Modifié le 12 juin 2019 à 15:45

Les causes et les effets de la dépendance à Internet

Le "trouble lié aux jeux vidéo" touche de plus en plus d'adolescents mais aussi d'adultes.
Le "trouble lié aux jeux vidéo" touche de plus en plus d'adolescents mais aussi d'adultes. [ - Depositphotos]
Fin mai 2019, l'OMS a inclus la pratique excessive des jeux vidéos et d'Internet dans la nouvelle classification internationale des maladies. Un centre stationnaire consacré à ces comportements addictifs s'est ouvert à Bâle. Les patients y sont de plus en plus nombreux.

Fin mai, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a inclus la pratique excessive du jeu vidéo dans sa nouvelle classification internationale des maladies (CIM-11). Le "trouble du jeu vidéo" comprend aussi l’usage excessif des réseaux sociaux, les achats démesurés, ou la consommation compulsive de pornographie sur le net.

En 2018, la Clinique psychiatrique universitaire de Bâle a ouvert le premier centre stationnaire spécifiquement destiné aux personnes qui ne peuvent plus contrôler leur comportement addictif. Renanto Poespodihardjo est responsable du département des addictions comportementales à la Clinique psychiatrique universitaire de Bâle. Il a répondu à quelques questions sur les causes et les effets de la dépendance à Internet.

>> A écouter: L'hôpital psychiatrique de Bâle traite de nouvelles dépendances

Ici la Suisse.
DR
Ici la Suisse - Publié le 12 juin 2018

SRF: Constatez-vous une augmentation des consultations liées à l'addiction à l'Internet ? 

Renanto Poespodihardjo: Oui, de plus en plus d’adolescents, mais aussi d’adultes, viennent suivre des traitements ambulatoires et stationnaires pour soigner leur addiction maladive à Internet, et particulièrement aux jeux virtuels.  

Pouvez-vous chiffrer cette augmentation ?

Un coup d’oeil aux troubles du comportement que nous traitons permet de constater que si, au départ, les consultations concernaient surtout des addictions aux jeux d'argent, nous avons assisté à une augmentation progressive de cas concernant les jeux en ligne ou l’addiction à l'Internet.

Actuellement, 50% de nos patients viennent pour de la dépendance aux jeux d’argent, et quasiment 50% pour des problèmes d’addiction à l'Internet.

>> A voir aussi: le reportage de l'émission 36.9° sur l'explosion des addictions aux jeux d’argent et de hasard en ligne

Addictions aux jeux d'argent
36.9° - Publié le 26 septembre 2018

Qui est le plus touché ?

Les jeunes hommes, qui ont déjà une longue expérience dans le jeu vidéo et qui jouent de façon excessive, plusieurs heures par jour.  

Les femmes sont-elles moins touchées ou ont-elles d'autres symptômes ?

Les femmes sont nettement moins atteintes par la dépendance aux jeux en ligne. Mais je dois pondérer cette affirmation en disant qu'elles viennent en tout cas moins consulter. Mais la proportion de femmes concernées par l'usage compulsif des réseaux sociaux comme Instagram, Youtube, Twitter, etc. est plus visible. Et là, nous avons une majorité de femmes.

>> A écouter: l'émission de SRF Kultur sur les risques liés aux addictions à l'Internet (en allemand)

 

Quelles sont les causes de la dépendance à Internet ? Les facteurs de risques ?

Nous parlons plutôt en terme de vulnérabilité. Disons que les substances favorisant l’addiction, dont font partie les jeux en ligne, ont la capacité d'anesthésier les émotions négatives. Aussi lorsqu'une personne est en proie à des émotions négatives – dues, par exemple, à du mobbing, une séparation, un divorce, mais aussi à un trouble psychique comme le TDAH  (trouble de l’hyperactivité et de déficit d’attention) – la pratique des jeux vidéo permet de mettre à distance des sentiments comme la solitude, l'exclusion, la dévalorisation de soi.

Plus exactement, ces jeux offrent un moyen de se décharger de ces sentiments négatifs. Par ailleurs, on entre alors dans un type de communication dans lequel le programme "solitude" ne va pas être activé.

A priori cela pourrait sembler bénéfique. Dans quelle mesure les personnes touchées sont-elles en souffrance ?

Comme souvent dans la dépendance, on la considère comme une sorte d'auto-médication. Dans un premier temps la souffrance ne sera pas identifiée. Mais nous savons maintenant grâce à la science que les comportements compulsifs causent des changements organiques au cerveau.

Mais arrive le moment où les gens remarquent aussi qu’ils commencent à décrocher de plus en plus. C’est-à-dire qu’ils ne parviennent plus à assumer les tâches constructives de leur vie, comme leur scolarité, leur formation professionnelle, ou alors de façon décousue. Ca devient une souffance. L'autre type de souffrance se manifeste dans le domaine affectif et social: l'amitié, l’amour et l’intimité n'arrivent ni à se vivre ni se développer dans un contexte d’addiction au jeu.

Propos recueillis par Sarah Herwig / SRF

Traduction: Manon Pulver

Publié le 12 juin 2019 à 14:47 - Modifié le 12 juin 2019 à 15:45