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"Jusqu’ici tout va bien", la banlieue sans la haine

Camille Lou et Malik Bentalha dans le film "Jusqu'ici tout va bien". [Quad Films]
L'invité: Mohamed Hamidi : "La Courneuve, ton univers impitoyable" / Vertigo / 41 min. / le 25 février 2019
Après "La Vache", le cinéaste Mohamed Hamidi signe une nouvelle comédie rassembleuse dans laquelle un patron d’entreprise est contraint de s’installer à La Courneuve, dans la banlieue industrielle de Paris.

"Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien. Mais l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage." La réplique est culte. Elle est tirée de "La Haine" (1995), de Mathieu Kassovitz, le plus célèbre des films dits de banlieues, avec ses trois jeunes héros – un Noir, un Blanc, un Arabe - harcelés par la police.

Vingt-quatre ans après "La Haine", la banlieue, Mohamed Hamidi, agrégé d'économie et cofondateur du Bondy Blog, a pris le parti d’en rire. "Il y a deux façons de filmer la banlieue. Soit on montre des histoires réalistes avec des dealers, des flics, des mecs qui sortent de prison, de la violence… bref, la banlieue dure. Soit c’est la banlieue clownesque, abstraite ou très caricaturale. J’avais envie d’être ni dans l’une, ni dans l’autre."

De fait, "Jusqu’ici tout va bien" offre un regard autre sur les gouffres socio-culturels qui séparent deux mondes a priori irréconciliables. Celui des bobos parisiens, Fred (Gilles Lellouche, décidément très en vue) et son équipe jeune et dynamique, et la banlieue, où le fisc le somme de s’installer pour de vrai.

Car Fred, déjà mauvais père et mauvais mari, a aussi menti. Il a simulé l’installation de son agence de communication en banlieue pour bénéficier d’exonérations diverses et variées. Pincé, il a quelques jours pour faire ses cartons et déménager sa petite entreprise à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis (93).

Apprendre la langue du 93

Sauf qu’on ne marche pas, on ne parle pas, on ne s’habille pas pareil quand on vit à La Courneuve. La Courneuve a son langage, les Parisiens leurs préjugés. De ce "territoire hostile", il s’agit d’apprendre les codes et de s’accommoder des trafics en tout genre.

A ce jeu-là, Samy (Malik Bentalha, irrésistible), embauché par Fred, fait office de guide et d’interprète. C’est lui qui donne au film ses scènes les plus savoureuses, lui qui dessine en creux une réalité bien plus violente, l’impasse économique et l’impossibilité d’en sortir.

Bon enfant et généreux

Comme dans "La Vache", Mohamed Hamidi ne filme rien mieux que la tendre naïveté des hommes de bonne volonté. Dans son discours, le film n’épargne personne, mais soigne tous ses personnages, jamais réduits à des étiquettes. Du pur feel-good qui s’assume, sans niaiserie ni angélisme.

Raphaële Bouchet/mcm

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