Publié le 14 novembre 2018 à 10:55

Le chanteur mutant Klaus Nomi revit le temps d’un spectacle éphémère

Klaus Nomi.
Musique: Klaus Nomi inspire un spectacle atypique Vertigo / 9 min. / le 13 novembre 2018
Le metteur en scène tessinois Pierre Lepori ressuscite le chanteur à la voix de castrat et au look très graphique dans un spectacle intitulé Klaus Nomi Project, présenté ce week-end à Lausanne et Genève.

C’est un spectacle volontairement inclassable, entre la lecture musicale, la performance et le "sprechgesang", un style de récitation entre la déclamation parlée et le chant. Une forme qui correspond à merveille à l’identité fluctuante de cette créature qui a squatté l'imaginaire des années 80.

Klaus Nomi, c’est une voix totalement insolite, une voix venue des marges de l’opéra, de l’univers des castrats. Klaus Nomi, c’est aussi un look. Sur scène il avait un visage d’Arlequin aux lèvres noires, et portait un "costume nœud pap", aux épaulettes démesurées.

Découvert par David Bowie

Ce pâtissier de formation, né en Bavière a connu la gloire à New York après avoir écumé les clubs et les théâtres underground. Sous les néons disco, Klaus Nomi reprend notamment des airs de Camille Saint- Saëns. Il devient une figure de la pop grâce à David Bowie qui le repère dans un club et lui propose de l’accompagner lors d’un bref concert pour le show TV "Saturday Night Live".

>> A écouter, "Cold Song", l'aria du "King Arthur" de Purcell, chanté par Klaus Nomi qui en a fait un tube:

Le rocker apparaît avec ce célèbre costume à nœud pap. Klaus Nomi se serait approprié cette tenue que l’on retrouve en couverture de son premier album sorti en 1981. Le succès est immédiat.

Un des premiers morts du sida

Son second album sort une année plus tard, mais ne suscite pas le même intérêt du public. Quelques mois plus tard, le 6 août 1983, Klaus Nomi meurt du sida. Il est un des premiers artistes célèbres à disparaître des suites de ce que l’on appelle alors la maladie des homosexuels.

Klaus Nomi a inspiré de nombreux couturiers mais aussi des artistes pop, de Marc Almond à Morrissey qui tous deux ont repris des chansons interprétées par Nomi. Mais jusqu’à aujourd’hui, aucun spectacle n’avait été créé autour de ce personnage fascinant. Alors, pourquoi ce spectacle hommage, et pourquoi aujourd'hui?  

Il y a un peu de nostalgie bien sûr. La fin des années 70 marque les derniers moments du punk à la sauce new age, avant que tout cela soit écrasé par les années 80. Mais Klaus Nomi est aussi très actuel. Bien avant la question du genre et des identités fluides, il a inventé un personnage ni-homme, ni-femme, un peu mutant.

Pierre Lepori, auteur et metteur en scène tessinois, créateur de "Klaus Nomi Project"

Un spectacle inclassable

A l'image du chanteur, "Klaus Nomi Project" est donc un spectacle inclassable, appelé à évoluer au fil des désirs des uns et des autres. Pour l'heure, il est défini comme une lecture musicale, un concert.

Quatre artistes ont participé à cette aventure: le compositeur et accordéoniste Marc Berman qui a écrit la musique; Cédric Leproust qui lit les textes, Albertine qui a dessiné les costumes et Pierre Lepori qui a composé treize monologues à la langue chatoyante, dont chacun porte le titre d'une des chansons du chanteur barocco-punk. "Klaus Nomi a aussi innover quant à sa manière de s'adresser au public. Il s'est notamment produit dans la vitrine Fiorucci à New York. Notre spectacle a déjà été joué devant la cathédrale de Lausanne. Si un grand magasin avait envie de financer nos costumes, pourquoi pas pas nous y produire?"

Michel Masserey/mcm

"Klaus Nomi Project" est présenté vendredi 16 novembre à Lausanne, à la Galerie Humus, à 19heures. Et le samedi 17 novembre à Genève au Théâtre Pitoëff, à 21h30, dans le cadre des 150 ans du Courrier.

Publié le 14 novembre 2018 à 10:55