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Cristian Mungiu scrute les pulsions primaires et xénophobes dans "R.M.N."

Une image du film "R.M.N." du réalisateur Christian Mungiu. [DR]
Une image du film "R.M.N." du réalisateur Christian Mungiu. [DR]
Palme d'or à Cannes en 2007 pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours", le réalisateur roumain Cristian Mungiu signe "R.M.N.". Un film en forme d'instantané impressionnant des dérives identitaires et de la complexité d'une Europe tiraillée entre ses différentes cultures.

Employé dans un abattoir allemand, Matthias revient, peu avant Noël, dans son village natal, multiethnique, de Transylvanie. Il s’installe chez son épouse, tout en lorgnant du côté d’une ex-petite amie, Csilla. Son fils Rudi reste traumatisé par quelque chose qu’il a vu dans la forêt près de leur maison. Par ailleurs, quand l’usine que dirige Csilla recrute plusieurs employés étrangers, notamment pour pouvoir obtenir des subsides européens, l’équilibre fragile qui unit la communauté vole en éclat.

>> A voir: la bande-annonce du film (en vo sous-titrée en français)

Fable et portrait social mélangés

Inspiré d’évènements qui se sont déroulés en Roumanie au début de 2020, "R.M.N." de Cristian Mungiu mélange la fable au portrait social avec un regard d’une justesse et d’une profondeur admirables. Que ce soient les relations entre hommes et femmes, notamment avec la paternité viriliste et la brutalité animale de Matthias, ou le racisme quotidien qui s’exprime de manière ahurissant lors d’un conseil municipal, filmé en un plan-séquence d’une vingtaine de minutes, où les digues de la raison s’effondrent face aux instincts xénophobes d’une population poussée à bout, "R.M.N." décape jusqu’à l’os les contradictions et les fêlures d’une communauté prête à imploser.

La figure des ours devient une métaphore déchirante d’une humanité sans barrières qui laisse libre cours à des pulsions les plus primaires. Une œuvre qui, sans être aussi dévastatrice que "4 mois, 3 semaines, 2 jours" du même Cristian Mungiu, n’en reste pas moins un instantané impressionnant des dérives identitaires et de la complexité d’une Europe tiraillée entre ses différentes cultures.

Le long métrage en forme de florilège des thèmes populistes est cette année reparti bredouille du Festival de Cannes où il a été présenté en compétition officielle.

Rafael Wolf/olhor

"R.M.N.", de Cristian Mungiu, à voir actuellement dans les salles romandes.

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