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Avec "Tout ce qui est beau", Matthieu Mégevand déroule un récit elliptique autour de Mozart

Matthieu Mégevand [DR - DR]
Matthieu Mégevand, enquête de sens / La vie à peu près / 53 min. / le 3 septembre 2021
Avec "Tout ce qui est beau", l’auteur et éditeur genevois Matthieu Mégevand conclut un cycle romanesque consacré à trois artistes disparus prématurément. Ce dernier volet publié chez Flammarion est un récit à la fois subjectif et documenté déroulant la vie du génial Mozart.

A l’origine, Matthieu Mégevand souhaitait écrire une trilogie autour de trois vies d’artistes: un écrivain, un peintre et un musicien, tous emportés par la mort autour de la trentaine. En 2018, il y a eu d’abord "La bonne vie", roman consacré au poète proche des surréalistes Roger Gilbert-Lecomte; une année plus tard a paru "Lautrec", qui retrace le parcours fulgurant de Henri de Toulouse-Lautrec; et en cette rentrée littéraire, "Tout ce qui est beau" vient boucler le projet avec un récit autour de Mozart.

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"A travers le récit de ces trois vies, ce qui m’intéressait et m’intéresse toujours, c’est la création dont j’ai déjà parlé dans d’autres livres", affirme avec conviction Matthieu Mégevand. Il est vrai que, depuis son entrée en écriture, l’écrivain aujourd’hui âgé de 38 ans évoque avec constance le processus de création en tant qu’antidote à l’absurdité de l’existence. Habité par l’œuvre de Camus, il cite volontiers une assertion de son maître: "La joie absurde par excellence, c’est la création."

L’air, si simple, si pur, est une réponse. La mélodie conjure. Elle exorcise. A la laideur: elle s’oppose. 

Matthieu Mégevand, "Tout ce qui est beau"

Contrer la laideur avec une mélodie

La vie de Mozart selon Matthieu Mégevand commence par une scène d’ouverture à valeur programmatique dont dépend la suite du récit. Le petit Wolfgang se trouve sur le pont d’un chaland bondé, entouré de son père et sa sœur. Face à lui, un homme malpropre et puant attire son attention. Pour contrer cette laideur inquiétante qui le fascine, l’enfant âgé de six ans entonne alors une mélodie gracieuse jaillie de son for intérieur.

"En lisant la correspondance de Mozart avec attention, je me suis aperçu que ce qu’il appelle 'pureté et beauté' apparaît partout", soutient l’auteur. Cette scène initiale est bien sûr fictive, mais elle résume cette quête de beauté quasi obsessionnelle annoncée dès le titre du récit. "Tout ce qui est beau" est un roman certes, c’est dire que la part fictive y est clairement revendiquée. Mais Matthieu Mégevand s’est beaucoup documenté pour que la fiction soit lestée par la vérité historique.

Il faut s’appeler Wolfgang Gottlieb Mozart pour parvenir, dans cet état d’accablement, de prostration, à entendre. Et Wolfgang Gottlieb Mozart entend.

Matthieu Mégevand, "Tout ce qui est beau"

D'Amadeus à Gottlieb

Dans les quelque 180 pages du roman, le prénom Amadeus n’apparaît qu’une seule fois. Pourquoi avoir remplacé Amadeus par Gottlieb? "Parce que c’est son nom allemand", répond du tac au tac l’auteur avant de poursuivre: "Dans la correspondance de Mozart apparaît toujours le prénom Gottlieb. Ce n’est que plus tard, à l’adolescence lors d’un voyage en Italie, qu’il s’est fait appeler Amadeus." Ainsi, la présence du prénom Gottlieb éloigne le compositeur du bouffon exubérant qu’en a fait le dramaturge britannique Peter Schaffer, repris au cinéma par Milos Forman. Le Wolfgang Gottlieb de Matthieu Mégevand acquiert un surplus d’épaisseur et de vérité.

Cette épaisseur n’est jamais aussi bien suggérée que dans les scènes où Mozart se laisse envahir par son génie créateur. Avec une belle sobriété, Matthieu Mégevand décrit par exemple la naissance de la fameuse sonate en la mineur, par une nuit parisienne engluée de silence. Le jeune compositeur a alors 22 ans, il est au bord de l’abîme. "Sa fièvre créatrice est immense", est-il écrit quelque part. C’est précisément cette fièvre répondant à une pulsion irrépressible qui intéresse l’écrivain.

Jusqu’au dernier souffle, dans les interstices que le néant concède, ne jamais renoncer à la part belle. 

Matthieu Mégevand, "Tout ce qui est beau"

Contrairement aux deux autres artistes de la trilogie que sont Gilbert-Lecomte et Toulouse-Lautrec, Mozart ne répond pas à une tentation autodestructrice. A 35 ans, il est emporté par la maladie alors que sa fougue créatrice est à son paroxysme. "Ecoutez l’adagio du concerto pour clarinette, et vous comprendrez ce qu’est 'la part belle'", conclut Matthieu Mégevand. On suivra son conseil après avoir refermé "Tout ce qui est beau"…

Jean-Marie Félix/mh

Matthieu Mégevand, "Tout ce qui est beau", éditions Flammarion.

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