Emission du 02 septembre 2008

Espresso en capsule : ABE a soulevé le couvercle !

Pratiques, branchées, les capsules de café ont envahi le marché de la consommation domestique. Cette mode n'est pas sans conséquence, que ce soit sur l'environnement ou sur votre porte-monnaie.

Café, mode et marketing

Les capsules de café sont devenues les véritables vedettes du marché domestique. Une conquête qui doit beaucoup à un coup de force du marketing.

Pendant longtemps, c'est seulement dans les bars équipés de machines professionnelles que l'on pouvait déguster un véritable espresso. Puis sont apparues les machines à percolateur, version domestique, pour un espresso proche de celui du bar au coin de la rue, à condition, d'avoir la juste mouture, une bonne qualité d'eau et une pression suffisante. Dernière étape en date : la machine à capsule. Grâce à elle, l'industrie a stimulé le marché et rendu le consommateur captif. Le succès du pionnier sur ce marché repose avant tout sur une stratégie marketing soutenue par de gros investissements publicitaires, comme l'explique Marc-Alain Dubois, directeur de Nespresso Suisse : « Dès le début, nous avons positionné Nespresso comme un produit premium haut de gamme. Nous avons créé une valeur ajoutée au produit qui était en relation avec le haut niveau gustatif du produit lui-même. Je pense que le concept du club qui était aussi totalement innovant, ce relationnel que nous avons voulu créer avec le consommateur, la volonté de faire de chaque consommateur de Nespresso en quelque sorte un connaisseur de café a aidé à cette image. »

 [DR] [DR] Ambassadeur de charme et image luxueuse

A ces consommateurs, promus connaisseurs, on propose des cafés grands crus aux noms évocateurs, des machines et moult accessoires au design sophistiqué, un magazine sur papier glacé, le tout emballé dans des boutiques luxueuses que se veulent temples du café. Virginie Baucomont, journaliste à CB News : « On a utilisé les codes du luxe avec des machines très designées, des dosettes uniques qui privilégient l'expérience, avec des séries limitées de capsules qu'il faut acheter très vite sous peine de pas pouvoir les goûter et un ambassadeur de choix dans la personne de George Clooney. » Cet ambassadeur a effectivement cartonné. Mais ce n'était pas gagné d'avance. Virginie Baucomont : « Il ne fallait pas un ambassadeur qui ait une présence trop forte puisqu'elle cannibaliserait le produit, il fallait quelqu'un qui sache se mettre en retrait par rapport au produit et lui donne la part belle. » Sharon Stone ou Monica Bellucci étaient sur les rangs, mais une étude mondiale a permis de désigner George Clooney comme candidat idéal. « Il ne se prend pas au sérieux et ça se voit. Mais cet humour a quand même certaines limites, puisque George Clooney a refusé que cette publicité passe aux Etats-Unis, au Japon et au Canada, parce que dans ces pays, quand on fait de la publicité, ça veut dire qu'on est en perte de vitesse. »

Que ce soit George Clooney ou les publicités d'autres machines à capsules qui se sont engouffrées dans le sillage du succès de Nespresso, l'univers publicitaire du café a bien changé depuis quelques années. Virginie Baucomont : « Les pubs de café avant, c'était le petit producteur dans son pays qu'on va voir avec des gros sacs de café, on va voir la qualité, on va aller toucher la graine de café. [...] Maintenant on est plus dans l'esprit de consommation, dans l'instant de consommation et dans l'expérience de consommation. On doit ressentir une expérience et une émotion quand on boit du café ». Parler du plaisir ressenti en buvant un bon café comme d'une expérience de consommation émotionnelle, c'est du pur bla-bla marketing.

Des capsules à prix d'or : comparaisons de prix

Les fabricants de machines à café ont choisi la formule commerciale dite du lock-in : une machine relativement bon marché mais utilisable avec un seul type de recharge compatible, qui, elles, sont vendues assez cher. Le consommateur est captif et il paie le prix fort. Démonstration avec huit machines à café représentatives de ce marché.

Il s'agit de modèle de base pour préparer de l'espresso. Leur prix varie entre 79,90 francs et 299 francs. Un coût que l'on peut considérer comme acceptable. Il en va autrement pour le prix du café issu des capsules : à l'unité, la capsule coûte entre 30 et 47 centimes. En considérant qu'il y a entre 6 et 8 grammes de café moulu dans une capsule, cela signifie du café vendu entre 45 et 80 francs le kilo, soit trois à six fois plus cher que le prix d'un kilo de bon café en grain.

Nous avons fait un petit calcul révélateur pour un ménage qui consomme en moyenne six cafés par jour. Voici pour les huit machines sélectionnées le budget qu'il doit prévoir la première année pour la machine et les capsules :

 [DR] [DR] Coffee Cup Espresso Italia

 [DR] [DR] Termozeta Espressocap

 [DR] [DR] Tassimo de Bosch

 [DR] [DR] Krups Dolce Gusto

 [DR] [DR] Delizio Confort II

 [DR] [DR] Carasso SL 200. Compter une centaine de francs de moins si on achète les capsules par carton de cent pièces.

 [DR] [DR] Gaggia K111D

 [DR] [DR] Turmix TX150 Nespresso. Le budget le plus élevé de notre sélection.

Aussi pratiques mais sans tenir le consommateur captif de capsules uniques, les machines avec moulin intégré. Elles coûtent cher à l'achat, entre 500 et plus de 1000 francs, mais c'est une formule avantageuse dès la deuxième année par rapport à la plupart des versions avec capsules. On ne dépensera qu'environ 230 francs de café en grains contre 657 à 1029 francs pour les capsules de huit machines.

Cela dit, il y a encore moins cher : la simple machine avec percolateur et porte-filtre : un budget d'environ 500 francs la première année, puis 230 francs de café dès la deuxième année. Au bout de cinq ans, on aura dépensé environ 4000 francs de moins qu'avec une Nespresso.

Café dévoreur d'électricité

La consommation d'énergie des machines à café, ce n'est pas un détail. L'électricité ainsi gaspillée est conséquente, notamment en raison des machines allumées en permanence.

 [DR] [DR] Allumée pour rien

En Suisse, deux ménages sur trois possèdent une machine à café. Ça fait beaucoup de machines qui fonctionnent de nombreuses heures. Christa Mutter, Agence Suisse pour l'efficacité énergétique : « Cette consommation électrique représente celle de 120.000 ménages au total. Et la consommation des machines à café, c'est autant que la consommation de tous les fours ou de tous les téléviseurs. » Seulement un quart de cette énergie sert vraiment à faire du café. Le reste est dépensé par les machines en attente de faire du café. « Une machine à café est, habituellement, tout le temps en mode prête à l'emploi. Elle chauffe une réserve d'eau à 90 degrés en quelques secondes, soit une consommation de 1000 watts. Nous recommandons les machines qui ont un déclenchement automatique. C'est une minuterie interne qui va arrêter votre machine, par exemple une heure après le dernier café tiré ».

 [DR] [DR] Enorme gaspillage

En fait, la machine n'est pas complètement arrêtée. Elle est mise automatiquement en mode veille ou stand by. Mais attention, la définition du mode veille varie d'un fabricant à l'autre. Christa Mutter : « Les excellentes machines consomment zéro watt en mode veille ou stand by, les bonnes machines autour de 2 watts. A partir de 3,5 watts, la machine va consommer davantage en mode veille que quand vous tirez le café parce qu'elle reste enclenchée toute la journée ». Pour l'instant, une seule machine à capsule est équipée de ce système de déclenchement automatique. Grâce à celui-ci, ou en éteignant manuellement sa machine, on économiserait une grande partie de l'énergie consommée inutilement par les machines en attente. Cela vaut aussi pour toutes les machines installées dans les bureaux, qui en général restent allumées en permanence. Seul inconvénient de ce système, il faudra patienter une petite minute au lieu de quelques secondes pour avoir son café, mais l'économie réalisable est considérable, l'équivalent de la consommation de la ville de Lausanne. Et puis éteindre sa machine, c'est aussi éviter l'usure inutile des joints et donc augmenter sa durée de vie.

Des milliards de capsules, une montagne de déchets

Quel est l'impact des milliards de capsules de café, souvent emballées plus qu'il ne faut, sur l'environnement ? Leur recyclage, en tous cas, laisse à désirer.

 [DR] [DR] Pierre Ammann, président de l'Association Suisse des installations de traitement de déchets : « Avec ce genre de production, de dosettes de café emballées, sur-emballées, les études ont montré que l'on produisait huit à dix fois plus de déchets qu'avec du café en vrac. Vous avez du carton à l'extérieur, du plastique à l'intérieur. Ce plastique qui ressemble à du métal n'est pas recyclable en tant que tel. » Il est important d'être conscients de la nécessité de recycler, mais... ce n'est pas toujours possible : « Vous avez souvent différents produits dans ces capsules. Par exemple, une structure en plastique et un couvercle en papier. Dans ce cas, il n'y a rien de recyclable. On va brûler tout ceci parce qu'en Suisse il n'y a plus rien qui part en décharge. »

 [DR] [DR] La "solution" Nespresso

Nespresso se vante de proposer une capsule en aluminium 100% recyclable. Recyclable oui, mais au prix de quels efforts ! Au départ, côté recyclage, rien n'avait été prévu, et recycler des capsules d'aluminium pleines de marc de café humide, ce n'est pas simple. Il a fallu non seulement organiser la collecte des capsules, mais surtout inventer la machine capable de rendre cet aluminium recyclable. Elles sont d'abord broyées. Ce hachis d'aluminium et de marc de café passe ensuite dans un four à 160 degrés pour être séché, afin que les deux composants puissent être séparés. D'un côté l'aluminium qui sera fondu, de l'autre le marc de café qui ira au compost. Nespresso estime avoir trouvé la bonne solution en précisant que le taux de recyclage des capsules Nespresso en Suisse est actuellement de 60%.

 [DR] [DR] Recyclage alibi ?

A La Bonne Combine, à Lausanne, qui est un des lieux de collecte des capsules Nespresso, on est bien placé pour constater que ce que Nespresso considère comme la bonne solution comporte quand même quelques défauts. Laurent Zahn, "La Bonne Combine" : « Il y a déjà énormément de trajets avec des petites quantités. On voit les clients qui viennent avec leur petit bidon avec 50 ou 60 capsules à chaque fois. Après, le camion vient chercher le container. Malgré nos demandes répétées, il n'amène pas de container vide quand il reprend le plein, mais refait un trajet pour ramener un container vide [...] Ce recyclage, d'une manière générale, fait plus penser à un argument marketing qu'à un véritable souci d'écologie. » Pour ceux qui veulent recycler leurs capsules le plus écologiquement possible, la Bonne Combine a un bon truc. Il suffit de nettoyer soi-même la capsule, d'écraser l'alu et de composter le marc, puis d'amener ces capsules écrasées à recycler, pourquoi pas par millier. Mille capsules que l'on pourra jeter directement dans les containers de recyclage de l'alu disponibles dans toutes les déchetteries. Cela dit, le plus grave, c'est que le recyclage des capsules Nespresso n'est organisé qu'en Suisse, ainsi que quelques prémices en Allemagne et en Hollande. Dans le reste du monde, rien. Ca fait donc beaucoup d'aluminium dans la nature, quand on sait que les ventes actuelles de Nespresso sont estimées à environ 2 milliards et demi de capsules par an.

Capsules de café : dégustation

Huit capsules, toutes choisies dans la catégorie « espresso », utilisées dans leur machine propre, ont été dégustées par notre jury. Celui-ci était constitué de 5 personnes :

- Christophe Gulli, instructeur de bar, Ecole Hôtelière de Lausanne.

- Mathieu Huguenin, barista aux cafés La Semeuse, torréfaction artisanale à La Chaux-de-Fonds, vice-champion suisse barista.

- Philippe Nicolet, entrepreneur et consultant indépendant en café.

- Edoardo Artari, de la maison Artari, dans la Vallée d'Aoste, une petite maison d'espresso établie depuis 1886.

- Paolo Palazzi, amateur de bon café, physicien et membre de Slowfood.

Ils ont noté les cafés de 1, très mauvais, à 6, excellent.

Voici leur verdict, du moins bon au meilleur :

8ème, mauvais

 [DR] [DR] Coffee Cup Espresso Italia

Mathieu Huguenin : « Pour moi, c'était imbuvable ».

6ème ex-aequo, médiocre

 [DR] [DR] Tassimo de Bosch

Paolo Palazzi : « Dans ce café, j'ai éprouvé besoin d'ajouter un petit peu de sucre pour le rendre buvable. »

 [DR] [DR] 276 Delizio Confort II

Paolo Palazzi : « Peu aromatique mais avec une belle crème ».

4ème ex-aequo, médiocre

 [DR] [DR] Termozeta Espressocap

Mathieu Huguenin : « C'est un café qui est très fort, qui sera très fort en caféine, mais qui sera très court ».

 [DR] [DR] Carasso SL 200

Christophe Gulli : « Sans corps, qui n'avait pas de tenue en bouche, sans caractère ».

3ème, acceptable

 [DR] [DR] Gaggia caffitally

Philippe Nicolet : « A l'oeil, il était épouvantable, sans mousse. Après dégustation, Sa complexité était une belle et grande surprise ».

2ème, acceptable

 [DR] [DR] Krups Dolce Gusto

Mathieu Huguenin : « C'était du fruité, du goût et surtout ce qui l'a dénoté par rapport aux autres, c'est qu'il était très prolongé au niveau du reste de l'amertume ».

1er, satisfaisant

 [DR] [DR] Nespresso Turmix TX150

Edoardo Artari : « Il avait une belle crème très persistante et sa structure était assez équilibrée, je lui ai donné un 4, pas un 5 ou plus car il n'a pas une grande personnalité ».

Avoir à préparer en un temps relativement limité une quarantaine de cafés nécessaires pour cette dégustation, ce fut un test d'usage révélateur de grosses différences de praticité entre les machines.

- Les machines Delizio et Turmix Nespresso se sont révélées vraiment très pratiques.

- Tassimo, Krups Dolce Gusto et Gaggia ont été jugées pratiques.

- Termozeta Espresso et Carasso s'avèrent, elles, peu pratiques.

- Quant à Coffee Cup Espresso, elle est vraiment très peu pratique.

Capsules de café : et la santé ?

Sous l'effet de la chaleur et de la haute pression, une substance issue de la capsule - de l'aluminium, des peintures, des vernis ou des plastifiants - peut-elle passer dans votre espresso ?

Le laboratoire Eurofins, à Hambourg en Allemagne, est spécialisé dans les dosages de résidus présents dans l'alimentation suite à des migrations. Ils ont testé pour nous huit machines et leur capsule. Après plusieurs tests réalisés sur chaque machine, la bonne nouvelle est tombée : le laboratoire n'a décelé aucune migration significative. Il a relevé parfois quelques traces, mais largement en dessous des limites autorisées. La réponse est claire : les cafés issus des huit capsules ne contiennent aucun des résidus indésirables recherchés.

 [DR] [DR] Si le petit noir tiré avec les machines à capsule est vite fait, ce n'est pas une raison pour augmenter sans retenue sa consommation. Petit rappel de l'effet de la caféine sur le corps avec Jacques Diezi, professeur honoraire en toxicologie à l'UNIL : « Les organes cibles sont principalement le cerveau et le cœur, ou disons le système cardio-vasculaire. Le rein aussi accessoirement, ça a un certain effet diurétique, léger mais avéré. » Côté système cardio-vasculaire, à partir de certaines doses, on a observé une augmentation de la fréquence cardiaque et même des hypertensions artérielles temporaires.

On estime la ration quotidienne normale à 200 mg de caféine par jour, soit l'équivalent de trois espresso. Mais avec une tasse de café filtre, on absorbe déjà 120 mg de caféine. Et l'on peut devenir d'une certaine manière dépendant de la caféine dans le sens où certains syndromes de sevrage ont pu être observés, tels que des états de somnolence accrue, ou des problèmes de concentration.

 [DR] [DR] Un dernier point auquel il faut être attentif : il y a de la caféine dans d'autres boissons que le café. Dans le thé, bien sûr, mais aussi: 120 mg dans un litre de soda au cola et près de trois fois plus dans les boissons énergétiques ! De quoi dépasser rapidement la dose journalière normale.

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