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Riot Grrrls, histoire d'une révolution punk féministe

Le trio féminin américain Bikini Kill sur scène en 2020.   [Debi Del Grande - DR]
Le trio féminin américain Bikini Kill sur scène en 2020. [Debi Del Grande - DR]
La journaliste française Mathilde Carton revient dans "Riot Grrrls" sur la révolution punk féministe et militante qui au début des années 1990 a vu l'émergence de groupes de filles rebelles sur la scène musicale underground américaine.

C'est un cri de colère et de ralliement qui a lancé un nouveau mouvement. Avec "Revolution, Grrrl Style, Now!", la culture Riot Grrrl, littéralement "les émeutières", de jeunes féministes nord-américaines a émergé au début des années 1990 au sein du milieu du punk underground. Parmi ces nouvelles venues figurent ainsi des groupes comme Bikini Kill, Bratmobile, Huggy Bear ou plus tard Sleater-Kinney, bien décidés à rendre "le punk plus féministe et le féminisme plus punk".

Malgré plusieurs ouvrages existants déjà sur le sujet, la journaliste française Mathilde Carton revient à son tour en détail sur cette révolution d'abord musicale qui a fini par essaimer dans d'autres domaines. Fruit de "dix ans de maturation à la suite d'un mémoire de recherche croisant rock'n'roll et féminisme", comme elle l'explique à la RTS, "Riot Grrrl: Revolution Girl Style Now" s'intéresse à l'histoire de cette "bande de filles magnétiques qui a posé les bases du féminisme pop actuel". Ne comptant plus faire croire que le punk n'est exclusivement qu'une affaire d'hommes.

>> A écouter, le premier volet de l'interview de l'auteure Mathilde Carton dans l'émission "Spectrum":

Logo Spectrum, l'émission [RTS]RTS
Spectrum : Le mouvement RIOT GRRRL 1/4 / Le Freak ! / 5 min. / le 26 avril 2021

De Seattle à Washington, d’expositions en concerts, de festivals en fanzines, les Riot Grrrls fédèrent les laissées-pour-compte et inventent une nouvelle voie, créant un espace où les filles sont enfin entendues et légitimes et influençant jusqu'à Nirvana. Trente ans plus tard, alors que les groupes phares Bikini Kill et Bratmobile remontent sur scène, Mathilde Carton montre que ces figures furieuses et touchantes ont mené, dans le giron de l’underground, un combat dont l’écho a ouvert ensuite la voie aux Spice Girls, à Alanis Morissette, Fiona Apple et même Beyoncé ou Miley Cyrus.

"Il y a trente ans, sur un campus verdoyant proche de Seattle, des étudiantes mélomanes ont mis au point une révolution qui n’en finit plus de faire des émules. Courant musical qui se prend pour un mouvement social – à moins que ce ne soit l’inverse –, les Riot Grrrls se sont servies de la musique punk pour redéfinir la place des femmes. Ni groupies ni vestiaires, elles vont créer leur propre espace artistique et politique. L’idée est simple: puisque la culture est un langage, c’est en participant activement à sa production que les filles peuvent imposer un nouveau système de valeurs et renverser le patriarcat", résume Mathilde Carton dans les premières pages de son livre.

Appliquant les préceptes du Do-It-Yourself, ces précurseuses ont construit un mouvement social en forme de culture alternative, dont le credo était celui d’oser devenir qui elles sont et de résister corps et âme à la mort psychique dans une société capitaliste et patriarcale. D'un manifeste photocopié distribué durant les concerts qui est un appel aux armes et au réveil d'une force politique féminine prête à changer le monde, les Riot Grrrls fomentent leur offensive positive.

>> A voir, la bande-annonce de la publication des singles du groupe Bikini Kill:

Au-delà d'une qualité musicale pas toujours au rendez-vous, comme chez leurs confrères masculins du punk, ce microcosme va s’illustrer par une rage et une combativité salutaire dans l'Amérique conservatrice de l'ère Bush père. "Être une fille, ça ne voudrait plus dire être passive, faible, une consommatrice-objet ; ça voudrait dire être active, forte, une productrice-sujet", explique dans l'ouvrage Tobi Vail, batteuse de Bikini Kill et l’une des instigatrices du mouvement. "Plus les filles créent, et plus les inégalités de genre s’estompent".

La couverture de "Riot Grrrl: Revolution Style Now" de Mathilde Carton.  [Le Mot et le Reste - DR]La couverture de "Riot Grrrl: Revolution Style Now" de Mathilde Carton. [Le Mot et le Reste - DR]Le mouvement qui implosera pourtant au mitan des années 1990 a été "largement inspirées par la French Theory, ces philosophes français débarqués en Amérique pour déconstruire les sciences sociales". Et si le changement que les Riot Grrrls appelaient ne s'est pas tout à fait concrétisé, son esprit a perduré, plus particulièrement dans le champ de la création.

"Longtemps conspuées avant de devenir des figures de la mythologie rock’n’roll, les Riot Grrrls remontent même sur scène aujourd'hui pour continuer de conjuguer le punk au féminin", indique Mathilde Carton. A l'image de Bikini Kill, dont les singles ont récemment été rassemblés sur une compilation et dont la tournée attire un public renouvellé.

Propos recueillis par Ellen Ichters

Texte et adaptation web: Olivier Horner

Mathilde Carton, "Riot Grrrl: Revolution Girl Style Now", éditions Le Mot et le Reste.

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