Modifié le 03 décembre 2019 à 09:23

En Valais, Gore des Alpes édite des petits romans, drôles et trash

Le visuel de la maison d'édition Gore des Alpes.
Livre: Gore des Alpes, une nouvelle maison d'édition trash Vertigo / 5 min. / le 28 novembre 2019
En Valais, une maison d'édition littéraire d'un genre nouveau a vu le jour cet hiver. Elle s'appelle Gore des Alpes et propose des livres plutôt politiquement incorrects, souvent drôles et trash.

L'idée de cette nouvelle maison d'édition est d'éditer des petits romans, vite lus, drôles et trash et, surtout, qui se déroulent dans les Alpes. Pour l'instant, trois romans ont été publiés, chacun dans son style, qui va du punk au macabre en passant par le gothique.

Le gothique, c'est l'ADN de la première publication de Gore des Alpes. Le livre s'intitule "La chienne du Tzain Bernard" et mélange allégrement sexe et religion. Il fait une centaine de pages et est signé par l'un des fondateurs de la maison d'édition: Gabriel Bender. Dans ce roman, l'auteur interroge et met en lumière les liens interlopes du clergé avec l'argent et le pouvoir.

De l'aveu de Gabriel Bender, Gore des Alpes propose une série de romans mélangeant terreur et terroir. Des livres qui parlent de nos peurs à tous, mais dont l'action se déroule toujours dans les Alpes.

Gabriel Bender.

L'idée, c'était de lancer au 21e siècle une collection qui faisait référence aux grandes peurs du 17e, 18e siècle...

Gabriel Bender, auteur

Au-delà de l'aventure littéraire, Gore des Alpes doit aussi sa naissance à événement sportif et politique. "L'idée nous est venue aussi suite à la candidature du Valais aux Jeux Olympiques. On avait mis en avant le sublime des Alpes, nous on voulait ramener à l'abîme, parce que la montagne est un endroit qui faisait peur, avec ses monstres, ses revenants, les ponts du diable, et tout ça", détaille Gabriel Bender à la RTS.

L'envers de la carte postale

Pour Gabriel Bender, la candidature aux JO a permis un autre discours, plus drôle, et c'est ce qu'il souhaitait prolonger avec l'horreur et la terreur. Chez Gore des Alpes, il y a du trash, du macabre, du funeste. Le but: mettre les lecteurs dans l'angoisse et le péril. Une manière aussi de montrer un autre visage de la Suisse? L'envers du décor? "Il ne faut pas y voir un projet politique, c'est plutôt un projet sympathique, humoristique, mais en même temps complètement incorrect", explique Gabriel Bender.

Gabriel Bender.

S'il faut sortir des sentiers battus, il faut y aller carrément: être vraiment trash, inconvenant, totalement impertinent.

Gabriel Bender, auteur

Les projets de Gabriel Bender, sociologue, historien et auteurs de nombreux pamphlets, sont souvent politiques. Avec Gore des Alpes, et notamment son roman "La chienne du Tzain Bernard", l'auteur soulève la question du sexe dans l'église, le pouvoir, mais aussi de l'exil et l'immigration en toile de fond: "Il y a une double lecture. Je pense qu'on ne peut pas être dans l'espace public sans être politique. Donc on s'amuse, mais il y a un vrai message."

La couverture de "La chienne du Tzain Bernard" de Gabriel Bender. La couverture de "La chienne du Tzain Bernard" de Gabriel Bender. [facebook.com/goredesalpes]

Philippe Battaglia, dans son roman "La robe de béton", s'intéresse quant à lui aux ouvriers italiens des années 1950 partis sans laisser de traces et qui reviendraient comme des mauvaises consciences pour rappeler des faits oubliés. Quant à Olive, dans "Les intoxiqués", il propose un roman très punk sur le rapport à la drogue, le sexe et les abus en tous genres.

On a la volonté de dire les choses qui sont inconvenantes, donc c'est politique.

Gabriel Bender, auteur

Des pulp fictions

Trois fondateurs, trois auteurs, trois romans, et pas une femme. "Il y a des femmes qui nous ont proposé des textes. Très trash. J'étais très surpris", explique Gabriel Bender qui ajoute que les femmes sont très bienvenues chez Gore des Alpes. "Je pense que les femmes ont vraiment un message à donner, qui doit être dit dans l'espace public, et la littérature permet toutes les audaces. Elle permet d'assassiner Ramadan par exemple..."

Gore des Alpes s'inscrit dans le courant des pulp fictions - des publications peu coûteuses et très populaires aux Etats-Unis dans les années 1950. Ce sont des textes courts, vite lus, collectionnés. Au départ, la condition pour écrire pour Gore des Alpes est simple: "Tu achètes le livre à la gare de Genève, tu dois pouvoir l'avoir fini quand tu arrives à Sion."

>> A voir l'interview de Gabriel Bender au 12h45:

Rendez-vous culture: Gabriel Bender pour la sortie de son nouveau roman "La Chienne du Tzain Bernard"
12h45 - Publié le 29 octobre 2019
 

Propos recueillis par Linn Levy

Adaptation web: Lara Donnet

Publié le 03 décembre 2019 à 08:59 - Modifié le 03 décembre 2019 à 09:23