Publié le 11 mars 2019 à 13:08

Le plagiat, une longue histoire d'interprétations

La traque au plagiat sur internet.
Plagiat et création artistique Vertigo / 24 min. / le 07 mars 2019
En marge de "lʹaffaire Gad Elmaleh", accusé de plagiat et interdit de salle à Montréal, le décalquage soulève de nombreuses questions dans la musique, le cinéma et les arts plastiques. Dans la pop, il flirte souvent avec les limites.

Le plagiat, pour être un peu provocateur, est une notion qui fonctionne souvent mal en musique. Surtout dans la pop. Pourquoi ? D’abord parce que la composition musicale, c’est comme l’artisanat: c’est un savoir-faire.

Il y a un langage commun (qui varie bien sûr selon les cultures et les époques), il y a un ensemble de règles que tous les musiciens apprennent, utilisent et font évoluer, au gré de leurs compositions (ou mêmes improvisations), un peu comme des artisans. Et cela de manière plus ou moins innovante, en composant.

Le plagiat induit une idée de propriété intellectuelle

D’autre part, quand on parle de plagiat, on suppose qu’il existe une idée de propriété intellectuelle. Or en musique, ce n’est pas évident. La propriété intellectuelle est une notion très récente, qui date plus ou moins du milieu du 19e siècle.

Ce qui est intéressant, c’est qu’avant cette époque, on ne parlait pas de plagiat. En gros, c’était tout à fait normal pour un compositeur d’emprunter les idées des autres (mais c’était moins facile qu’aujourd’hui, il n’y avait pas internet...)

Au niveau de la forme générale d’une œuvre, de nombreux compositeurs ont copié les concertos de Vivaldi, c’est-à-dire l’idée de faire dialoguer un soliste (le violon) avec un orchestre. Bach a d’ailleurs été très marqué par ces concertos, il en a retranscrits plusieurs pour clavier, et ça figure à son catalogue officiel. Mais ça, ce n’est pas du plagiat, c’est une retranscription.

Les compositeurs classiques, grands plagiaires?

Un autre exemple: tout le monde a copié la technique d’accompagnement inventée par Domenico Alberti, la fameuse "basse d’Alberti", jouée à la main gauche. On retrouve cette manière d’arpéger les accords chez Mozart par exemple, mais aussi chez presque tous les compositeurs de la période classique.

Au niveau mélodique et harmonique, c’est pareil. A l'image de "La Mantovana", une mélodie dont on trouve les premières traces à la fin du 16e siècle, dans un madrigal italien. Cette mélodie traverse l’Europe entière. On la trouve (variée bien sûr) un siècle plus tard chez Mozart par exemple. On la retrouve aussi chez Chopin, Tchaïkovski, Smetana et même dans l’hymne israélien.

Tour ça n’est donc pas du plagiat, mais plutôt de la circulation, de l’utilisation d'un savoir-faire qui évolue, qui varie selon les compositeurs. Un vrai plagiat, ce serait plutôt prétendre qu’une œuvre est à soi, alors qu’elle a été composée par quelqu’un d’autre. Mais c’est rare.

La pop flirte souvent avec les limites

En matière de pop, c’est toujours un peu limite. En plus, dans la pop, tout se ressemble un peu. Par exemple dans l’affaire Marvin Gaye/Pharell Williams-Robin Thicke, jugée en décembre dernier: le titre "Blurred Lines" ressemble certes beaucoup, par le style, l’orchestration, les cris du public, à "Got to Give it up". Mais pour le reste... Il y a bien la même atmosphère: un piano fender rhodes. Mais sur quelle base musicale a été jugée l’affaire ? En tout cas pas sur les accords, ni la mélodie, ni la basse.

Dans la pop, les plagiats sont souvent une histoire de gros sous et d’avocat. Quand un titre pop devient connu, les artistes qui y reconnaissent leurs propres morceaux ont envie de revendiquer leur part du butin. C’est normal.

Pierre-Do Bourgknecht/olhor

Publié le 11 mars 2019 à 13:08