Publié le 29 décembre 2017

L'année théâtrale 2017, une vaine querelle des anciens et des modernes

"Amour et Psyché" d'après Molière, dans une mise en scène d'Omar Porras.
"Amour et Psyché" d'après Molière, dans une mise en scène d'Omar Porras. [Mario Del Curto - TKM]
En 2017, les arts du spectacle ont bougé et ce n’est pas allé sans heurts. Rétrospective de l'année écoulée.

En 2017, les arts du spectacle ont bougé. Normal, ils évoluent sans cesse. A l'image de la société qui les nourrit culturellement, socialement, politiquement, et qu'ils accompagnent, questionnent et parfois bousculent par effet de balancier. En bien ou en mal? La question ne se pose pas. Le philosophe Emmanuel Todd nous rappelle que le changement n'est pas lié à une notion de progrès, de perfectionnisme et que l'espoir d'une fin de l'Histoire est une belle illusion. Le changement, désiré ou combattu, est le propre de la société humaine.

Sur fond de polémique

En 2017, les arts du spectacle ont bougé et ce n'est pas allé sans heurts. Au printemps a éclos une polémique entre les gardiens d'un théâtre dit "classique", construit sur les textes, notamment les chefs d'oeuvre du théâtre (Corneille, Marivaux, Claudel, Camus…) et des institutions jugées trop complaisantes à l'égard des formes les plus contemporaines des arts du spectacle: performances, spectacles pluridisciplinaires mêlant danse, théâtre, art contemporain, informatique, architecture…

Un polar trash à Vidy

Le Théâtre de Vidy-Lausanne, visé par la polémique, réplique en programmant un "Avare" de Molière mené comme un polar trash par le metteur en scène Ludovic Lagarde. La forme est contemporaine, la langue bien arrimée dans le XVIe siècle.

"L'Avare" de Molière, dans la mise en scène de Ludovic Lagarde.
"L'Avare" de Molière, dans la mise en scène de Ludovic Lagarde. [Pascal Gély - vidy.ch]

Ailleurs, Clémentine Colpin et Christian Geffroy Schlittler revisitent "La Cagnotte" de Labiche comme on entre par effraction dans un manoir. Le parler du XIXe disparaît au profit du regard que l'on peut porter sur une époque révolue. Au TKM de Renens, l'antre d'Omar Porras, un autre Molière, "Amour et Psyché" semble sorti des salons de Versailles avec sa machinerie à l'ancienne et ses perruques poudrées. Illusion: sa langue est renouvelée et la mise en scène nourrie d'influences tribales et orientales.

Textes d'aujourd'hui au Poche

Au Théâtre de Poche, à Genève, on ne joue que des textes inédits, écrits par des auteurs d'aujourd'hui. Doit-on parler de théâtre classique? Certains textes bousculent les codes de la langue et de la représentation, convoquant notamment les pratiques d'internet. Et cette même année, le metteur en scène Oscar Gomez-Mata, habitué de l'improvisation de plateau, livre sa mise en scène la plus narrative depuis des lustres. Son "Direktor" est tiré d'un film.

"Le Direktor" dʹOscar Gomez Mata.
"Le Direktor" dʹOscar Gomez Mata. [Steeve Iuncker-Gomez - Cie Alakran]

Dans les classes romandes, le comédien Romain Daroles soulève enthousiasme et hilarité avec un "Phèdre" racinien déguisé en conférence. A Genève, la nomination d'un nouveau duo féminin à la tête de Grütli fait frémir les baronnets de la scène locale: Barbara Giongo et Nathalie Sugnaux seraient trop proches du théâtre contemporain. A la bonne heure!

Le texte est bien vivant

Ecrit, porté par une parole, le texte est bien vivant. Ses formes peuvent varier. Les opposer est un combat illusoire. Seuls comptent la créativité, l'inspiration et la nécessité ou non d'un spectacle qui ne sera ni la célébration du passé (cette matière est vivante, pas une archive ou un musée) ni la énième reproduction d'une formule usée. Ainsi, les arts de la scène existent au-delà de leur représentation: dans la mémoire des spectateurs comme dans les débats qu'ils peuvent susciter.

Thierry Sartoretti/mh

Publié le 29 décembre 2017

Cinq spectacles qui ont marqué 2017

"Le Direktor", d'après Lars Von Trier, mise en scène d'Oscar Gomez Mata. Un patron ne s'assume pas et recourt à un comédien pour vendre son entreprise et licencier ses collègues. Virtuose.

"Les Bacchantes", chorégraphie de Marlene Monteiro Freitas. Un mythe tragique grec passe à la moulinette d'un carnaval créole secoué au boléro de Ravel. Etourdissant.

"Je n'ai pas encore commencé à vivre", mise en scène de Tatiana Frolova avec le Teatr Knam. Le théâtre documentaire raconte de l'intérieur une Russie qui va mal. Saisissant.

"Last Work", chorégraphie de Ohad Naharin avec la Batsheva Dance Company. La force inouïe d'un spectacle israélien inspiré par les conflits de cette région. Oui, la danse peut être politique. Bouleversant.

"Les 120 jours de Sodome", d'après Pasolini, mise en scène de Milo Rau. L'horreur nazie et le rêve d'une race parfaite, joué par une partie de ses cibles, les handicapés mentaux du Theater Hora. Abyssal.

Il y en aurait d'autres…