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Voile: la Suisse, un pays de grands navigateurs

Dominique Wavre, Justine Mettraux et Bernard Stamm portent haut les couleurs de la voile suisse. [L.Gillieron/F.Bustamante/L.Gillieron - Keystone]
Dominique Wavre, Justine Mettraux et Bernard Stamm portent haut les couleurs de la voile suisse. [L.Gillieron/F.Bustamante/L.Gillieron - Keystone]
Depuis la fin du XVIIIe siècle, nombreux sont les marins d’eau douce à avoir marqué de leur empreinte l’histoire de la voile suisse. A la veille du Bol d’Or, plus importante régate au monde en bassin fermé, trois personnalités romandes baignant dans le milieu livrent à RTSsport.ch les ingrédients du succès des navigateurs helvétiques.

Pierre Fehlmann, Laurent Bourgnon, Stève Ravussin, Bernard Stamm, Dominique Wavre ou encore Ernesto Bertarelli. Tous ces grands noms ont contribué à faire briller la voile suisse à travers le monde en remportant des régates au plus haut niveau. Un paradoxe pour un petit pays comme la Suisse, plus réputée pour ses montagnes que pour ses lacs? "C’est vrai que c'est surprenant, admet la navigatrice Justine Mettraux. Mais je pense que l'aventure Alinghi a eu une grosse influence sur les marins et le grand public suisse", analyse la jeune femme de 28 ans, actuellement en course sur la Volvo Ocean Race. "La voile fait partie de la culture suisse. Cela fait des années maintenant que les gens naviguent sur nos lacs et au large."

Un phénomène romand

Auteur de neuf tours du monde en course, Dominique Wavre abonde: "On est certes un pays de montagnards mais je crois qu’on est surtout un pays qui aime les sports de plein air. Les Suisses qui rêvent d’horizons lointains se tournent automatiquement vers le bateau et la mer. Au-delà de ça, il se trouve qu’on a  obtenu de bons résultats en régate grâce à des personnages comme Fehlmann. En participant à des grandes courses océaniques médiatisées, un engouement, en particulier en Suisse-romande, s’est créé." Et de préciser: "Les Suisses-Allemands sont plus intéressés par la voile olympique alors que la Suisse romande, de par ses attaches culturelles avec la France, est plus intéressée par la course en solitaire ou par les grandes courses océaniques."

Pour Bernard Schopfer, journaliste et ancien responsable de la communication du Team Alinghi, le succès des marins suisses, "phénomène essentiellement lémanique" s’explique principalement par "la conjonction de la prospérité économique, de la technologie et de plans d’eau attractifs."

Parfois paisibles, les vents qui balayent le Léman peuvent s'avérer très capricieux. [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Parfois paisibles, les vents qui balayent le Léman peuvent s'avérer très capricieux. [Jean-Christophe Bott - Keystone]

Etre capable de s’adapter

Et force est de constater que le Léman est un terrain de jeu propice à la navigation. "Le vent est irrégulier et imprévisible car il est entouré de montagnes. Il y a parfois de forts coups de tabac. Naviguer sur le Léman demande une grande capacité d’adaptation et d’observation. Il y a moins de vagues sur le Léman donc les marins suisses doivent en faire l’apprentissage quand ils partent naviguer en mer. Je pense que leur faculté d’adaptation et d’observation est supérieure aux marins bretons."

Un avis partagé par les deux navigateurs genevois. "Naviguer sur le Léman permet de comprendre comment fonctionne un bateau et comment le faire marcher au mieux. C'est aussi une bonne école de stratégie au vu des différents vents et transitions que l’on rencontre quand on y navigue", explique Justine Mettraux.  "C’est une bonne école de réglage, de manoeuvre et de concentration. Arrivée en mer, cette école de la concentration est excellente", renchérit Dominique Wavre.

Quant au passage du paisible Léman aux mers et océans déchaînés, il ne se fait pas sans mal. "C’est un saut qualitatif important qui demande avant tout des qualités humaines et de faire preuve d’autonomie. On doit être capable de gérer son équipe et sa solitude de manière différente que sur le lac, où la pratique y est relativement facile", explique le Genevois.

La technologie au service du succès

En plus de la pratique, le développement d’embarcations performantes contribue grandement aux succès des navigateurs suisses, selon Bernard Schopfer. Un avis que partage Dominique Wavre. "C’est un sport mécanique dans lequel la technologie a de l’importance. Il y a une émulation technique qui fait qu’il y a de l’innovation, des idées."

"En ce sens, le lac est idéal pour tester les nouvelles technologies car c’est un plan d’eau fermé et sécurisant. On peut en profiter pour expérimenter des bateaux qui ont été mis au point sur le lac et repousser les limites. C’est plus facile de prendre des risques sur le Léman qu’en mer", conclut le spécialiste.

Par Floriane Galaud - @FlorianeGalaud

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Entre le Léman et l’océan, difficile de faire un choix

Le Léman, Dominique Wavre le connaît bien pour avoir participé à de nombreuses régates. Et entre eau douce et eau salée, le cœur du Genevois balance. "Je suis autant charmé par les navigations sur le lac que je suis fasciné par les grandes navigations au large", confie-t-il. Et le marin d’expliquer les spécificités propres à chaque plan d’eau. "Autant, on peut apprendre les bases du réglage et de la manœuvre sur le lac, autant en mer, on doit prendre des habitudes de vie qui rendent la navigation particulière. En mer, on a des principes de sécurité qui sont très différents, il y a tout un matériel de communication, de sécurité et de navigation par satellite qu’il faut apprivoiser. Sur le Léman, on n’en a pas besoin."

Bernard Stamm: "Si j'en ai l'occasion, j'aimerais refaire une édition du Bol d'Or"

Récent vainqueur de la Barcelona World Race, le Vaudois Bernard Stamm est le parrain de la 77e édition du Bol d'Or. Le marin de St-Prex qui a participé à la mythique course sur le Léman à trois reprises espère y revenir les années à venir.

RTSsport.ch: Que vous évoque le Bol d'Or?
BERNARD STAMM: Le Bol d'Or fait partie de mon éducation de voile depuis que je suis tout petit. J'ai appris à naviguer sur le lac. Pour moi, c'est le rendez-vous annuel de la régate lémanique et une course magnifique. Il fait partie de ces régates qui m'ont donné envie de prendre le large. Les courses au large m'ont tenu éloigné de cette épreuve mais si j'ai l'occasion de participer à nouveau à cette course, ce sera avec plaisir. J'aime le mélange entre l'élite et les passionnés. Cela donne une belle ligne de départ.

RTSsport.ch: Vous vivez à Brest depuis des années maintenant. Quelles sont les différences entre les Bretons et les Romands?
BERNARD STAMM: Dans tous les cas, cela reste des marins mais je pense que toutes les personnes qui ont un bateau sur le lac ont toutes fait au moins une régate. Ce n'est pas du tout le cas en Bretagne. Les Bretons vont sur la mer pour pêcher ou se balader. On s'étonne d'avoir de grands navigateurs en Suisse mais il n'y a pas besoin d'un océan pour savoir naviguer. Je trouve qu'en Suisse, la plupart des gens ont un beau niveau de régate.

RTSsport.ch: Comment avez-vous vécu la transition du Léman aux mers et océans?
BERNARD STAMM: Déjà, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Pour ma part, cela s'est fait par hasard. Souvent quand on évoque la mer, on pense tout de suite aux grosses vagues alors que cela peut être calme. Je compare souvent le Léman à la rade de Brest qui est entourée de côtes. La météo régit la navigation contrairement au large. Le Léman peut être très dangereux mais aussi très convivial.

RTSsport.ch: Quelles sont les qualités requises pour être un bon marin?
BERNARD STAMM: Mieux on connaît l'environnement dans lequel on évolue, meilleur on est. A priori, l'eau n'est pas faite pour l'humain mais pour les poissons, les baleines. Si on n'est plus sur notre engin qui flotte, on n'est plus très bien. Je pense que cela passe avant tout par la connaissance de notre embarcation.

Le Bol d'Or en quelques informations

- 500 bateaux inscrits dont 36 multicoques, 137 monotypes et 327 monocoques pour quelque 3'000 participants.
- le parcours est un aller-retour entre Genève et le Bouveret. La distance par le chemin le plus court est de 123 kilomètres soit 66,5 miles nautiques.
- cette année, le Bol d’Or pourra aussi compter sur la présence de plusieurs bateaux étrangers, venant notamment de Grande-Bretagne, Allemagne, République tchèque, Finlande, Hongrie, Italie auxquels il faut ajouter les nombreux bateaux français.

Exploits des marins suisses en bref

Pierre Fehlmann: célèbre pour ses courses en solitaire ou avec équipage sur des bateaux, le Morgien a fait flotter le drapeau suisse sur les mers du monde en remportant notamment le titre de Champion d'Europe en Vaurien en 1967, Champion du monde en 505 en 1952 et la Whitbread Round the World Race (devenue Volvo Ocean Race) avec UBS-Switzerland en 1985-1986.

Laurent Bourgnon: En 1988, il s’adjuge la Solitaire du Figaro lors de sa première tentative dans cette compétition. Six ans plus tard, il remporte la Route du Rhum en solitaire.

Stève Ravussin: le Vaudois gagne la Route du Rhum dans la catégorie des petits trimarans en 1998. En 2001, Ravussin remporte la Transat Jacques-Vabre en compagnie de Franck Cammas.

Justine Mettraux: en 2013, la Genevoise se classe deuxième de la Mini Transat et signe la meilleure performance féminine de l’histoire de l’épreuve. Engagée avec le Team SCA de la skip Samantha Davies sur la Volvo Ocean Race 2014-2015, elle remporte le 11 juin la huitième étape entre Lisbonne et Lorient.

Dominique Wavre: en 2012-2013, le Genevois termine son 3e Vendée Globe à la 7e place sur Mirabeau.

Bernard Stamm: le marin de St-Prex a remporté cette année la Barcelona world race avec Jean Le Cam. En 2002 et 2007, il sort vainqueur de l'Around Alone (devenue VELUX 5 Oceans). En 2002, lors de la première étape, il établit même un nouveau record de la traversée de l'Atlantique Nord en solitaire.

Ernesto Bertarelli: Bertarelli est le propriétaire de la flotte de bateaux Alinghi qui a remporté la prestigieuse Coupe de l'America en 2003, dès sa première participation, ainsi qu'en 2007.