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"Sous un soleil énorme", nouveau carnet de voyage de Bernard Lavilliers

Le chanteur français Bernard Lavilliers, ici sur scène au Paléo Festival de Nyon, le 21 juillet 2018. [Salvatore Di Nolfi - Keystone]
Le chanteur français Bernard Lavilliers, ici sur scène au Paléo Festival de Nyon, le 21 juillet 2018. [Salvatore Di Nolfi - Keystone]
Dans son 22e album studio baptisé "Sous un soleil énorme", le chanteur stéphanois évoque ses souvenirs d'Argentine et signe aussi un morceau sur la boxe avec Eric Cantona. Le bourlingueur invétéré qu'est Bernard Lavilliers y confime sa bonne forme musicale.

Comme d'habitude, il a commencé par poser son sac et sa guitare à l'autre bout du monde, à Buenos Aires, pour composer ce nouvel opus, "Sous un soleil énorme". "Je me suis installé en février 2019, je suis resté trois mois, j'ai vu tous les concerts possibles. C'est une ville qui vit tard, la nuit, pas comme ici à Paris où à 22h les gens râlent quand il y a de la musique", raconte Bernard Lavilliers à l'AFP.

"A Buenos Aires, il y a encore des quartiers d'artistes, mais en prenant des transversales, j'ai vu aussi des rues entières pleines de commerces de coffres-forts (je ne l'ai pas mis dans mes chansons), comme à Bangkok où un quartier ne vend que des batteries de voitures", développe-t-il.

Chroniqueur inspiré

L'oeil est toujours observateur et la plume du chroniqueur inspirée derrière les notes cumbia ou de tango ici et là (les rythmes latinos ne colorent pas tout l'album). Que ce soit pour chanter l'inflation rampante en Argentine ("Les Porteños sont fatigués") ou les conseillers de l'ombre au sommet de l'Etat, de ce côté de l'Atlantique, ces "petits marquis", "jamais élus, toujours choisis" ("Beautiful Days"). La "Corruption" et sa mélodie accrocheuse raccrochent les wagons là où il les avait laissés avec "Les aventures extraordinaires d'un billet de banque", titre de 1975.

Lavilliers reprend même un autre conteur de son époque, Bob Dylan, avec son titre de 1963 "Who Killed Davey Moore?" (adapté plus tard en français par Graeme Allwright). La belle idée est d'y faire entendre aussi les voix d'Eric Cantona, Gaëtan Roussel, Izïa et Hervé incarnant les protagonistes de cette tragique tranche de boxe.

Autre titre choral, "Je tiens d'elle" évoque sa ville natale, Saint-Etienne, avec le duo électro-pop Terrenoire, qui doit son nom de scène à un quartier populaire de cette ville dont ces deux frères sont aussi originaires. "J'ai un demi-siècle d'écart avec eux, c'était assez marrant de confronter nos visions", se délecte l'auteur-compositeur-interprète qui vient de fêter ses 75 ans.

>> A voir, le clip de "Le coeur du monde":

Journal intime

Mais Lavilliers fend aussi l'armure dans cet album. "Je tiens d'elle" parle donc de la mère-patrie et de la mère tout court, puisqu'on y apprend que c'est la sienne qui lui offert sa première guitare. Le disque s'ouvre sur "Le coeur du monde", mais il est bien question du sien, qui a failli le lâcher en début d'année, dans le bouleversant dernier morceau "L'ailleurs".

Aujourd'hui en pleine forme, il ne veut pas s'épancher sur cette alerte cardiaque et son séjour en clinique. Mais confie tout de même: "J'étais entre deux (entre vie et mort), mais j'étais calme, très calme, il y en a que ça panique, moi pas du tout, cette chanson est un hommage détourné aux gens qui m'ont sorti de là, ces infirmières, ces toubibs, ces sentinelles qui nous surveillent".

"Bon, ils m'ont dit d'essayer de me calmer (sur son rythme, entre voyages et musiques). C'est pas pour autant que je dors plus, mais je me repose", s'amuse-t-il.

>> A voir, le clip de "Je tiens d'elle" avec Terrenoire:

afp/olhor

Bernard Lavilliers, "Sous un soleil énorme" (Romance Music/Universal Music).

Bernard Lavilliers en concert à Montreux, Auditorium Stravinski, le 6 avril 2022; à Morges, Théâtre de Beausobre, le 7 avril 2022.

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