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Des cantons romands peinent à entretenir leurs monuments protégés

Vaud, Genève et Fribourg peinent à financer l'entretien de leurs monuments protégés (vidéo)
Vaud, Genève et Fribourg peinent à financer l'entretien de leurs monuments protégés (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 3 min. / le 9 juillet 2019
Les cantons de Vaud, Fribourg et Genève sont les cantons qui abritent le plus de monuments protégés de Suisse. Entretenir ce patrimoine coûte cher et les collectivités publiques ou les privés peinent de plus en plus à le financer.

Quand on pense au patrimoine romand, on imagine immédiatement le Château de Chillon, la cathédrale de Fribourg ou encore le Mur des Réformateurs à Genève. Mais il existe aussi des ouvrages plus exotiques comme des stations-services qui sont protégées en Suisse.

Les cantons de Vaud, Fribourg et Genève abritent entre 7'500 et 8'500 monuments protégés. Mais, quand on y regarde de plus près, on constate que les critères de classement et de protection peuvent varier d'un canton à l'autre.

À Genève, le Mur des Réformateurs et ses théologiens protestants: Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox. [Fotolia - Inna Felker]
À Genève, le Mur des Réformateurs et ses théologiens protestants: Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox. [Fotolia - Inna Felker]

Les trois cantons qui occupent le podium disposent depuis des décennies d'un inventaire systématique, là où des cantons comme le Valais n'en ont toujours pas.

Pour Oliver Martin, chef de la section Patrimoine culturel et monument historique de l'Office fédéral de la culture, chaque canton a des approches différentes, des législations différentes, mais aussi un historique de la protection des biens culturels différent. "Les trois cantons, Vaud, Genève et Fribourg, en commençant très tôt à recenser, peut-être inspirés par la France, ont aujourd'hui beaucoup plus d'objets recensés", dit-il à la RTS.

"Dans d'autres cantons, une partie des monuments est prise en charge par les communes et n'apparaît pas dans les statistiques au niveau cantonal, certains n'ont pas inventorié tout le territoire de leur canton, tandis qu'à Genève ce travail a commencé en 1920", rajoute-t-il.

Des bâtiments exotiques

Dans le canton de Fribourg on découvre, par exemple, que l'Hôpital cantonal est protégé. Il y a aussi deux transformateurs électriques dans la nomenclature des monuments classés parce que leur architecture est emblématique d'une période.

L'hôpital cantonal fribourgeois, en février 2018. [Keystone - Anthony Anex]
L'hôpital cantonal fribourgeois, en février 2018. [Keystone - Anthony Anex]

Le processus de classement peut varier d'un canton à l'autre. Il peut parfois être le fait d'un cénacle d'initiés ou alors s'effectuer par le biais de procédures plus transparentes.

"Certains cantons connaissent des organismes ou des commissions de classement très ouvertes, très démocratiques. D'autres, comme Fribourg, appliquent des pratiques moins démocratiques où l'on a quelques élites qui décident ce qui mérite d'être protégé ou pas", explique à la RTS Pierre Heegaard, ancien président de la section fribourgeoise de Patrimoine suisse.

Manque de financement

En établissant des catalogues plus exhaustifs, les responsables fribourgeois disent vouloir faire de la protection préventive du patrimoine, pour des raisons économiques.

"Nous étions un canton plutôt pauvre, ce qui a nécessité la mise sous protection cantonale de certains biens, qui, dans d'autres cantons, étaient entretenus par les propriétaires privés ou publics", explique Bernhard Altermatt, membre du comité de Pro-Fribourg. Plus il y a de monuments à protéger, plus les collectivités publiques peinent à entretenir ces ouvrages.

Pour Bernhard Altermatt, nous nous trouvons aujourd'hui dans une phase paradoxale où l'on a conscience de la valeur d'un héritage construit, bâti, mais dont on peine à financer l'entretien.

Enfin, la diminution de la somme allouée par la Confédération à la protection du patrimoine pour la période 2016-2019 complique encore la situation. Le montant est passé de 38 à 22 millions de francs, avec pour conséquence un déplacement de la responsabilité et de l'engagement financier vers les cantons et les communes. 

Maurice Doucas/mcc

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