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"Incroyable mais vrai", un Quentin Dupieux presque normal

Une image de "Incroyable mais vrai" de Quentin Dupieux. [Atelier de Production - Diaphana Distribution]
"Incroyable mais vrai", un Quentin Dupieux presque normal / La Matinale / 1 min. / le 15 juin 2022
Deux couples. Un tunnel qui permet de rajeunir. Un sexe électronique greffé. Quentin Dupieux, le cinéaste de "Rubber" ou "Mandibules", s’amuse avec les clichés sur la virilité et l’éternelle beauté dans "Incroyable mais vrai". Une comédie teintée de mélancolie soutenue par un génial quatuor d’interprètes.

Alain (Alain Chabat) et Marie (Léa Drucker) viennent de s’installer dans le pavillon qu’ils ont décidé d’acheter, convaincus par un élément singulier: une trappe dans la cave qui emporte ses passagers dans un sas spatio-temporel. On ressort à l’étage supérieur, douze heures plus tard, et plus jeune de trois jours. Il n’en faut pas plus pour que Marie, obsédée à l’idée de retrouver sa jeunesse, emprunte la trappe de manière compulsive. Alors que le patron d’Alain, Gérard (Benoît Magimel), voit le sexe électronique qu’il vient de se faire greffer bugger sérieusement, au grand dam de son épouse, Jeanne (Anaïs Demoustier).

>> A voir: un extrait de "Incroyable mais vrai"

La vanité du monde

Le titre de son nouveau film a beau se référer à la fameuse émission télévisée de Jacques Martin, "Incroyable mais vrai" reste du Quentin Dupieux pur jus. On retrouve le minimalisme du cinéaste, dans la forme comme dans la narration, au cœur d’une idée loufoque digne d’un court métrage que le réalisateur parvient à exploiter en 74 minutes resserrées.

Si le résultat apparaît plus "classique" que les délires surréalistes de ses films précédents, "Incroyable mais vrai" s’avère d’une drôlerie irrésistible, l’humour étant porté par un Benoît Magimel exceptionnel en beauf phallocrate, fan d’armes à feu et focalisé sur sa nouvelle "e-bite".

Mais en contrastant ce ressort, qui touche à un fantasme hyper-viriliste, avec l’obsession de l'épouse d’Alain qui rêve de devenir mannequin et d'avoir beaucoup de succès, Quentin Dupieux suit la déliquescence de deux couples et charge son film d’une dimension plus attristée, soulevant toute la vanité de notre monde moderne.

Accepter son âge

Tirant le maximum de son quatuor d’acteurs et d’actrices, Quentin Dupieux opère un clin d'œil direct à l’une de ses influences majeures, le maître du surréalisme Luis Bunuel, dont la célèbre image du "Chien andalou", où des fourmis s’extirpent de la paume d’une main, est reprise ici à l’identique.

Il introduit toutefois dans son cinéma un élément inédit: la normalité. Dans ses œuvres précédentes, on ne se souvient guère que de personnages tous plus loufoques les uns que les autres, alors que dans "Incroyable mais vrai", Alain Chabat incarne un homme qui oppose à l'extravagance de ceux et celles qui l’entourent une incompréhension totale.

En montrant ce personnage accepter sa propre vieillesse et puiser dans un moment de pêche au bord d’une rivière un peu de bonheur et de sérénité, Dupieux teinte sa fable d’une dimension morale qui n’a rien de sentencieux ni de pesant. Face à l’absurdité du monde que le cinéaste décrit dans son film, on en vient à se dire que la folie supposée d' "Incroyable mais vrai" ne fait que capter, comme un documentaire pour ainsi dire, celle de notre époque.

Rafael Wolf/mh

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