Modifié le 13 mai 2019 à 10:31

"Curry Western" la comédie suisse tournée en Inde

"Curry Western" de Kamal Musale.
L'invité: Kamal Musale, "Curry Western" Vertigo / 40 min. / le 08 mai 2019
Le réalisateur Kamal Musale explore les notions de propriété et d'identité dans ce film qui mélange allègrement les genres: drame, comédie décalée et western spaghetti figurent dans la recette de ce "Curry Western" tourné en Inde.

Sheela (Gia Sandhu), une jeune britannique d'origine indienne, apprend que son père vient de mourir, dévoré par un tigre. Malgré sa rancoeur envers ce père qui l'a abandonnée jadis, elle doit se résoudre à se rendre en Inde pour vendre la propriété dont elle a hérité. Elle fait le voyage, flanquée de son mari (Christopher Shyer), un écrivain raté. Tous deux vont se retrouver face à Bindu (Sylvain Reymond) une sorte de hippie psychopathe qui s'avère être un ancien fromager vaudois. Or celui-ci s'érige en héritier du père, et semble bien déterminé à ne pas quitter les lieux. A partir de là, chacun va se battre pour ce qu'il considère lui appartenir.

Le cinéaste helvetico-indien Kamal Musale explique au micro de la RTS que cette question de la propriété a aussi déterminé le genre de son film. En effet, le conflit de propriété est au coeur du western, d'où le choix des lieux de tournages. "Je pensais d'abord davantage au western classique, plutôt dans la direction de John Ford et de ses paysages. Cela a déterminé le choix de la région de Hampi dans le Karnataka, où il y a ces énormes rochers oranges, majestueux, qui évoquent pour moi un peu la Monument Valley où John Ford tournait tous ses westerns."

>>A voir: la bande-annonce de "Curry Western"

Conflits de propriété et d'identité

Qui dit conflit de propriété dit aussi généralement conflit d'identité, car finalement dans la plupart des conflits les deux problématiques sont étroitement liées. Quand on défend son terrain, on défend évidemment aussi ses racines et sa culture."Au départ, le film était destiné à être tourné dans les Alpes suisses, mais je vis en Inde depuis maintenant 12 ans, à Bombay, et j'ai trouvé plus intéressant de déplacer l'histoire en Inde, car cela accentuerait encore cette question de l'identité."

Renouer avec ses racines

Le film oppose Bindu (Sylvain Reymond), un Suisse qui ne veut plus être suisse et qui s'est auto-proclamé fils spirituel du père défunt, et Sheela, sa fille véritable, qui avait coupé complètement ses racines avec l'Inde. Pour Kamal Musale, le film n'a aucune visée autobiographique, même si son père a aussi coupé avec ses racines et qu'il connait bon nombre d'Indiens qui l'ont fait. "Cela engendre par la suite tout un travail à faire pour accepter d'inclure cette part d'identité, d'accepter d'être un tout. Et c'est ce que va faire Sheena. Et cela va lui permettre de trouver une forme d'accomplissement."

Un western avec des éléphants

Le cinéaste revendique le détonnant mélange de genre qui caractérise son film. "Je voulais faire une comédie comme un curry, dans lequel on met toutes sortes d'ingrédients, parfois antagonistes, pour obtenir la saveur voulue". Pour concocter son "Curry Western", le réalisateur a fait son propre mélange "Comme dans un western spaghetti, on a mis des barbelés sur la prairie, de la dynamite. Après, comme on est en Inde, on a remplacé les indiens par des Indiens (!) et les chevaux par des éléphants."

A l'instar des personnages, les acteurs viennent de différents horizons. Sylvain Reymond est veveysan, Gia Sandhu est canadienne anglophone avec des origines indiennes et Christopher Shyer est canado-américain.

En Inde, tout est d'une complexité surréaliste

Le cinéaste a beau vivre en Inde, y faire un film n'est pas une sinécure. "Tourner en Inde est compliqué, car c'est un pays où l'on ne peut pas organiser les choses. Il faut toujours prévoir un plan B ou C, ou D, ou E... et quand rien de tout cela ne fonctionne, avoir encore une idée! Lorsque j'ai fait des documentaires ou des reportages en Inde, j'avais par exemple découvert qu'il est impossible de savoir si la personne qu'on a prévu d'interviewer sera vraiment là. Après, il faut aussi obtenir toutes sortes d'autorisations, et faire toutes sortes de tractations pour pouvoir tourner. Rien n'est gratuit, tout se négocie. C'est d'une complexité surréaliste." 

Le film, déjà sélectionné dans plusieurs festivals, a été tourné en Inde, en langue anglaise, mais grâce à sa production romande (Louise Productions) il existe aussi une version doublée en français pour ceux qui n'aiment pas lire les sous-titres. 

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: Manon Pulver

Actuellement à l'affiche dans quelques salles romandes, on peut trouver les différents horaires de "Curry Western" sur louisevaaucinema.ch.

Publié le 09 mai 2019 à 16:00 - Modifié le 13 mai 2019 à 10:31