Modifié le 29 mars 2019 à 14:57

La drôlissime imposture théâtrale de Joël Maillard

Image du spectacle "Imposture posthume" de Joël Maillard.
Théâtre: Imposture posthume Vertigo / 4 min. / le 28 mars 2019
A l'Arsenic de Lausanne jusqu'au 31 mars, le comédien romand nous parle du futur dans "Imposture posthume". Pas facile, la cohabitation entre humains et humanoïdes!

Joël Maillard va bien. Il est mort… et pourtant il nous parle. C'est que Joël n'est pas mort aujourd'hui, sur la scène de l'Arsenic à Lausanne. Son décès est prévu vers 2090 à un âge on ne peut plus avancé, ceci grâce à la médecine générative (vous ne connaissez pas encore, ça fera des miracles) et un corps farci pour moitié de composants mécaniques (ça vous connaissez déjà).

Juste avant de mourir, Joël mangeait une fondue en compagnie de Cécile, une humanoïde domestique qui avait la fâcheuse habitude de lui préparer la fondue sans ail, rapport à l'analyse quotidienne de ses déjections matinales peu compatibles avec l'absorption du savoureux bulbe végétal. Cécile avait toutefois d'autres qualités comme de livrer à Joël des prédictions aussi optimistes qu'amusantes alors que sa vie parvenait à son terme.

>> A voir, Joël Maillard invité du "12h45":

Rendez-vous culture: Joël Maillard fait réfléchir au futur dans ses pièces
12h45 - Publié le 28 mars 2019

Vivre le futur

C'est drôle de parler de l'avenir, de cette année 2090, en employant l'imparfait. C'est la faute de Joël Maillard, Joël le comédien, pas Joël le futur vieillard augmenté. Son spectacle "Imposture posthume" se déroule sur le principe suivant: pour parler du futur, il faut l'avoir fictivement vécu.

Le théâtre, c'est généralement de la fiction. Le théâtre de Joël Maillard se projette plus loin: c'est de la science-fiction. Dans "Imposture Posthume", un historien de l'an 10000 et des poussières nous communique par télépathie son incroyable découverte archéologique: des traces d'avant le grand effondrement du 21e siècle. Ce trésor venu d'un passé incompréhensible comprend un corps en bon état et un rarissime témoignage écrit (oui, écrit, et à la main, vous vous rendez compte!) sur un support en plastique particulièrement résistant. Ce témoignage, c'est bien sûr celui de Joël qui nous parle de son présent futuriste.

Cohabiter avec les intelligences artificielles

"Imposture Posthume" fascine avec ses effets spéciaux hallucinatoires, des appareils bizarres, ses phénomènes inexpliqués, ses apparitions électro-magnétiques et sa musique sortie du laboratoire de Louis Jucker, expérimentateur de l'hyper-espace sonore. Tel un conférencier ou un savant pas si fou et très caustique, Joël Maillard nous raconte ses problèmes d'habitant de 2090. Comment cohabiter dignement avec les intelligences artificielles alors qu'elles dominent les humains en tout? Ca vous paraît un peu intello comme réflexion? Pas si vous écoutez les exemples très concrets avancés par notre comédien futuriste.

Un visuel de la pièce "Imposture posthume" de Joël Maillard.
Un visuel de la pièce "Imposture posthume" de Joël Maillard. [David Gagnebin de Bons - ]

Ainsi, lorsqu'une équipe de football humanoïde flanquera la pâtée à une équipe de footballeurs humains. Est-ce que les robots seront programmés pour faire des dabs et hurler à la victoire d'une manière faussement spontanée (puisque programmée)? Ou par pitié pour les perdants, les robots se contenteront-ils de lever mécaniquement un index, toujours le même, voire de ne pas réagir du tout? Joël Maillard cite encore Guy Vallancien dans le programme de son "Imposture Posthume": "Quand je surprendrai trois robots humanoïdes buvant des bières au comptoir d'un bar en train de pouffer de rire à l'énoncé d'une bonne blague lancée par l'un d'eux, il ne me restera plus qu'à disparaître."

Pour l'instant, tout va bien, nous sommes encore entre humains délicieusement fragiles et imparfaits. On peut donc se précipiter chez Joël Maillard, ses poudres de perlimpinpin et ses boules de cristal. Il nous prédit l'avenir. Il est radieux.

Thierry Sartoretti/mh

"Imposture posthume", Arsenic de Lausanne jusqu’au 31 mars dans le cadre du Festival Programme commun. Puis à Genève, Théâtre de Saint-Gervais, du 9 au 13 avril.

Publié le 29 mars 2019 à 14:56 - Modifié le 29 mars 2019 à 14:57