chaplin à Robert Wiene en passant par Buster Keaton

Il y a du Buster Keaton chez Martin Zimmermann, moitié élastique et acrobatique du duo helvétique Zimmermann & De Perrot qui œuvre désormais en solo et en coulisses. Lorsqu'un décor entier s’écrase sur le clown blanc et que, miracle, il en sort parfaitement indemne. Il y a du Chaplin chez Martin Zimmermann. Lorsque le rire parfois cruel des trois coquins cède le pas à une douce mélancolie esquissée par les notes bleues très inspirées du pianiste Colin Vallon. Il y a du Robert Wiene chez Martin Zimmermann. Au moment où le décor tourne à la folie et se transforme en cauchemar nocturne tout droit sorti du cinéma expressionniste allemand des années 20.

Il y a surtout du Zimmermann dans ce spectacle avec un goût marqué pour l’absurde d’où pointe toujours une critique sociale. Ici, c’est le pouvoir qui est questionné. Le pouvoir de l’esbroufe dans le cas du musée d’art contemporain. Le pouvoir des petits chefs, des caporaux du quotidien, lorsqu'il s’agit de ranger la scène ou de passer au travers d’un portail de sécurité qui s’avère une expérience aussi humiliante que sadique.

>> A voir: Interview de Martin Zimmermann

L’invité culturel: Martin Zimmermann met les clowns à l’honneur avec poésie
12h45 - Publié le 24 avril 2018

Un trio de clown international

"Eins zwei drei" n’est ni du cirque, ni du théâtre, ni de la danse, ni des arts plastiques, ni de la performance, c’est tout à la fois servi par un trio de clowns qui se joue des codes et des genres. Le nom de ces mousquetaires du rire: le Français Dimitri Jourde, l’Américain Tarek Halaby et le Portugais Romeu Runa.

Lors de l'avant-première, le spectacle devait encore s’affiner, trouver toutes ses marques en fonction des réactions du public et des improvisations de ses protagonistes, mais l’accueil fut triomphal.

Le nouveau spectacle de Martin Zimmermann figure d’ores et déjà parmi les grandes réussites de feu le duo Zimmermann & De Perrot et se hisse au niveau des succès comme "Hans was Heiri", "Chouf Ouchouf" ou encore "Öper Öpis". Ces créations helvétiques ont fait le tour du monde. Le destin de "Eins, zwei, drei" est tout aussi global.

Thierry Sartoretti/jd

"Eins zwei drei" au Théâtre de Vidy à Lausanne jusqu’au 8 mai 2018

Publié le 25 avril 2018 à 17:29 - Modifié le 30 avril 2018 à 09:09